Des balises illusoires

Dans le paysage dévasté de ce régime ne subsiste plus qu’un seul totem, celui de l’argent roi, mais la république et l’écologie sont de tous les discours, instrumentalisées de façon éhontée, leurres indispensables pour accompagner les deux dernières années du quinquennat.

 Un pouvoir impopulaire, minoritaire dans l’opinion publique, et qui ne cesse d’accroître les inégalités et de diviser la population, ne manque jamais une occasion de se référer à l’unité nationale et de mettre en avant des idéaux communément partagés. Emmanuel Macron dont toute la politique est dictée par les desiderata et les intérêts d’une petite caste d’industriels et financiers tente en permanence de donner le change en s’abritant derrière des valeurs qui se veulent positives et rassembleuses. Le dernier remaniement ministériel semble avoir encore accentuer cette obsession de la manipulation. Tous les dirigeants de la Macronie et bien-pensants médiatiques se sont donnés le mot ou plutôt deux mots clés : République et Ecologie. Ces deux concepts habillent systématiquement la communication gouvernementale afin sans doute que personne ne puisse s’apercevoir de leur abandon. Il convient de les utiliser à toutes les sauces et ne pas craindre les appariements insolites. Dans le paysage dévasté de ce régime ne subsiste plus qu’un seul totem, celui de l’argent roi, mais la république et l’écologie sont de tous les discours, instrumentalisées de façon éhontée, leurres indispensables pour accompagner les deux dernières années du quinquennat.

Il faut le répéter inlassablement :

Nous sommes en république ;

Nous sommes en transition écologique pour sauver le climat.

Des exactions sont-elles commises quelque part qu’aussitôt le ministre de l’Intérieur accourt pour défendre le bien commun, pour combattre l’ensauvagement de la société en se réclamant de l’esprit républicain.

Un plan de relance est-il mis au point qu’il faut immédiatement le qualifier de vert et l’insérer dans le cadre de la transition écologique.

Mais peut-on encore se croire en république dans un pays où le ministre de l'Intérieur s'étouffe quand on se permet d’évoquer devant lui des violences policières qui sont pourtant des faits avérés, largement documentés. L’expression employée par Gérald Darmanin, qui renvoie au décès du malheureux Cédric Chouviat étranglé à mort par des agents de police aurait pu être un lapsus, une maladresse de langage involontaire ; le ministre avait dans ce cas tout loisir de s'excuser mais il ne l’a pas fait et a refusé de revenir sur cette déclaration. Il persiste et signe donc une provocation ignoble qui ne peut qu’attiser les rancoeurs, les passions et les haines ; c’est probablement le but recherché tant la stratégie de la tension fait désormais partie de la politique d’Emmanuel Macron. Dans tout autre pays se prétendant civilisé et démocratique, un ministre de l’Intérieur tenant de tels propos - et par ailleurs empêtré dans des démêlés judiciaires au sujet d’une affaire de viol - aurait été acculé à la démission. Mais en France les contre-pouvoirs ont disparu. Gérald Darmanin ne rend compte qu’au Président qui seul détient le pouvoir de mettre fin à son mandat. Circulez, il n’y a rien à voir ! Est-on encore en République quand le Chef de l’Etat devient le seul juge de ce qui est admissible et de ce qui ne l’est pas ?

Et peut-on croire raisonnablement à la transition écologique du gouvernement Castex quand priorité est donnée à la consommation et au retour de la croissance par tous les moyens ? Depuis le début de l’ère industrielle, la société est en transition écologique permanente, les sources d’énergie se sont diversifiées, les techniques permettant de les utiliser ont considérablement évolué afin d’améliorer le rendement des moteurs tout en diminuant leur consommation énergétique. Mais nous savons, Stanley Levons l’avait déjà démontré au XIXème siècle, que l’amélioration de l’efficacité énergétique des machines à l’échelle individuelle n’est pas le gage d’une consommation totale d’énergie en recul et d’une moindre pollution. Dans le contexte d’une relance tous azimuts qui ne peut que déboucher malgré quelques petites améliorations par-ci par-là que sur une détérioration accélérée de notre environnement, “la transition écologique” et “la Convention citoyenne pour le climat” ne sont que des outils de communication.

Le monde d’après d’Emmanuel Macron, totalement soumis à l’impératif économique, corrompt les concepts et les valeurs. La république et l’écologie ne sont plus que des mirages sans consistance, des balises illusoires qui permettent de continuer à guider les foules vers une impasse.

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