Il faudrait pouvoir dire stop !

La crise sanitaire provoquée par le  Covid-19 est un terrible révélateur. Notre système politique et administratif apparaît singulièrement défaillant. Très hiérarchisé, encore excessivement centralisé, étroitement dépendant de la volonté d’un seul homme, le Président, il est inadapté à la situation actuelle. Le pouvoir réglemente, contraint, réprime souvent sans discernement, en particulier dans les quartiers populaires, ajoutant des brimades inutiles et des amendes, souvent insupportables pour des budgets modestes, à l'inconfort du confinement. Il fait systématiquement le pari de la répression plutôt que celui de l’adhésion. Mais comment faire autrement quand sa gestion de crise se révèle aussi inefficace?  Comment obtenir le soutien de la population quand on est aussi défaillant ?  Son   imprévoyance est désormais flagrante  et elle est assortie d’une  certaine malveillance. Ainsi, alors que le coronavirus sévissait déjà sur le territoire, le gouvernement a-t-il trouvé plus urgent, le 7 mars dernier, de passer un appel d’offres pour renouveler ses stocks de gaz lacrymogènes plutôt que de passer commande de tests rapides de coronavirus. Et le 12 avril, c’est une commande de drones de surveillance pour un montant de 3,8 millions d’euros qui a été passée par le ministère de l’Intérieur. . . (Lire ici l’article de Reporterre à ce sujet) 

L’urgence  sanitaire s’accompagne désormais d’une dérive sécuritaire. 

Bref, l’Etat français  prend l’habitude d’administrer sans bienveillance, avec suspicion et brutalité. Et son discrédit s’accroît car les citoyens constatent amèrement qu’il n’a pas les moyens techniques et humains de répondre aux besoins des populations et de satisfaire l’intérêt général. Depuis des décennies maintenant, l’Etat s’est dépouillé pour le plus grand profit du privé. Le résultat est à la hauteur de son investissement..

Nous nous en doutions mais c’est désormais une évidence : nos responsables sont des irresponsables, ils n’ont ni obligation de moyens, ni obligation de résultat, et nous ne pouvons aller les chercher. Tout est piloté de la tour de contrôle élyséenne et ça tangue dans tous les compartiments car la météo devient trop incertaine et exige des moyens et des adaptations que le système n’a pas prévu ou n’a pas su anticiper. Chaque jour pourtant, nos ministres et députés LREM s'auto congratulent et se félicitent de leur bonne gouvernance mais ils ont perdu le contrôle du navire gouvernemental, le gouvernail ne répond plus.

Chaque jour on leur pose des questions auxquels, les malheureux, ne savent pas répondre : 

Pourquoi cette pénurie de masques ? Pourquoi si peu de tests ? Pourquoi la France ne compte que 5000 lits de réanimation quand l’Allemagne en compte 25.000 soit cinq fois plus ? Pourquoi faire rentrer les enfants de maternelle plutôt que les collégiens ou les lycéens?  Pourquoi limiter les réunions à dix quand les classes pourront accueillir quinze élèves ? Comment organiser la distanciation physique dans les transports en commun ? etc, etc.

Ils ne peuvent pas, ils ne veulent pas répondre ; ils veulent simplement continuer à gouverner. 

Ils nous ont mené dans une impasse et ils entendent bien  continuer dans la même voie ; et dès que cela sera possible accélérer. 

Ainsi un décret, publié en pleine pandémie le 8 avril dernier, donne t-il pouvoir aux préfets  de déroger à certaines normes réglementaires, notamment environnementales, dans le but de favoriser la relance économique (lire ici)

Déjà un reportage  de TF1 nous montre des salariés, volontaires pour une reprise anticipée, regagner  leurs postes de travail sur les chantiers navals de l’Atlantique afin de construire ces paquebots de croisière géants qui se sont révélés un peu partout dans le monde des clusters à la dérive et qui resteront probablement à quai une fois terminés !

Bientôt le commerce va reprendre, les marchandises et les hommes circuleront librement.

L’UE vient de finaliser un accord de libre-échange avec le Mexique.

Avec “nos responsables”, le libre marché, la compétition, le profit, seront  toujours en charge de notre avenir commun. 

Il est inutile de se poser trop de questions, il faut tout simplement produire et consommer en masse pour le bénéfice de quelques uns. 

Au secours, des fous sont aux commandes ! Il faudrait pouvoir dire stop !

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