Desserrer l’étreinte de la machine à broyer les acquis sociaux

“Marrakech n’est pas si loin en avion”, et Brégançon l’est encore moins mais cela n’a finalement aucune importance  : quand on est Président ou ministre, quand on fait partie de l’élite, des décideurs, des importants, des premiers de cordée, on n’est jamais éloigné des lieux de pouvoir. Où que l’on se trouve, il est possible de travailler et de faire travailler, de communiquer, de diriger. Pour prendre des décisions, pour suivre un dossier une  présence physique à un endroit précis n’est guère indispensable. Et, de toutes façons, pour l’oligarchie dominante, les déplacements sont toujours faciles et ne posent pas de réel problème ; le manque de transports collectifs et toutes les difficultés et désagréments dus aux grèves sont réservées aux travailleurs du quotidien ou aux vacanciers désargentés.   “Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon”, seule la masse des “gens qui ne sont rien” est prise dans la nasse tendue par les grévistes. Le blocage affecte affecte prioritairement  les classes laborieuses les plus défavorisées, celles qui doivent rejoindre à heures fixes leur poste de travail.

Les riches restent au dessus de la mêlée et doivent observer tout ce désordre, avec une curiosité gourmande et détachée comme pourrait le faire un entomologiste examinant à la loupe quelques animalcules misérables gesticulant et se débattant dans un bourbier.  

Encore un peu de patience et tous ces blocages, mis en scène par les médias dominants avec une compassion perverse pour les “pris en otage”,  apparaîtront vraiment excessifs et insupportables. Les grévistes ne pourront plus gâcher la vie des braves gens très longtemps. La lassitude, l’exaspération finiront par prendre le dessus. Pourvu donc qu’ils finissent par se battre entre eux !

Après plus de trois semaines de conflit syndical, des journées de mobilisation massives et un début d’année qui s’annonce très perturbé,  le gouvernement apparaît déterminé à ne pas négocier ; il persiste, imperturbable, dans sa volonté d’imposer un nouveau système de retraites pourtant rejeté par une grande majorité de la population.  Il se comporte comme un ennemi implacable vis-à-vis de son propre peuple et semble désormais engagé dans un bras de fer qui ne peut conduire à terme qu’à une radicalisation des esprits et une nouvelle poussée des extrêmes. Sa stratégie est claire : il faut laisser pourrir la situation ; après les excès des fauteurs de trouble, le retour à l’ordre est toujours souhaité et le prince peut alors continuer à exercer toute sa puissance sans excès . 

Le macronisme, abrité derrière sa police, protégé par les institutions, c’est la violence tranquille. Face à des citoyens désarmés et non violents, le pouvoir, peut déployer sa politique. Les manifestations sont de plus en plus encadrées, dissuadées, réprimées brutalement  au moindre écart. Les mâchoires d’une formidable machine à broyer les acquis sociaux, actionnée dès le début du quinquennat, se sont refermées sur le système des retraites par répartition et ce ne sont pas des secousses épisodiques, convulsives qui vont permettre de desserrer l’étreinte. Il va falloir opposer au monstre, qui attend l’épuisement progressif du corps social, une résistance puissante coordonnée,massive.  

Il n’ y a que la paralysie totale de l’économie qui puisse faire céder le capital. 

 

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