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Billet de blog 26 févr. 2020

L’avenir de l’agriculture en débat

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A l’occasion du Salon de l’agriculture qui vient de démarrer Porte de Versailles, un autre grand débat qui sera clôturé le 31 mai prochain a été lancé  : le débat national sur l’avenir de l’agriculture, baptisé “ImPACtons”. Ses conclusions devront être intégrées par le gouvernement dans son Plan stratégique national définissant les priorités du pays en agriculture. Les mêmes recettes de communication donneront- elles le même résultat. . .?  D’après le ministre Didier Guillaume, ce “n’est pas un débat sur la politique française de l’agriculture, mais un débat sur la politique agricole européenne “. Le ministre y voit aussi « une occasion unique de réconcilier les deux France, celle des bobos des villes et celle des habitants de la ruralité », remettant au goût du jour de vieux antagonismes. Ce faisant, le ministre plante le décor de façon curieuse, pour le moins biaisée, et il prend parti de manière implicite. Mettre en scène les bobos citadins dans un débat sur les conséquences de l’évolution de la PAC sur notre agriculture est une manière de recouvrir d’un voile partisan les enjeux de la transition qui s’annonce. En effet, même s’il est difficile à définir précisément, l’acronyme bobo (pour bourgeois-bohème) n’est pas, dans l’imaginaire collectif, un épithète particulièrement flatteur : ce n’est pas tenir quelqu’un en très haute estime que de le traiter de “bobo”. Aussi, s’il s’agit de réconcilier deux points de vue, les préférences d’un ministre chargé de la ruralité  ne font donc guère de doute. Mais le bobo-bashing dissimulé du ministre cache une volonté de vriller le débat autrement plus préoccupante, le bobo n’est qu’un accessoire au service des présupposés du ministre et de sa politique et, dans la formulation de Didier Guillaume, le non-dit, suit et amplifie l’accessoire. Car si le bobo est instinctivement plutôt un objet de dérision, il est aussi affublé spontanément du qualificatif d’écolo, ce qui contribue du même coup dans certains milieux à frapper d’opprobre la sensibilité qui le caractérise. L’écolo-bashing suit donc souvent le bobo-bashing. S’il avait voulu décrédibiliser les positions des défenseurs de l’environnement dans ce débat national sur l’avenir de l’agriculture, le ministre ne s’y serait pas pris autrement.

Par ce type de propos, Didier Guillaume apporte aussi de l’eau au moulin à la position victimaire de la FNSEA, le principal syndicat agricole, qui dénonce en permanence l’agri -bashing dont les agriculteurs font l’objet de la part de certaines associations environnementales , des “imposteurs”, des “per-verts”.  Il est d’ailleurs en totale cohérence avec la politique agricole du gouvernement qui a créé une cellule spéciale, baptisée Demeter, au sein de la Gendarmerie nationale afin de lutter contre l’agri-bashing (lire ici) .  Gageons qu’à la FNSEA, qui se plaint tant de l’agri-bashing et des extrémistes qui terrorisent les campagnes, ni les bobos, ni les écolos ne sont en odeur de sainteté ! Dans certains cas, ils n’attendent d’ailleurs pas le secours des gendarmes pour “prévenir  les atteintes au monde agricole”(lire ici).

Le débat n’est  évidemment pas, comme voudrait nous le faire croire Didier Guillaume, entre les bobos-écolos d’un côté et les agriculteurs de l’autre, il n’oppose pas des citadins et des ruraux, il n’oppose pas des défenseurs de l’environnement qui n’ont pas conscience des vicissitudes et des contraintes du métier d’agriculteur à des professionnels responsables qui savent et développent des pratiques adaptées.   Il concerne l’ensemble des Français car l’agriculture conditionne notre consommation et influe considérablement sur notre environnement ; et il traverse aussi la ruralité et la profession agricole. Ce débat national sur l’avenir de l’agriculture devrait permettre de définir “ un plan pour une transition sociale et écologique de l’agriculture “ comme le réclament des ONG et syndicats (lire ici) et il oppose  plutôt les partisans  d’une agriculture nourricière,  respectueuse du vivant et les tenants d’une agriculture productiviste, pourvoyeuse de matières premières pour l’industrie agro-alimentaire, orientée non pas vers l’auto-suffisance alimentaire  et la santé des consommateurs mais vers la recherche du profit. 

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