Le réveillon tchadien d’Emmanuel Macron

Le week-end dernier, Emmanuel Macron est parti réveillonner avant l'heure avec les soldats de la force Barkhane. Notre Président tisse des liens de plus en plus étroits avec les gens d'armes.

Dans une période où son autorité et son image sont mises à mal, Emmanuel Macron a dû particulièrement apprécier son escapade tchadienne parmi les soldats français de la force Barkhane stationnée à N’Djamena .  Là-bas,  loin des gilets jaunes et d’un peuple en révolte, le Président s’est retrouvé en bonne compagnie, en face de gilets militaires disciplinés et remplis de déférence, il n’était plus marqué du sceau du discrédit et de la détestation. Alors que son effigie sert désormais d’exutoire, en métropole,  à la colère de citoyens volontiers coupeurs de tête, Emmanuel Macron fut  à nouveau, l’espace d’une soirée, le chef de la nation, le chef des armées, un chef par principe incontesté. Il a pu se glisser avec délectation dans ses habits de monarque républicain, retrouvant ses marques, renouant avec le sentiment de puissance, se laissant  à nouveau envahir par des sensations jupitériennes, sensations  qu’il doit malheureusement  trop souvent réprimer devant un peuple indocile.

Au Tchad, loin du tumulte parisien, ses paroles ont été accueillies bien sagement, respectueusement,  comme il se doit. Le soldat, lui au moins, n’a pas d’état d’âme.  Le silence approbateur de la grande muette était à la fois réconfortant et revigorant.

Au Tchad, Jupiter a pu donner  toute sa mesure, promettre la  foudre et déployer  ses ailes protectrices :  "la seule force aujourd’hui qui fait face au terrorisme au Sahel, c’est la force française"

Le Tchad, dirigé par le dictateur Idriss Deby, régulièrement pointé du doigt par les associations de défense des droits de l’homme comme Amnesty international (Lire ici) , est un des  pays les plus pauvres du monde mais c’est un pays riche en ressources naturelles et qui occupe au sein du territoire africain une position stratégique ; c’est donc un pays surveillé et « aidé », notamment par l’Union européenne.

Les populations locales vivent ou plutôt tentent de survivre  dans une misère extrême - des milliers d’enfants meurent chaque année de faim (Lire ici) ou de maladies causées par l’absorption d’une eau souillée- et sont de plus soumises à la menace terroriste qui tente de déstabiliser le régime d’Idriss Deby. Il faut donc en priorité leur fournir des équipements leur permettant d’assurer leur propre défense. Une grande partie des financements de l’Union européenne servent  à l’achat de matériel militaire français (Lire ici).

Sur fond de vente d’armes, de lutte contre le terrorisme, et de divers trafics servant les intérêts des sociétés françaises implantées au Tchad, le Président Macron  est donc parti réveillonner  au Tchad pour soutenir le moral des troupes et assurer le dictateur  Idriis Deby de son soutien.

Pour l’occasion, du foie gras, du pâté en croute, de  la volaille des Landes aux morilles, des fromages, des entremets au chocolat, du champagne et des ballotins de chocolat avaient été acheminés par fret depuis Paris.  L’histoire ne dit pas si les restes de ces agapes de fin d’année furent ensuite distribués aux nécessiteux de N’Djamena.

Les soldats de la force Barkhane, qui concrétisent sur le terrain l’aide si généreuse de la France méritaient bien ce petit moment gastronomique et puis, "les hommes sont fiers de voir le chef des armées. C'est important en cette période de fêtes, un peu difficile loin de leur famille".

Les gens d’armes, en France comme au Tchad, ont désormais les faveurs du Président. Du fait de sa politique et de son extraordinaire impopularité, le pouvoir s’enfonce de plus en plus dans une relation de dépendance particulièrement malsaine.

 

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