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Billet de blog 23 janv. 2022

Faut-il s’y habituer ?

Pour le pouvoir, il était  grand temps d’imposer un dispositif de contrôle drastique  afin de protéger les citoyens responsables du danger représenté par des gaulois réfractaires à la vaccination. . .

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il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d'avoir une âme habituée .” Charles Péguy 

Pour le pouvoir, il était  grand temps d’imposer un dispositif de contrôle drastique  afin de protéger les citoyens responsables du danger représenté par des gaulois réfractaires à la vaccination l  A compter du 24 janvier, le passe vaccinal qui vient d’être avalisé par le Conseil constitutionnel sera donc obligatoire (pour les  plus de 16 ans) afin de pouvoir accéder à l’ensemble des loisirs et services accueillant du public. Dans le même temps, et alors même que la France bat tous les records de contaminations, la levée des mesures de restrictions sanitaires est programmée d’autorité et sans condition. Ce grand paradoxe s’explique aisément : il importe de dégager l’horizon électoral du futur candidat Emmanuel Macron. La politique de dépistage à tout va reste par contre inchangée. Elle  génère la publication d’indicateurs de contamination spectaculairement élevés qui sert pour l’instant la stratégie sanitaire de l'exécutif. Maintenir la population dans un état d’anxiété  permet d’exercer une  pression psychologique susceptible de briser les réticences des récalcitrants à l’injection. “La peur est le commencement de la sagesse” nous dit le proverbe et cette peur produit un effet cathartique  propice à l'acceptation d’une thérapie de choc : vaccination et passe vaccinal. 

Ce gouvernement a le marteau de la vaccination dans la tête. Il entend  donc vacciner encore et encore, y compris les enfants, alors que le Comité consultatif national d’éthique présidé par le professeur Delfraissy, également président du Conseil scientifique, reconnaît que “le recul existant ne permet pas d’assurer la pleine sécurité de ces nouveaux vaccins chez l’adolescent”.  Et désormais, notre cher Président veut aussi  tenir le plus possible à l’écart, au moyen d’un solide garde-fou, tous les réfractaires, les irresponsables, les indésirables,  toutes ces nouvelles classes dangereuses qu’il est nécessaire d'emmerder pour continuer à vivre en bonne santé et libérer des lits à l’hôpital.

Le passe vaccinal va par ailleurs entrer en vigueur  au moment où il est définitivement établi que la vaccination n'empêche ni la contamination ni la transmission du variant Omicron (qui est aussi bien moins dangereux que le variant Delta) et alors qu’une vaccination de masse, systématique et itérative, n’est même pas la stratégie recommandée par l’OMS (écouter ici l’interview du docteur Alice Desbiolles). C’est aujourd’hui une des manifestations  les plus évidentes du libéralisme autoritaire macronien qui impose une mesure de distanciation et de discrimination sociale liberticide et sans véritable intérêt sanitaire  Le passe vaccinal  va modifier profondément notre façon de vivre ensemble, nos comportements, notre relation aux autres parce qu’un monarque élyséen en a décidé ainsi. Allons-nous nous habituer à vivre dans une société du contrôle et du flicage permanent où les humains seront bientôt pucés et répertoriés comme des animaux ?

Oui, “il y a dans tout cela l'instauration d’une banalité du mal” comme l’a fait remarquer François Ruffin, citant Hannah Arendt, lors du débat sur ce sujet à l’Assemblée nationale. Au  lieu de rechercher le bien-vivre ensemble par l’explication, la persuasion, la bienveillance, le gouvernement et les parlementaires de LREM édictent des lois et règlements qui exacerbent les divisions, fracturent davantage la société, et sèment les ferments du mal-vivre.

Face au virus, la seule réponse du pouvoir est la vaccination de masse sous couvert de la science alors que la science dans ce domaine ne fournit certainement pas  une réponse aussi simpliste et dogmatique. Les études scientifiques nous indiquent aussi que les vrais coupables sont - comme le rappelle le docteur Alice desbiolles, épidémiologiste et médecin de santé publique -  “ les facteurs qui ont contribué à l’émergence et à la diffusion de cet agent infectieux à l’échelle de la planète”. Le dernier rapport de l’IPBES, la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, est formel : « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ».

Nous rentrons dans l’ère des pandémies et ce que nous propose le système c’est tout simplement  de nous y habituer. 

Les injections à répétition, les tests, les restrictions sanitaires, les mises en quarantaine,  les  passes sanitaires et vaccinaux sont la rançon du monde de croissance et de consommation à outrance des pays riches. où la déforestation, les élevages industriels, l’érosion de la biodiversité façonnent un monde où les digues naturelles élaborées au cours de l’évolution sont en train de céder.

Le capitalisme financier et les hommes politiques qui le servent nous condamnent à vivre sur  une planète contaminée, polluée, déséquilibrée, sur une terre où le vivant, profondément diminué et fragilisé ne pourra  plus se développer sans l’aide d’artéfacts, sans béquilles. Progressivement, sous l’influence et la domination du progrès technologique, nous renonçons à notre  environnement naturel pour nous plonger dans un univers artificiel qui n’est pas fabriqué pour nous mais pour des firmes de plus en plus puissantes et envahissantes.  

Aujourd’hui, face aux virus, face au réchauffement climatique,face à la chute de la biodiversité, face à la catastrophe qui vient, la seule réponse que nous propose  le système c’est la fuite en avant scientiste avec l’éternel miroir aux alouettes de la transition grâce aux solutions technologiques : les vaccins pour les pandémies, les énergies alternatives pour le réchauffement climatique, les réserves naturelles et parcs animaliers pour sauvegarder des spécimens d’espèces menacées, etc. Une  transition pour rester dans le même monde capitaliste, de plus en plus inhospitalier, de plus en plus inégalitaire, de plus en plus violent, de plus en plus instable.

La lutte contre le passe vaccinal c’est aussi la lutte pour éviter ce monde-là.

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