Quand le personnel clame sa colère, la ministre clame sa confiance

Depuis des mois, depuis des années, le personnel de santé clame sa colère et son désespoir. La crise est véritablement massive, systémique. La pénurie de moyens et le manque d’effectifs touchent tous les centres de soins, tous les services. Les EPAHD et les urgences des hôpitaux sont particulièrement affectés par les restrictions budgétaires et une gestion comptable de la santé publique ; les revendications y sont plus fortes et plus insistantes car la qualité de la prise en charge des personnes âgées ou des patients dépend évidemment plus directement et plus impérativement de la disponibilité du personnel soignant. Des soins trop tardifs ou insuffisants provoquent immédiatement du désarroi et de la souffrance des deux côtés, du côté des malades mais aussi du côté des équipes médicales. 

La semaine dernière, Agnès Buzyn a finalement promis, après avoir longtemps fait la sourde oreille, une enveloppe de 70 millions d’euros pour permettre le versement d’une prime de risque de 100€ (au seul personnel des urgences) et quelques centaines d’embauches quand il en faudrait des milliers.

70 millions d’euros : une rallonge qui représente 0,08%  du budget total alloué aux services hospitaliers. . .

Là-dessus, la canicule arrive, il est évidemment trop tard pour s’adapter, pour disposer de moyens suffisants quand les EPAHD et les hôpitaux sont déjà au bord de la rupture en période “normale”.  Dans ces conditions, la ministre de la Santé tente de pallier l’insuffisance de moyens par la suffisance du verbe, elle ne peut que clamer sa confiance, elle ne peut que communiquer contre toute évidence que «tout est prêt dans les EHPAD, les hôpitaux et les transports». Agnès Buzyn  se veut optimiste, positive, volontaire quand toute  sa politique condamne les EHPAD et les hôpitaux public à la régression et à l’inefficacité. Agnès Buzyn, à la tête de troupes harassées, épuisées, désorganisées, va repousser les assauts de ce premier épisode caniculaire. Agnès Buzyn est sur le front, elle est allée dans un EPAHD  donner quelques conseils, distribuer la bonne parole : « Je venais vous rassurer, vous dire que tout est en place. Ça va être un peu éprouvant mais vous allez être accompagnés » 

Oui, tout le monde est maintenant rassuré. Agnès Buzyn n’a pas d’argent pour l’hôpital public mais elle fait partie d’un gouvernement qui accompagne et protège les Français dans la difficulté. 

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