Obscurantismes

Aux côtés des religions comme l'islam qui engendrent des fanatismes, il existe une autre religion, la religion du capital, qui génère aussi , et à grande échelle " l'obscurantisme et la violence qui l'accompagne"

 

Le professeur Samuel Paty est mort, décapité dans la rue, pour avoir commis un impardonnable sacrilège : montrer à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet. L’auteur de ce crime atroce et imbécile, le jeune Tchétchène Abdoullah Anzorov,  a été abattu  par les forces de police qui disposent désormais, face aux terroristes, d’un feu vert politique et médiatique pour une justice expéditive et populaire.

Abdoullah Anzorov ne répondra donc pas de ses actes devant les tribunaux, il ne s’expliquera pas, il ne sera pas défendu par un avocat et sans doute la société française dans son immense majorité juge-t-elle aujourd’hui que c’est bien mieux ainsi.   

En temps de guerre, et dans un “état d’urgence” polymorphe et quasi-permanent,  le droit a tendance à s’effacer. 

Car, nous sommes désormais en guerre contre l’islamisme, contre un islam politique qui veut imposer sa loi, nous soumettre à la charia. Quand une guerre est déclarée, il n’est plus temps de réfléchir sur ses causes,  il faut tout simplement se battre, il faut choisir son camp.   Tous donc derrière le pouvoir en place, derrière les chefs, derrière les valeurs de l’occident dominant sans se poser de questions, et gare aux islamo-gauchistes !  La mort de Samuel Paty est instrumentalisée afin de discréditer toute tentative de médiation et surtout rejeter dans un même amalgame  l’islamisme  et les valeurs de solidarité et de tolérance  portées par la gauche alternative.  Samuel Paty, dont la conscience professionnelle, l’engagement et le courage - il avait été menacé sur les réseaux sociaux -  ont été unanimement salué, est devenu un martyr de la République, le symbole d’une liberté d’expression et d’une laïcité que notre société doit essayer à tout prix de sauvegarder mais, paradoxalement, sa mort est le prétexte à un recul supplémentaire en matière de démocratie et de débat d’idées.

D’un côté, la lumière, le progrès, le bien ; de l’autre, l’obscurantisme, la régression, le mal.  

En guerre, les choses se doivent d’être simples et claires

Pourtant, Samuel Paty  est certes la victime désignée d’un islam fanatique mais il est aussi la victime “collatérale” d’un monde capable d’engendrer cette barbarie répugnante.

Personne ne naît “fou de dieu” et  armé par le djihad. L’envie de trancher les gorges n’est pas inscrite dans les gènes d’un individu Le parcours qui fait d’un musulman  un meurtrier exalté et sans pitié  est un parcours personnel certes, mais c’est aussi  un cheminement  construit par tout un environnement. 

Abdoullakh  Anzorov était sous l’influence des milieux islamistes bien sûr - et la justice mène son travail d’investigation pour poursuivre les éventuels complices et instigateurs -  mais il était également le produit d’une société en déshérence qui n’est plus capable d’offrir une vie digne à la grande majorité des populations dans le monde.  

Le terroriste islamiste  qui fait usage de sa kalachnikov, de sa machette ou de son couteau est un coupable évident, tout désigné à la vindicte populaire mais les dirigeants de l’économie capitaliste, parmi lesquels d’autres “fous furieux” comme Trump ou Bolsonaro, sont aussi des criminels.  Leur barbarie est peut-être moins spectaculaire mais elle tue, par procuration,  en plus grand nombre et tout aussi sûrement qu’une lame de couteau bien aiguisée. Leur religion, la religion du capital, est sans nul doute la plus dangereuse et la plus destructrice car elle s’est répandue sur toute la planète et c’est bien par l'oppression et en maintenant dans la misère et le dénuement des populations entières, qu’elle génère, pour reprendre  les mots d’Emmanuel Macron, “ l’obscurantisme et la violence qui l’accompagne”.

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