Des masques et des tests pour quoi faire ?

Des masques, bien sûr, car il faut se protéger d’une saloperie qui ne lâche pas prise.

Des tests, bien sûr, car il faut dépister et isoler les personnes porteuses du virus  et potentiellement contagieuses. 

Mais des masques et des tests à foison pour quoi faire ? Pour quoi faire  quand l’ensemble du dispositif de lutte contre le coronavirus est globalement et formidablement défaillant ? Quand  un ministre de la Santé déclare se projeter “au jour le jour”, le manque  d’organisation et d’anticipation est quasiment assumé officiellement ! Durant toute la période estivale, avec le laissez faire laisser aller d’un déconfinement pagailleux,  le virus s’est propagé sur l’ensemble du  territoire. Désormais, tout notre système de prévention et de dépistage est inefficace car débordé par  le flot ininterrompu des anxieux. A l’instar du docteur Knock, les autorités publiques, au discours volontiers alarmiste,  ont transformé l’ensemble des Français en des malades qui s’ignorent, les  précipitant ainsi dans les officines pour se faire tester.

Sous l’autorité de Jean Castex, ex “Monsieur Déconfinement”, récompensé pour ses prouesses,  le gouvernement fait mine de contrôler l’épidémie depuis Paris à partir de tableaux de bords, de courbes et de simulations qui lui sont transmis par les ARS ( Agences Régionales de Santé) et les préfectures, mais la réalité du terrain semble lui échapper totalement. Des mesures arbitraires et stupides découragent la population et  incitent à la désobéissance. Comment peut-on entasser des collégiens et des lycéens dans des salles de classe ou dans des cantines scolaires et, dans le même temps, fermer des établissements, des restaurants, où les gestes barrière et la distanciation sociale sont bien mieux respectées ?

Les masques et les tests sont là, mais ce sont  des outils de communication, des alibis, pour cacher une politique  incohérente et brouillonne.

Des tests par centaines de milliers chaque jour mais dont les résultats trop tardifs ne permettent pas d’éviter la propagation du virus dans la population. Des tests inefficaces, remboursés systématiquement, qui vont enrichir les laboratoires et creuser encore davantage le déficit de la Sécurité sociale. . . 

Des masques obligatoirement portés dans les rues de certaines grandes villes quand d’autres lieux, autrement plus contaminants, sont ignorés. 

Un immense gâchis. . .

Le monde avance désormais masqué. Les masques sont partout, sur les visages mais aussi sur les bas-côtés, les trottoirs, les fossés, les pelouses des jardins publics, les bords de route, les pistes cyclables, etc. 

Des masques,  des masques, encore des masques. . . Ils seront bientôt dans les océans ; bientôt, ils formeront  la mer de masques. Les masques sont devenus les signes évidents de la pollution ultime du monde capitaliste, les déjections d’une civilisation malade de son développement qui, à trop flatter la liberté d’entreprendre, nous prive désormais  de libertés fondamentales.   

Il faut malgré tout se résigner : même s'ils sont mal gérés, les masques et les tests sont aujourd'hui nécessaires. Oui, mais pour quoi faire, pour quel projet, pour quelle espérance ?

Pour gagner la bataille de ce coronavirus mais pour voir surgir bientôt une autre peste, peut-être encore plus dangereuse  ?

La pandémie actuelle  est la conséquence de déséquilibres écologiques mais partout dans le monde on ne parle que de croissance à rétablir, de consommation à encourager.  Le capitalisme financier ne peut décidément pas s’amender. Il  n’y a pas de pédagogie de la catastrophe.  Les masques et les tests  sont l’alibi brandi par le gouvernement pour se défausser de toute responsabilité mais ils ne peuvent plus cacher une évidence : l’économique prime sur la vie dans tous les cas.

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