Enfin un point d'inflexion vers la sortie du nucléaire en France ?

Elisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire, vient-elle de sonner le glas du nucléaire en France ? C'est encore un peu tôt pour l'espérer. Toutefois, son recadrage des ambitions d'EDF en matière nucléaire ressemble à un coup de poing sur la table envers les inconditionnels et lobbyistes du nucléaire pour leur signifier: maintenant ça suffit!

Déjà il y avait eu la fameuse phrase synthétique du ministre sortant Nicolas Hulot. A propos du nucléaire, il avait osé déclarer :

"Cette folie inutile économiquement, techniquement dans lequel on s’entête."

C'était un avertissement courageux qui ébranlait l'omerta sur les menaces nucléaires.

C'était aussi un aveu d'impuissance, puisque Nicolas Hulot a lancé cela alors qu'il quittait le gouvernement en dénonçant l'emprise des lobbys.

Cette fois, c'est la ministre en place qui s'oppose ouvertement à EDF qui s'acharne encore et toujours à jouer le va-t-en guerre du nucléaire.

D'après un expert interviewé sur France2 ce lundi soir, les 100% renouvelables avec sortie du nucléaire seraient atteints en 2060 (alors que l'Allemagne sortira du nucléaire en 2022).

C'est sans compter qu'un Tchernobyl ou un Fukushima en France provoquerait un électrochoc national voire mondial avec sans doute une accélération drastique du déploiement des énergies renouvelables.

Sans doute la ministre appréhende-t-elle de telles catastrophes, car ce n'est pas un hasard si elle a choisi de s'exprimer contre les nucléocrates d'EDF le jour même où la terre a tremblé à proximité de 2 centrales nucléaires françaises, alors qu'un tremblement de terre à cet endroit était hautement improbable. Si la ministre n'a pas choisi une telle coïncidence, d'aucuns diront que la terre a grondé pour mettre en garde EDF.

Avec le Concorde, Notre-Dame de Paris, Lubrizol, etc. la France devrait comprendre qu'elle n'est pas vaccinée contre les catastrophes.

"Il leur faudrait une bonne guerre", comme disaient nos aïeux pour signifier que des catastrophes peuvent stimuler des changements rapides à grande échelle.

Le drame, c'est qu'une catastrophe nucléaire laisserait dans l'environnement des séquelles mortifères infiniment plus durables que celles d'une guerre conventionnelle.

Reste à espérer que la ministre tienne bon et affiche une détermination forte face à l'armada du lobby nucléaire français.

Espérons que les fissures portées à ce lobby bête et méchant permettront finalement d'éviter l'effet des fissures observées dans les cuves défectueuses des réacteurs anciens et récents.

En guise de dessert, voici en image le symbole de l'effondrement d'une époque révolue.

C'est le symbole d'effondrement d'une époque révolue ... © euronews (en français)

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