Les masques sont là mais ce sont aussi des muselières

Des années de contestation sociale, de défilés syndicaux, d’actions de protestation pacifiques qui se sont égrenées tout au long de cette première moitié de quinquennat afin de dénoncer une politique d’austérité qui concerne la quasi-totalité des secteurs de la fonction publique - à l’exception de la police et de la défense nationale - et qui affecte de plus en plus durement les plus démunis.

Des années de mépris, de déni, accompagnées d’une montée de la répression et des violences policières. 

Plus d’une année de manifestations de gilets jaunes avec son lot d’éborgnés, d’amputés et de blessés plus ou moins gravement. 

Près de 30.000 morts du coronavirus , un drame qui fait de la France, avec son système de santé prétendument exemplaire, un des pays développés les plus touchés par la pandémie. Nous aurions dû faire face plutôt mieux que les autres, nous  sommes  dans le peloton de queue, mais c’est sans doute la faute à des circonstances exceptionnelles. . .

30.000 morts donc, malgré deux mois de confinement préhistorique,  une impréparation totale et une pénurie de dispositifs de prévention et de suivi qui ont affecté même les établissements les plus sensibles, deux mois de confinement drastique afin d’éviter l’engorgement complet du système hospitalier mais qui ont provoqué  l’effondrement  de pans entiers de notre économie que les Français vont devoir maintenant payer. 

Au final, un bilan de ces trois premières années de quinquennat absolument catastrophique et une responsabilité politique criante  mais qu’il s’agit de maquiller et de faire oublier : avec l’habitude, mais peut-être est-ce aussi le résultat des cours de théâtre de Brigitte, le Président ment avec une sincérité effarante. Il détient là un vrai talent capable de faire passer une gestion déraisonnable et chaotique pour de l’optimisation !

La santé des Français est  devenue depuis le mois de mars un bien précieux et, maintenant que la danger s’estompe, ce gouvernement, responsable du saccage de l'hôpital public, multiplie les consignes sanitaires, maintient des interdictions qui défient le bon sens, et exagère les  précautions  jusqu’à la loufoquerie. Il se comporte comme un mauvais élève qui jette de la poudre au yeux pour tenter de masquer ses insuffisances.

Mais, malgré tous ces artifices, une évidence qui demeure : le système nous conduit à pleine vitesse dans le mur. C’est une première  embardée mais d’autres s'annoncent.

Car ils relancent la machine infernale : ils veulent repartir plus  vite, plus fort, avec les mêmes recettes, surtout sans rien changer.

ils encouragent les Français à se comporter en citoyens responsables, avec un seul objectif, un seul projet : la consommation sans frein pour rattraper le temps perdu, retrouver les points de croissance abandonnés pendant le confinement. Il faut d’urgence exercer  la seule citoyenneté qui vaille, la seule qui soit encore reconnue, la France a besoin de consommateurs zélés.

Le pire est déjà là, il s’installe sans complexe sur les décombres d’une crise provoquée par l’inconséquence d’un capitalisme mondialisé et néolibéral .  

Comme le système  est en train de caler, il convient de remettre du carburant et de ne pas faire le délicat, n’importe quelle saloperie est bonne à prendre  à condition qu’elle puisse relancer toute cette économie du mal vivre et de la destruction lente. 

Pour faire repartir les vieux moteurs qui n’ont plus d’avenir mais qui fournissent des emplois, on débloque des milliards  pour l'aviation, des milliards pour l'automobile, des milliards d’argent public à discrétion, sans aucun engagement, par  la seule volonté du prince, sans vote, sans débat. 

Et il faut débrider  la machine économique en assouplissant encore davantage les règles  sociales, en levant les contraintes environnementales.

Rien n’aura servi de leçon, tout va redémarrer comme avant, de plus belle. 

Les passagers, embarqués malgré eux dans cette galère à la dérive, protestent et  les appels se multiplient, mais un appel chasse l’autre et le risque est grand qu’une sorte de cacophonie stérile s’installe. Quand de surcroît le droit de manifester physiquement  devient un droit purement théorique - avec cette distanciation sociale qui est un poison mortel pour le collectif - les actions de protestation ne seront bientôt plus que des bruits de clavier impuissants à bouleverser la donne. 

Les masques sont là, mais maintenant ce sont aussi des muselières.

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