Emmanuel Macron ne peut pas parler en notre nom

De sa bulle militarisée, Emmanuel Macron prétend parler au nom des Français en souhaitant les associer à l’évènement. Mais il ne fait que vendre son G7 et ses belles paroles et promesses sonnent faux.

Derrière 25000 policiers, gendarmes et militaires, à l’abri de toute contestation et hors de portée de voix du bas-peuple, dans un Biarritz ultra-sécurisé, aux allures de camp retranché, les membres du  G7 sont réunis pour leur garden-party annuelle. Ils sont là, suivis par les caméras et les médias du monde entier, exposés au regard de tous, mais en même temps complètement isolés, coupés du monde. Ils sont là pour le show, pour des agapes étoilées et des discussions informelles, dans le cadre d’une parade  dérisoire qui n’annonce aucun prolongement bénéfique et qui n’a même pas l’excuse de la nuptialité à l’inverse de certaines émissions de téléréalité. Le monde du pouvoir s’affiche avec morgue, patronné cette fois par un maître de cérémonies qui savoure particulièrement l’événement. Au phare, sur la pointe rocheuse qui domine la cité balnéaire, Emmanuel Macron offre à ses hôtes un coucher de soleil et les embruns de l’océan tandis qu’ à quelques encablures de là, dans les ruelles de Bayonne, l’air est saturé de gaz lacrymogène. Ce tout petit monde finissant reste bien gardé. 

Sans doute grisé par l’air des sommets, Emmanuel Macron a toutes les audaces. De sa bulle militarisée, voilà qu’il prétend parler au nom des Français en souhaitant les associer à l’événement ! Dans les grandes occasions, notre président jupitérien découvre le partage et cultive l’humilité. . .

La forêt amazonienne brûle, l’Iran veut se doter de l’arme nucléaire, ce G7 se charge d’une intensité dramatique propice aux grandes déclarations. 

Le Président parle donc. Et il parle comme à son habitude, des mots tout à la fois soyeux et volontaristes pour évoquer la paix, la solidarité, l’économie au service de tous,  la justice sociale, l’écologie. Il veut peaufiner son image de “champion de la Terre”, de sauveur de la planète, de négociateur international ; sur cette scène qui flatte son narcissisme, il est loin des railleries des gilets jaunes. Il vend son G7, ce soufflé médiatique à 40 millions d’euros qui gonfle et qui va bientôt retomber, il le sait, il faut en profiter. Il est dans l’instant présent, dans l’auto-glorification.  Les mots se bousculent, s’entrechoquent et finissent par sonner creux car les propos et les ambitions se contredisent. Il ne sait que communiquer.

Il veut défendre l’environnement et le climat, mais plaide aussitôt pour “faire de la vraie relance” et veut “œuvrer pour avoir plus de croissance”.

Pour  la forêt amazonienne, le Président a trouvé le bouc émissaire idéal : c’est la faute à Jair Bolsonaro. Il endosse le costume du chevalier blanc qui oeuvre en milieu hostile, entouré de méchants pollueurs, oubliant que la France attribue en Guyane des centaines de milliers d’hectares de concession à des sociétés minières.  

Il oublie aussi que derrière le président brésilien  et sa politique en faveur de l’agro-business, se cache le marché, si cher aux économistes et idéologues libéraux, ce sacro-saint marché qui est le régulateur, l’arbitre suprême dans le monde d’Emmanuel Macron : quand les grands propriétaires terriens du Brésil, les éleveurs et les planteurs de soja, font brûler la forêt amazonienne, ils suivent les règles du marché, ils investissent, ils parient sur l’augmentation de la demande de produits carnés, ils comptent sur l’ouverture des marchés  dans le domaine agricole, sur la compétitivité de la viande et du soja brésiliens. Les agro-managers d’Amérique latine sont les acteurs de cette économie d’ouverture, de compétition et de libre-échange prônée par Emmanuel Macron, ils veulent approvisionner les élevages industriels européens - et notamment les fermes industrielles françaises qui continuent à bénéficier d’aides publiques - et satisfaire une demande mondiale en produits carnés qui ne cesse d’augmenter parallèlement au développement des chaînes de restauration rapide et notamment de toutes les enseignes de burgers. La firme McDonald’s a réalisé en France un chiffre d’affaire de 4,5 milliards d’euros en 2017, c’est le deuxième marché derrière les États-Unis. 

Alors, oui, “nous sommes tous concernés, nous sommes amazoniens” mais nous sommes aussi les acteurs d’une malbouffe destructrice et Emmanuel Macron est particulièrement mal placé pour  donner des leçons, bien tardives et bien opportunistes, à son homologue brésilien. 

Et quand notre Président propose de  lever des fonds, d’investir dans la reforestation, on frémit : une forêt est un écosystème particulièrement complexe qui ne se reconstitue pas en 

quelques années. Quand le mal est fait, il est malheureusement trop tard. Seul un changement radical de nos habitudes alimentaires et le retour d’une véritable paysannerie locale peuvent sauver la forêt amazonienne, mais de cela il n’en est pas question. En indonésie, les industriels,  après avoir brûlé la forêt primaire, reboisent à leur manière : avec des palmiers qui permettent d’approvisionner en huile végétale de grandes raffineries comme celle de La Mède appartenant au groupe Total ( le gouvernement français vient d’autoriser Total à y importer jusqu’à 500.000 tonnes par an d’huile de palme pour la fabrication d’agrocarburants)(lire ici)

Dans le système actuel, les bonnes intentions de Macron nous conduiront toujours en enfer, la prise en compte du long-terme, des grands équilibres naturels, ne fait pas partie de la grille de lecture du capitalisme financier. 

Emmanuel Macron ne peut pas parler en notre nom, il n’est pas de notre bord, il est sur l’autre rive et, même avec le sourire et sur un ton affable et bienveillant, il hurle avec les loups. Donald Trump ne s’y trompe pas quand il parle de son ami Macron : “ nous avons vraiment beaucoup en commun”.

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