Si nous prêtons l’oreille. . .

Dans une société dominée par les hommes, il faut bien vivre et en accepter les codes ; mais ces codes peuvent évoluer, il est possible de vivre autrement.

Il a suffi de quelques témoignages accablant l’un des monstres sacrés d’Hollywood, un des bastions  machistes parmi les plus solidement  établis, pour que tout s’emballe ; les premières plaintes ont immédiatement trouvé un écho chez d’autres victimes qui ont alors décidé de rompre le silence, une réaction en chaîne a pris corps, s’est amplifié. Les réseaux sociaux et les médias ont offert une formidable caisse de résonance pour ces cris de douleur trop longtemps contenus.

Le silence des femmes laissait libre cours à la domination masculine ; mais désormais les viols, les agressions, les humiliations, les vexations, ne peuvent plus rester impunis. La résistance est dans les esprits, il est permis d’entrevoir un changement véritable.

L’homme est un être social. La parole est libératoire. La parole rompt la  solitude, le consentement résigné ; elle permet de tisser des liens de résistance, d’établir des ponts entre des êtres qui subissent la même oppression.

Dans bien des domaines, il faudrait pouvoir libérer la parole pour pouvoir faire évoluer la société.

Libérer la parole pour sauver l’homme de lui-même.

Imaginons la nature, les animaux, les végétaux, les  êtres vivants doués de parole . . . Quelles plaintes, quelles contestations, quelles revendications, quel vacarme  n’entendrions-nous pas ! Au lieu de cela, c’est le silence, un silence bavard car il nous envoie de nombreux signes mais le silence tout de même. La nature ne peut malheureusement compter que sur la compréhension de quelques indiens habitués au langage des signes.

La nature  disparaît donc petit à petit, étouffée par la civilisation industrielle et technologique, broyée par l’omniprésence et l’omnipotence  d’un Homme aux deux sexes réconciliés pour l’occasion ;  sa souffrance n’est pas perceptible pour l’immense majorité des humains.

Certains pans de nature nous paraissent encore devoir être épargnés. Ici et là, nous semons « des fleurs pour les abeilles », gestes dérisoires, révélateurs d’une époque où les apprentis sorciers sont dépassés par la catastrophe. Mais les abeilles et beaucoup d’autres insectes pollinisateurs persistent à mourir, décimés  par tous les  pesticides  dont notre agriculture intensive  fait un usage immodéré.

Nous tentons de concilier les contraires, nous compensons, nous détruisons ici mais nous plantons des arbres au Burkina ou à Java. Nous exterminons en masse mais nous câlinons quelques espèces protégées dans de petits îlots préservés. Nous tentons d’aménager, de palier, de conserver malgré tout.

Mais,  la nature n’aime pas marcher avec des béquilles et elle se moque bien de notre hypocrisie et de nos faux-semblants. Du 18 au 26 novembre, c’est la semaine européenne de réduction des déchets (il paraît qu’il faut trouver « de bonnes idées pour réduire nos déchets »)  mais c’est aussi l’arrivée du  black Friday en France, la dernière saloperie importée des Etats-Unis pour nous faire plonger avec entrain dans la période d’hyper-consommation et de débauches d’emballages des fêtes de fin d’année !

En prêtant l’oreille, il est peut-être possible d’entendre  hurler la nature!

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.