Un climat nauséabond

En matière de violences policières, le pouvoir est définitivement et irrémédiablement négationniste. Il l’est à tous les échelons de la chaîne de commandement  et il l’est de façon transversale puisque tous les pouvoirs, exécutif, législatif, judiciaire, veillent à ne pas enfreindre la position élyséenne selon laquelle “ il n’y a pas de violence policière”. Notre Président l’affirme et, dans notre Vème République, la parole du Chef de l’Etat est parole d’évangile. Le déni présidentiel entraîne donc en écho et dans un mouvement  coordonné, des mensonges en cascade et le déni de tout l’appareil d’Etat. Tout doit être mise en oeuvre pour corroborer ce qui relève désormais de la doctrine. Dans l’Etat macroniste il ne saurait y avoir de violences policières mais simplement et en toutes circonstances un usage de la force proportionné au trouble à l’ordre public. Emmanuel Macron ne fait d’ailleurs que s’inscrire, mais sans doute avec plus de fermeté et de détermination, dans le cadre d’une tradition illustrée par les affaires Rémi Fraisse et Adama Traoré. De ce fait, il  n’y a donc pas grand chose à attendre des différentes enquêtes menées par l’IGPN ou par les juges. Les préfets, les policiers, les CRS, les gendarmes impliqués dans les différentes opérations de répression sécuritaire ayant provoqué des blessures graves chez des manifestants, la mort de Zineb Redouane à Marseille ou la noyade de Steve Maïa Caniço à Nantes n’ont a priori rien à redouter des foudres de la justice. Confronté au mécontentement populaire et à une colère sourde le pouvoir a tout à craindre d’une police défaillante c’est à dire d’une police qui ne mettrait pas du zèle à assurer sa protection. Les émeutes du mois de décembre dernier ont laissé des traces ! 

Ainsi, le classement sans suite par le parquet général de Nanterre de l’enquête préliminaire - qui avait été confiée à l’IGPN - concernant l’affaire des lycéens de Mantes la jolie, retenus menottés et mains sur la tête à la suite d’une mobilisation, est tout à fait logique, il est dans l’ordre des choses.  Cette maltraitance particulièrement spectaculaire puisqu’elle visait des mineurs, et qui avait été à l’époque critiquée jusque dans les médias plutôt complaisants avec le pouvoir, fait donc partie des méthodes de maintien de l’ordre conforme à notre état de droit. La décision du parquet général de Nanterre donne le la d’une partition qui risque de se répéter jusqu’à l’écoeurement. Nul doute que ce classement sans suite va s’inscrire dans le cadre d’une longue série car le droit et son interprétation apparaissent de plus en plus asservi au pouvoir qui est lui-même entre les mains de sa police. Des mini scandales politico-judiciaires vont  ainsi s’égrener au fil du temps en fonction de la charge de travail et du calendrier représentés par chaque affaire. 

Le pouvoir espère sans doute que l’échelonnement dans le temps de ces affaires en atténuera l’impact, comptant sans doute masquer la pollution générale du système par sa dilution. Mais le climat nauséabond que cet étalement entretient est propice à toutes les dérives et à la montée de la violence. 




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