Les milliardaires ignorent l'hydrogène renouvelable

Alors que l'hydrogène est reconnu comme LA solution pour remplacer les énergies mortifères, force est de constater que les milliardaires restent impassibles et inactifs à propos de l'hydrogène, et forcément à propos de l'hydrogène renouvelable. C'est encore une preuve, si besoin en était, que l'intelligence éthique de ces gens n'est pas corrélée positivement au niveau de leur fortune.

Le manque d'investissement massif constitue le frein essentiel à l'éclosion rapide et essentielle des solutions d'hydrogène renouvelable.

Ainsi, il est permis de penser qu'un seul milliard (comme celui que la France vient de récupérer de Google) suffirait à faire décoller l'hydrogène sur les routes de France, en répartissant un millier de pompes à hydrogène sur le territoire. Cela ferait décoller les ventes de voitures à hydrogène, comme la Nexo de Hyundai ou la Mirai de Toyota. Cela stimulerait la concurrence et ferait chuter les prix des technologies hydrogène.

Mais jusqu'ici les investissements dans les solutions hydrogène sont minables et se compte seulement en millions d'euros.

Les rares exceptions sont les investissements massifs exceptionnels en R&D, comme ceux de Hyundai et de Toyota pour réussir à mettre sur le marché une voiture électrique à hydrogène (avec pile à combustible) qui soit, en toutes circonstances, aussi sûre et aussi confortable qu'une excellente voiture thermique. Ainsi, Toyota aurait dépensé quelques 20 milliards de dollars pour mettre au point sa Mirai. On peut supposer que le pionnier Hyundai a fait un investissement du même ordre pour mettre en production la première voiture à hydrogène commercialisée, à savoir la IX-35FC puis pour sortir déjà l'année passée un second modèle de rêve, la Nexo. On peut supposer aussi les investissements énormes de Honda qui a commercialisé la Clarity. La plupart des autres constructeurs en sont restés aux prototypes et aux effet d'annonce, préférant vendre d'abord des voitures au lithium qui représentent une régression majeure en termes de fonctionnalités (autonomie faible/inquiétante et temps de ravitaillement prohibitif).

On sait que les milieux financiers, les fonds de pensions notamment, privilégient les investissements à court terme, alors que l'hydrogène s'inscrit sur le long terme. Ce faisant, ils poussent l'humanité au suicide, sachant qu'il y a urgence pour arrêter la progression de l'enfer climatique.

Mais que font les milliardaires ? Qu'est-ce qu'ils attendent pour investir dans l'hydrogène ? Plusieurs d'entre eux (Branson, Musk, Bezos) exhibent l'altitude de leur ego en partant à la conquête de l'espace, suggérant ainsi l'idée qu'il faudra s'enfuir d'une terre torride, devenue invivable. Ce faisant, il détournent l'attention des vrais problèmes auquel l'humanité doit apporter une réponse de toute urgence.

Pour prouver qu'aucun milliardaire n'investit dans l'hydrogène, il suffit de lire les capitalisations boursières de quelques fleurons de l'hydrogène, des sociétés innovantes dont le capital est partagé en bourse et qui sont bien connues pour vendre seulement des solutions hydrogène. Étonnement, la capitalisation boursière de ces sociétés futuristes ne dépassent guère le milliard, alors qu'elles ont bel et bien démontré leur potentiel.

  • Aux Etats-Unis, la société Plug Power est une véritable success story de l'hydrogène, ayant développé la niche des chariots élévateurs à hydrogène. Cette société n'atteint pas un seul milliard de capitalisation boursière. C'est pourtant une société très innovante qui a des clients Wallmart et Amazon ... dont la capitalisation boursière atteint presque les 1000 milliards.
  • Au Canada, Ballard vient à peine de dépasser le milliard de capitalisation boursière, alors que ses piles à combustibles innovantes sont vendues partout dans le monde pour équiper des bus, des trains, des bateaux, etc.
  • Au Canada encore, la société Hydrogenics (dont les piles à combustible équipent les trains à hydrogène d'Alstom et qui produit d'énormes électrolyseurs) vient d'être absorbée par Cummins, pour moins de 300 millions de dollars. Cummins est une société spécialisée dans les moteurs diesel. Pour bien faire, c'est l'inverse qui aurait se passer : le potentiel d'Hydrogenics est tel que sa capitalisation boursière aurait dû s'envoler et lui permettre d'absorber Cummins ! Maintenant la question est de savoir à quelle sauce, l'hydrogène d'Hydrogenics va être digéré par la diesel de Cummins ?
  • En France, il y a par exemple McPhy dont la capitalisation boursière dépasse à peine 50 millions d'euros, alors que cette pépite vend des électrolyseurs et des stations de recharge d'hydrogène renouvelable.

Bref, le monde de la finance rechigne à investir massivement dans l'hydrogène. En particulier les milliardaires restent impassibles à propos d'hydrogène, démontrant ainsi soit leur manque de vision, soit leur manque de responsabilité, soit les deux en même temps.

Le milliardaire Elon Musk, dont la société Tesla est valorisée en bourse à plus de 40 milliards de dollars, va même plus loin. Non seulement il n'investit pas dans l'hydrogène, mais il s'est permis de critiquer ouvertement l'hydrogène. Il est applaudi par les beni-oui-oui de Tesla qui se prennent pour des pionniers mais sont incapables de penser par eux-mêmes. Le cirque de Musk fera illusion encore un temps, mais attendons la fin, comme disait Jean de La Fontaine.

Bill Gates, pour sa part, continue à promouvoir des solutions nucléaires. Malgré Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima, il continue à tenter de promouvoir des solutions foncièrement dangereuses qui, de surcroît, génèrent des déchets éternels à l'échelle humaine. Jamais Bill Gates ne parle d'hydrogène. Tout porte à penser que celui dont le business model crétinise les gens en écartant les logiciels libres (ou open source) veut ménager les très riches clients de Microsoft dans le secteur pétrolier. Alors le climat, ça peut attendre, quitte à faire croire aux crétins que l'avenir de l'énergie reste hypothétique ou nucléaire, afin de les laisser dans l’ignorance de LA grande solution d'avenir, à savoir l'hydrogène renouvelable.

Pourtant les milliardaires sont bel et bien impactés par le réchauffement climatique, car dorénavant, il ne peuvent plus acheter des îles en voie de disparition.

Tout cela corrobore, si besoin en était, l'idée qu'il faudrait interdire les milliardaires et promulguer des lois pour tronquer les fortunes qui dépassent le milliard d'euros ou de dollars. Ces fortunes aberrantes ont forcément été accumulées à la faveur de failles démocratiques dans les processus de financement. Heureusement, nous sommes de plus en plus nombreux à penser que les milliardaires sont des parasites issus d'un capitalisme maladif et débridé qu'ils entretiennent. Ils détournent les immenses surplus de la productivité pour satisfaire leur immense ego nourri d'une immense cupidité qui se déploie en piétinant l'immense intérêt pour l'avenir de l'humanité. Sans vergogne, à coup de milliards, ils sont en première ligne pour préparer l'apocalypse.

Dans une société démocratique, il faut ajouter (en s'inspirant des annonces d'OXFAM) que posséder plus d'un milliard d'euros ou de dollars, c'est foncièrement insultant par rapport aux milliards de gens qui vivent au quotidien dans la précarité, ... une précarité que l'enfer climatique va encore faire exploser.

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