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Billet de blog 14 févr. 2021

Les "frustrés" de Genève

Devant l'Office des Nations Unies, et malgré un froid glacial à Genève, des membres de la diaspora mauricienne en Suisse ont exprimé leur solidarité envers leurs compatriotes qui ont réclamé ce 13 février la démission du gouvernement de M. Pravind Jugnauth dans les rues de Port-Louis. Des lettres, alertant sur la situation dans cet Etat de l'océan Indien, ont été remises à l'ONU.

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Des manifestants mauriciens devant le Palais des Nations à Genève, le 13 février 2021. © Jean-Luc Mootoosamy/ Media Expertise

Autour du Palais des Nations ce samedi, pas de distribution de « briani ». Pas de pétards non plus à la gloire du roi du jour. Rien de tout ce folklore. Seulement des drapeaux rouge, bleu, jaune et vert, battus par un vent polaire, et des Mauriciens qui ont mal pour leur pays. Il sont une vingtaine, debout sur une Place des Nations gelée, glaciale, glissante. Ils savent qu’ils ne tiendront pas longtemps avec les -3 °C qu’affiche le thermomètre et une impression de froid de -11 °C. Alors ils sautillent pour gagner du temps et manifester en même temps que leurs compatriotes 9'000 km plus loin. 

Patrice a fait plus de 5 heures de route depuis Zurich pour être présent à Genève ce samedi matin. D’autres Mauriciens viennent de Bienne, de Neuchâtel, de Lausanne. Bruno est employé des Nations Unies et « prend le risque » de participer à cette manifestation citoyenne malgré le devoir de réserve qu’impose son poste « parce que la situation à Maurice est trop grave ». Sharonne a prévu des « gâteaux piment » qu’elle partage généreusement avant qu’ils ne refroidissent. Mario, organisateur de cette manifestation a amené le café. Et tous le soulignent : ils ne sont pas là pour l’un des partis d’opposition « ancien ou futur allié de l’actuel gouvernement » venus chercher un nouveau souffle, ni pour les « opportunistes politiques qui changent d’allégeance » mais pour les citoyens qui n’en peuvent plus des scandales, des « assassinats maquillés en suicides », des contrats « offerts aux copains et copines ». Il sont aussi là pour soutenir ce groupe d’avocats, qui se fait appeler les « Avengers », et qui exhume chaque jour des secrets nauséabonds de proches du pouvoir politique.

Ces Mauriciens qui réclament la démission de l’actuel gouvernement ont écrit à la Directrice générale de l’Office de l’ONU à Genève, à la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et à la Présidence du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ils dénoncent « l’injustice, le népotisme, les menaces contre les droits humains et la corruption, devenus la nouvelle norme à Maurice, ce qui est inacceptable ». Les manifestants alertent contre "la perte d'indépendance des garants de la protection de la nation, influencés par le gouvernement".

Une des pancartes des manifestants à Genève. © Jean-Luc Mootoosamy/ Media Expertise

« Une bande des frustrés »

Et la réponse du Premier ministre ?  « Une bande des frustrés », a-t-il estimé ce samedi après-midi. Des propos repris sur sa chaîne de télévision nationale, suivis d’applaudissements de ses partisans. Pour M. Pravind Kumar Jugnauth, ces marcheurs sèmeraient "la haine ethnique", "la violence". Il met tout le monde dans le même lot de « frustrés ». Cela comprendrait donc aussi les membres de la diaspora dont ce jeune Lucas qui, ce samedi à Genève, portait contre son cœur un panneau réclamant « Peace and Justice ». Lucas qui entonnait l’hymne national les yeux fermés, ferait donc aussi partie de cette « bande de frustrés », selon le Premier ministre mauricien.

Au lieu de prendre de la hauteur puisqu'il compte bien gouverner encore quatre ans, au lieu de rechercher l'apaisement pour prendre de court toutes les critiques, au lieu de rappeler, par exemple, qu'il a accepté la démission d'un de ses ministres soupçonné dans une affaire d'emploi fictif, M. Jugnauth préfère relancer la machine qui l'oppose à une partie de la population. Après « insignifiants » qu'avait lâché un de ses bruyants ministres, voici venir « frustrés ». Une maladresse de plus...

Dans de telles circonstances, M. le Premier ministre, que dire si ce n'est reprendre, avec une certaine consternation, ces paroles chantées par vos sympathisants : "Pravind, TO FORT !".

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