Un éco-événement aux couleurs d’un capitalisme prédateur

Du haut de leurs grands mâts, ils déploient des voiles gigantesques, estampillées aux couleurs de leurs sponsors. Les compétiteurs de la "Course du café" filent depuis dimanche vers Salvador de Bahia. . .

Du haut de leurs grands mâts, ils déploient des voiles gigantesques, estampillées aux couleurs de leurs sponsors. Les compétiteurs “Charal”, “Hugo Boss”, “Maître Cocq”, “Bureau Vallée”, “E Leclerc”, et bien d’autres,  filent depuis dimanche vers Salvador de Bahia, la destination de la “Transat Jacques Vabre”, une “route du café” qui se veut écologique. Les organisateurs cultivent cette image, ils ont signé la Charte d’engagement éco-responsable qui prévoit notamment le tri à 100% des déchets et l’absence de flyer au village-départ.  La voile est un sport qui, à l’inverse des sports mécaniques, peut susciter un sentiment de proximité et de dépendance vis-à-vis de la nature : le marin doit composer en permanence avec la mer et le vent, il est en prise directe avec les éléments, il doit s’en accommoder et dans une large mesure s’y soumettre, une humilité de bon aloi dans un monde qui contraint et martyrise toujours plus l’environnement. La Transat Jacques Vabre est donc d’un “éco- évènement nautique” (selon les termes mêmes de l’ADEME) et un rendez-vous médiatique, un cocktail particulièrement intéressant pour beaucoup de  firmes en mal de communication sur le développement durable. C’est l’occasion de transformer les reportages sur la course en autant de séances publicitaires. . .

 Dans cette immense concert  de toiles bariolées aux couleurs d’un capitalisme opportuniste, quelques voiliers comme  “SOS méditerranée” ou “Vers un monde sans sida” nous rappellent encore l’existence, la survivance, d’un instinct de coopération et d’entraide - par ailleurs si nécessaire et si loué dans l’univers maritime -  mais ce sont là des exceptions qui confirment la règle : la Course du café est bien une compétition majoritairement sponsorisée par des entreprises privées où il faut voguer le plus vite possible entre un point de départ et un point d’arrivée. Tout est là et tout le reste en découle : la  plupart des bateaux engagés sont des Formule 1 de la mer, des concentrés de haute technologie utilisant des matériaux rares et coûteux dont l’impact carbone est particulièrement élevé et avec un pilotage de plus en plus assisté qui ne peut qu’entraîner une distanciation entre le marin et son environnement. La navigation à voile, lorsqu’elle a pour but ultime la vitesse, la performance, est très loin d’être une activité économe en énergie. Cela devient un sport spectacle polluant et destructeur de l’environnement, en adéquation cette fois avec le modèle économique prédateur de Charal ou d’E Leclerc.   

Pour les besoins d’un marketing désormais aux dimensions planétaires, des marins sont sponsorisés, des skippers choisissent de s’effacer derrière des marques. Au final, l’intérêt collectif est bafoué car tout ce qui contribue aujourd’hui à accroître la puissance des grandes entreprises privées est préjudiciable à la communauté. Nous n’avons pas besoin de multinationales,  ni dans le domaine du steak haché, ni dans le domaine de la Grande distribution, ni dans quelque domaine que ce soit. 

Le spectacle de la Transat Jacques Vabre n’éveille pas les consciences à la nécessaire préservation de notre environnement mais au contraire les endort.

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