L’hubris dévastateur de Carlos Gohsn et d’Emmanuel Macron

La France est décidément le pays des rois-soleil mais il peut leur arriver de se brûler les ailes lorsqu’ils s’éloignent trop de la communauté des hommes.

A quoi peut donc bien penser Carlos Gohsn en contemplant les murs de sa cellule, dans la prison de Kosuge, au Nord de Tokyo ?

Songe-t-il à sa splendeur passée, à son pouvoir anéanti, à l’incongruité de sa déchéance ou bien encore aux cadres félons de Nissan qui ont alerté les autorités nippones sur ses errements de « monarque absolu » ? Envisage-t-il de se faire hara-kiri pour laver son honneur comme au temps des samouraïs ?

Carlos Gohsn, grand capitaine d’industrie, était le PDG de l’Alliance, regroupant Renault, Nissan et Mitsubishi, un immense conglomérat sur lequel  le soleil ne se couche jamais, avec des usines sur les cinq continents et 450.000 salariés. L’Alliance Renault- Nissan- Mitsubishi, premier groupe automobile mondial avec plus de 10,6 millions de véhicules vendus en 2017 est le symbole d’un capitalisme conquérant et d’une « mondialisation heureuse » pour les patrons et les grands actionnaires. Une planète de consommateurs habilement conditionnés  et de travailleurs précaires sous la menace perpétuelle de la délocalisation ou de la robotisation de leurs usines, permet l’édification de fortunes colossales et l’émergence de managers particulièrement puissants.

Carlos Gohsn aussi surnommé le « cost-killer », n’hésitait pas, pour réduire les coûts et doper  les profits de son groupe à restructurer, à regrouper, à délocaliser, et bien sûr à licencier. Il le faisait avec fermeté et sans état d’âme, grand serviteur d’un capitalisme dominateur, insatiable, outrancier. « Une entreprise ne se gère pas dans la fantaisie au niveau des coûts ».  Et au sommet de l’Alliance, il était quasiment le seul maître à bord.

Alors bien sûr, ses rémunérations aussi élevées soient-elles n’étaient pas à la hauteur de son génie et d’un savoir faire unanimement reconnu par ses pairs. Insatiable, il lui en fallait toujours plus, quitte à frauder le fisc. Peu à peu, il s’est laissé emporter par son hubris.

Au Japon où les salaires des patrons sont relativement modestes,  ce syndrome dévastateur a fini par entraîner sa chute.

A quoi peut donc bien penser Emmanuel Macron, dans son bureau de l’Elysée confronté à la révolte des gilets jaunes ?

Songe-t-il à la baisse vertigineuse de sa popularité et à la remise en cause de sa légitimité dans l’opinion, à son pouvoir menacé, au doute qui s’installe dans les rangs de la République en marche, aux propos accusateurs de Nicolas Hulot à son encontre ?

Elu à l’âge de 39 ans à la tête de l’État français, sacré depuis « champion de la terre », Emmanuel Macron est soucieux d’incarner l’autorité et la verticalité du pouvoir dans une Vème République qui érige ses présidents en monarques absolus. Notre Jupiter surnommé « le président des riches » , après moult réformes menées au pas de charge et au bénéfice  exclusif des premiers de cordée, s’est mis en tête de faire payer aux plus pauvres la casse écologique d’une planète qui se meurt de l’exploitation des plus riches. Il sera « intraitable ». C’est très certainement là un des effets du syndrome d’hubris qui semble affecter notre président. Encensé pendant trop longtemps par les médias et toute une coterie ignorante des préoccupations matérielles qui peuvent affecter ceux qui ne sont rien, Jupiter, semble avoir perdu, comme Carlos Gohsn, le sens de la mesure.

La France est décidément le pays des rois-soleil mais il peut leur arriver de se brûler les ailes lorsqu’ils s’éloignent trop de la communauté des hommes.

 « Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéïenne ».

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