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Billet de blog 21 nov. 2015

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L’ordre pour perpétuer le désordre

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Malgré la mobilisation des forces de police et de gendarmerie, malgré l’engagement de nos forces en Syrie, malgré les frappes de nos avions Rafales, malgré Vigipirate, malgré la détermination de nos dirigeants, il faut se rendre à l’évidence : les français étaient mal protégés.

 Le péril s’est installé désormais dans les têtes.  La France a peur et aspire à la sécurité. Il faut faire plus, il faut avancer.

 Les esprits avaient  été préparés et ils sont mûrs pour le grand basculement.

« Nous sommes en guerre » et ce cri est repris en chœur.

L’état d’urgence succède donc à la fureur et aux larmes, et promet de durer. Il y a  là une logique implacable qui tient à l’enchaînement des évènements et à la nature de nos institutions et de notre personnel politique.

François Hollande et Manuel Valls se précipitent dans la plaie béante, ouverte par le traumatisme des attentats du 13 novembre, sans trop réfléchir, à l’instinct, reniflant cette brise Marine qui envahit la France à l’approche des Régionales. Ils vont tenter de capter, en meute, avec cette formidable union des droites, et en chassant sur les terres du Front National, un électorat confronté chaque jour à  une insécurité  économique qui lui refuse souvent l’essentiel. 

Chaque jour qui passe apporte son lot de révélations sur les défaillances, les lacunes de nos services de renseignement, les aberrations de notre politique étrangère, nos alliances irresponsables,  mais l’état d’urgence va recouvrir d’un voile consensuel les erreurs passées. Cette  chape sécuritaire est bien commode et permet d’entrevoir un rebond dans les sondages.  Quel domaine d’activité béni que la politique pour les mystificateurs de tous poils et de tous calibres à une époque où la désinformation et la manipulation de masse permettent tous les travestissements et tous les mensonges ! Quelle «démocratie » confortable pour les gouvernants quand  la placidité des médias dominants leur assure  une si grande liberté d’action ! La Vème République est décidément  bonne fille avec ses présidents.

Après tant de défaillances, il est grand temps d’être fort.

L’état d’urgence donc. . .

L’état d’urgence pour traquer les terroristes et les manifestations furieuses d’un mal-être mais aussi pour mieux restreindre, interdire, réprimer toutes les autres manifestations qui, en démocratie, permettent l’expression de l’altérité et contribuent à limiter, à prévenir les excès du pouvoir.  L’état d’urgence entraîne l’interdiction des marches « climatiques » du 29 novembre et de la mobilisation citoyenne prévue le 12 décembre à l’occasion de  la COP 21 mais permet les marchés de Noël  et la tenue de « l’Espace Génération Climat »au Bourget et de « Solutions COP21 » au Grand Palais (destiné à présenter les solutions proposées par les multinationales pour lutter contre le réchauffement climatique). L’état d’urgence est un formidable instrument pour protéger et perpétuer l’ordre du marché, il menace de submerger les résistances et les consciences. Derrière  lui, se profilent  un unanimisme guerrier de mauvais aloi et une France hostile aux migrants, aux étrangers, mais aussi à tous ceux qui pensent autrement, différemment. L’air du temps risque de devenir irrespirable pour tous les citoyens qui sont avant tout sensibles à l’urgence climatique et non pas à l’urgence guerrière, pour tous les syndicalistes qui luttent pour plus de justice sociale et dénoncent l’avidité du patronat. Pour les contestataires de la société de consommation et de croissance, pour les opposants aux grands projets inutiles, pour les occupants des ZAD et notamment  pour les résistants de Notre Dame des Landes, qualifiés récemment d’ individus « ultra-violents »par Manuel Valls, les mesures policières récentes sont lourdes de menaces.

En instituant l’état d’urgence et en donnant satisfaction aux revendications des syndicats de police les plus droitiers (en particulier : port d’arme autorisé en dehors du service et assouplissement prévu du recours à la légitime défense), ce gouvernement contribue à désinhiber puissamment les agents de la force publique qui,  en régime démocratique, sont en principe strictement encadrés par la justice. Ce débridage est particulièrement inquiétant et irresponsable dans un pays marqué récemment par la mort de Rémi Fraisse, où les policiers sont fréquemment impliqués dans des affaires de violence.

Le libéralisme policier est sans doute la pente naturelle, la destinée, d’un système qui multiplie les déséquilibres de toute nature  et produit de l’insécurité.

L’état d’urgence, voté par la quasi-totalité des parlementaires, met la France au pas cadencé et délivre un message clair : tenez-vous tranquilles et laissez aux spécialistes le soin de concevoir pour vous la société de demain.

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