"Ce n'est pas un confinement" mais du dogmatisme libéral.

Les scientifiques avaient raison : nous sommes fin mars et le variant anglais donne désormais toute sa puissance, les contaminations se multiplient, notre taux d’incidence bat des records européens, les hôpitaux sont engorgés et le seuil symbolique des 100.000 victimes pourrait être bientôt franchi. Alors, quand on ne maîtrise plus rien, quand on est totalement démuni face à la montée de l’épidémie, quand on manque de lits d’hôpitaux, de dispositifs de réanimation, de vaccins, de personnels soignants, quand on est en état de défaillance critique, il faut quand même donner l’impression de maîtriser la situation et tenter de faire bonne figure. Ce gouvernement, dépassé, débordé par une crise sanitaire et une nouvelle vague qu’il n’a pas su anticiper, donne le change, communique à tout-va, pratique l’auto-satisfaction au fond du trou avec une assurance confondante,  et n’hésite pas à se comparer  à nos voisins européens qui n’ont pas la chance d’avoir à leur tête des dirigeants aussi responsables, aussi soucieux du bien-être de leur population et  de l’éducation de leurs enfants. Il donne à voir, jette de la poudre aux yeux, tente de montrer qu’il propose des solutions, qu’il met en œuvre des moyens quand la démonstration de son incapacité est faite depuis longtemps.  

Face à cette  troisième vague, il a dû se résoudre à prendre de nouvelles mesures coercitives mais sans oublier de communiquer de façon positive. Ainsi, comme l’affirme le grand ordonnateur, “ce n’est pas un confinement”. Les cabinets de communication, payés à prix d’or afin d’épauler nos têtes pensantes dans leur démarche structurelle d'abêtissement collectif, ont planché sur des formules susceptibles de faire mouche.  Et ils ont trouvé : “Dedans avec les miens, dehors en citoyen” ! Avec une telle ligne directrice, les nouvelles attestations de sortie pourront être remplies correctement, en confiance, et dans un esprit conforme à l'idéologie du moment. Les mesures prises relèvent plus de la diversion et d’un nouveau délire technocratique  que de la  volonté de suivre et de traduire concrètement en actes les recommandations  des infectiologues. L’essentiel et le non-essentiel finissent par se confondre, se noyer dans un obscur méli-mélo.  Au final, il n'y a rien de bien nouveau par rapport aux mesures déjà en vigueur : ce ne sont pas quelques  petits  commerces supplémentaires empêchés et quelques cases de plus à cocher qui vont  fondamentalement changer la donne. . .  Pour ce nouvel épisode de pseudo confinement,  les grandes occasions de se contaminer demeurent : les poids lourds de l’économie peuvent et doivent tourner à plein régime  en étant libres de recourir ou non au télétravail, les collèges et les lycées restent ouverts car le spécialiste Blanquer affirme que le virus ne circule pas  en milieu scolaire.  Au final, le mur du seuil d’alerte est pulvérisé en zone rouge mais les transports en commun sont toujours aussi bondés et  les restaurants d'entreprises et cantines scolaires brassent toujours quotidiennement autant de monde. La relance de l’économie est de toute évidence la priorité absolue.

La catastrophe est là et ne peut que  s’amplifier puisque l’immunité collective est encore loin.  Le pouvoir ne peut que promettre des vaccins, des “vaccinodromes” et le retour des beaux jours. Dans l’immédiat, il choisit clairement  la croissance au détriment de la santé publique et de la santé mentale des Français invoquée pourtant en guise de justification. Ces demi-mesures ne pourront d'après les spécialistes stopper l’épidémie, elles  ne font que retarder la sortie du tunnel et contribuent ainsi à  plonger le pays dans un état dépressif permanent..  

Emmanuel Macron est  décidément un libéral  fanatique.  Après avoir dépouillé l’hôpital public et l’avoir maintenu dans un état de grande précarité malgré la crise du coronavirus, il lui faut maintenant “quoi qu’il en coûte” de la croissance. Des Français vont tomber sur le champ de cette bataille économique et sanitaire et faire les frais de l’incurie d’un pouvoir dogmatique et irresponsable. Le capitalisme financier ne connaît finalement qu’une boussole : le profit. Il peut consentir provisoirement à quelque pause, le temps de reprendre son souffle, mais c’est pour mieux repartir de l’avant. Les accidents imputés au vaccin Astra Zenecca lui ont même permis de s’offrir une formidable séquence de pub et de manipulation de l’opinion :  après le Médiator, le Tamiflu, le Remdesivir, après les scandales innombrables de BigPharma, après la réintroduction des nicotinoïdes en agriculture, il fallait oser nous faire croire que le principe de précaution anime encore nos décideurs industriels et financiers. 

Le cerveau de notre Président est tout rempli de préjugés idéologiques, englué, azymuté par des obsessions malsaines et les prochaines échéances électorales. Sa politique est fondamentalement viciée, incapable de prendre en compte l’intérêt général ;  elle ne peut produire que du désastre collectif.

La crise du Covid est aussi désormais une crise de l’appareil d’Etat.  Elle est le révélateur des tares d’un régime hyper centralisé, dirigé par un idéologue  qui préfère sacrifier des vies plutôt que perdre quelques points de croissance, et animé par une administration qui n’est pas au service des citoyens mais qui semble grossir et se complexifier dans le seul but de s’enorgueillir de sa puissance et de sa capacité de contrôle et de normalisation.  

Les Français en tireront-ils la leçon en 2022 ?

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