Promouvoir les voitures électriques pour doper le nucléaire

Avec un plan d'investissement déjà estimé officiellement à 100 milliards d'euros pour rafistoler ses vieilles centrales nucléaires, l’État français est acculé à tout faire pour justifier cet investissement gargantuesque, et d'abord en soutenant la demande en électricité. La voiture électrique à batteries, c'est d'abord une aubaine pour le nucléaire !

Il faut être un brin masochiste et naïf pour faire le choix d'une voiture électrique à batteries.

Naïf*, parce que croire qu'une voiture électrique à batteries contribue à sauver la planète, c'est se voiler la face. En France, la voiture électrique pompe son énergie sur le réseau électrique qui est majoritairement nucléaire. Acheter une voiture électrique en France revient à offrir une contribution à l'industrie nucléaire. C'est le bon sens qui le dit.

* "naïf" est seulement au masculin, car c'est bien connu, les bagnoles ostentatoires, c'est d'abord majoritairement une affaire d'hommes.

D'aucuns prétendent que le nucléaire, c'est mieux que le changement climatique. C'est aussi naïf que de prétendre que la peste vaut mieux que le choléra ou l'inverse.

L'acharnement du jeune Président français à promouvoir les voitures électriques à batteries, sans garantir "en même temps" que la consommation électrique de ces voitures soit fournie par des énergies renouvelables, revient à promouvoir une stratégie nucléaire.

Il est vrai qu'avec un plan d'investissement de 100 milliards d'ici 2033 pour rafistoler ses vieilles centrales nucléaires, l’État français est bien obligé de faire en sorte que la consommation électrique augmente, afin que l’oligarchie pro-nucléaire puisse un jour argumenter une arnaque triomphante qui proclamerait (en droite ligne avec l'arrogance de Sarkozy à Fukushima en 2011): "On ne va tout de même pas arrêter le nucléaire qui fait rouler nos voitures!"

La ruse des oligarques s’accommode bien de la naïveté du peuple, "ceux sur qui s'exercent le pouvoir" comme le dit Michel Onfray ... Beaucoup de voitures électriques, cela permet de valoriser la naïveté de ceux qui font un tel choix.

Puisque la promotion de la voiture électrique à batteries est cousue de fils blancs, on peut se demander si la motivation profonde du show médiatique international que fut la COP21 n'était pas avant tout de faire oublier Fukushima et de mettre en exergue une bonne raison de continuer à promouvoir le nucléaire français, notamment en poussant la voiture électrique à batteries qui n'émet pas de GES ?

Aucune société d'assurances n'accepte de couvrir le risque nucléaire. Dès lors, c'est l’État qui organise et assure l'industrie nucléaire. Je me suis laissé dire par un expert qu'on estime à 1000 milliards d'euros le coût d'une catastrophe nucléaire en Europe, mais que la France aurait provisionné ce risque seulement à hauteur d'1 milliard d'euros !

Même s'il fait dans l'assurance, un État n'a pas vocation à être une entité commerciale. La promotion des voitures électriques par un État est d'autant plus pathétique que la majorité des consommateurs ne veulent pas des voitures à batteries, sauf quelques naïfs masochistes et quelques bobos qui font fi d'oublier une autonomie limitée et surtout des temps de recharge prohibitifs. Certains militants de la voiture électrique sont naïfs au point de ne pas savoir combien de centaines de kilos de batteries ils transportent dans leur voiture. Forts d'une telle naïveté, ils deviennent de facto de braves petits soldats garants du nucléaire.

Soit dit en passant, en plus d'être naïfs et masochistes, certains possesseurs de voitures à batteries sont aussi des grippe-sous, notamment ceux qui réussissent à convaincre leur employeur d'investir dans des bornes de recharge d'électricité nucléaire qui leur apportent un "fringe benefit" comme le disent ceux qui savent "manager".

Vous aurez compris où je veux en venir sur ce blog qui martèle que l'avenir est à l'hydrogène renouvelable et qu'il s'agit de tout faire (et d'abord en parler) pour promouvoir cet avenir là qui nous épargnera le réchauffement climatique et le nucléaire, la peste et le choléra. Un Ministre français venait de comprendre cela magistralement, ... juste avant de démissionner.

"Mais attendons la fin", comme disait Jean de La Fontaine.

"Qui va lentement va sûrement" ... L'hydrogène renouvelable ne perd rien pour attendre. Il ne manque plus qu'une masse critique d'initiatives petites et grandes. Depuis quelques années, ces initiatives surgissent çà et là régulièrement, sans faire trop de bruits, ... et pas seulement dans le domaine de la mobilité.

D'aucuns demanderont : "Et en attendant ma voiture à hydrogène, je fais quoi ?"

Mieux vaut acheter une voiture d'occasion qu'une voiture à batteries. On épargne ainsi l'énergie et la pollution engendrées pour fabriquer une nouvelle voiture et on fait pression sur l'économie pour l'avènement de vraies solutions, comme celle de la Hyundai Nexo (après la IX-35FC) ou la Toyota Mirai .. des voitures utilisées au quotidien depuis 2015 par une société de taxis à Paris, alors que cette société va se déployer en Europe.

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