L'aliénation parentale vs. la "science" des psychiatres

Voici le prolongement de mes commentaires sur un article paru sur Mediapart pour dénigrer l'aliénation parentale. Les propos du présent article qui contient des idées originales n'engagent que moi, sur la base de ma formation en psychologie et de mes expériences vécues.

Le présent article prolonge la discussion lancée ici sur Mediapart à propos d'un article qui dit ceci:

"Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) n’a pas de fondement scientifique. Le 16 février 2020 L’Organisation Mondiale de la Santé a supprimé l’aliénation parentale de l’index de sa classification. Et non seulement le syndrome d’aliénation parentale ne repose sur aucun fondement scientifique mais il permet par une inversion accusatoire habile de condamner… le parent protecteur."

A mon sens, l'aliénation parentale, c'est un modèle théorique, comme l'est n'importe quel modèle comportemental.

En d'autres mots, c'est un outil pour tenter d'expliquer des comportements.

Comme la plupart des outils, il peut être utilisé à bon escient ou à mauvais escient.

Un couteau peut être utilisé pour trancher le pain ou pour trancher la gorge. La question est alors: faut-il pour cela dénigrer ou interdire le couteau ? Il semble que, dans nos sociétés évoluées, la décision a été prise de permettre l'usage du couteau et d'en enseigner le bon usage.

La question se pose bien différemment pour les armes à feu, des outils dont la première finalité est de tuer. A cet égard, les Etats-Unis reste une société primitive qui permet la détention libre d'armes à feu, alors qu'il n'est guère possible de se défendre contre une arme à feu.

Pour des gens comme moi à qui un Tribunal a volé l'éducation de mes enfants, l'aliénation parentale (à condition d'être comprise par les spécialistes qui conseillent les tribunaux) constitue le meilleur outil pour se défendre contre un parent pervers qui abuse moralement de ses enfants en les écartant d'un parent sain et aimant. Cette violence morale laisse des traces à vie, tout comme les violences physiques.

Sans avoir cherché, j'ai rencontré deux enfants victimes d'aliénation parentale qui faisaient la part des choses à l'âge adulte et se morfondaient dans un double regret: a) celui d'avoir été manipulé par un parent pervers et b) celui de ne pas avoir pu bénéficier de l'affection d'un parent aimant. Ce sont des vies gâchées. Pour l'une de ces victimes, le choc est venu après la mort du parent écarté: ayant découvert des preuves que le parent aimant avait été écarté, c'est l'autre parent qui a été rejeté, par une sorte d'effet boomerang.

D'autres, comme mes 2 enfants, n'arrivent pas (encore) à faire la part des choses et perpétuent à l'âge adulte le fonctionnement imposé par le parent pervers.

Je maintiens qu'attaquer l'aliénation parentale, c'est se mettre au service du parent pervers qui pratique la violence morale sur ses enfants pour tenter de détruire son ex-conjoint. En réalité, les enfants ainsi instrumentalisés sont détruits bien plus que le parent ciblé, tant il est vrai qu'un enfant est plus malléable et fragile qu'un adulte. Même si ces enfants semblent équilibrés, ils ont simplement adopté le parti d'un parent contre l'autre, sans se poser de questions, pour survivre en milieu hostile, en quelque sorte. Ce n'est qu'après Longtemps après... comme le chantait Brel.

Bien sûr, il faut empêcher que l'aliénation parentale soit utilisée à mauvais escient. Dans le doute, il faut s'abstenir de l'utiliser. Ce sont les critères de ce doute que les experts doivent apprendre à décrire et à détecter. Les traces de violence physique sont l'un des critères qui indique clairement que l'aliénation parentale est utilisée à mauvais escient. Quant au refus de l'enfant d'aller chez un parent rejeté, alors qu'il n'y a aucune violence physique, il faut être extrêmement prudent pour l’interpréter, car ce rejet est précisément l'expression d'une vraie aliénation parentale. En cas de rejet, une délicate investigation est INDISPENSABLE pour savoir si ce rejet n'est pas conditionné par l'autre parent.

Tout comme les enfants victimes de violence physique peuvent nier les faits par un discours de survie envers le parent violent, les enfants victimes de violence morale peuvent nier d'autant plus facilement qu'ils ne portent aucune trace visible de violence.

Je n'oublierai jamais l'image de mes enfants qui attendaient souvent plusieurs minutes (parfois dans le froid) devant la porte de leur mère, pour que celles-ci daignent leur ouvrir quand elles revenaient d'un week-end passé chez moi en bonne entente. Placé sur le côté pour éviter que la mère s'affole en me voyant, j'attendais que la porte s'ouvre, avant de repartir. Mes enfants changeaient soudain d'attitude à mon égard. Elles gardaient le regard rivé sur le porte, droit devant elles comme des soldats, sans plus tourner la tête vers moi alors qu'on se quittait pour deux semaines parfois plus, comme si un simple regard vers moi aurait pu les condamner aux yeux de leur mère. Dès que la porte s'ouvrait, elles exprimaient théâtralement leur joie voire leur soulagement, comme pour rassurer leur mère, sans le moindre signe d'au revoir à mon égard, ignorant superbement que j'étais resté là pour les regarder, veiller sur elles jusqu'à la dernière seconde et m'assurer qu'elles étaient bien rentrées chez leur mère. Et ce n'est qu'un exemple parmi bien d'autres.

Celles et ceux qui condamnent l'aliénation parentale choisissent une solution de facilité. Au final, elles/ils augmentent les risques des violences morales pour empêcher les risques de violences physiques, sans même s'inquiéter du fait que les violences morales (comme le harcèlement moral) sont déstabilisantes et peuvent avoir des conséquences physiques à long terme, comme le suicide, la stérilité induite de facto, l’addiction à l'alcool, etc.

Supprimer le modèle comportemental qu'est l'aliénation parentale, c'est faire le jeu des parents qui pratiquent cette forme de violence morale, c'est donc aussi faire preuve de perversité naïve mais complice.

Le parent qui adopte un comportement pervers réussit à écarter l'autre parent grâce à la Justice qui se laisse embobiner et ne reconnait pas l'aliénation parentale.

Quant aux discussions de salon sur le caractère scientifique de l'aliénation parentale, les behavioristes ont bien démontré que la notion de "science" en psychologie se réduit à une question d'augmentation de la probabilité de modifications de comportements et que tout le reste est littérature. Alors quand ces comportements sont génériques, on nage dans le flou et il faut se prendre pour un devin pour prétendre distinguer ce qui est scientifique et ce qui ne l'est pas. Il est vrai que les psychiatres ont l'aura glorieux des sciences médicales. C'est un aura dont ils abusent très souvent, me semble-t-il. Malheur à qui tombe entre les mains d'un psychiatre pervers qui saura le transformer en zombie et le garder en hôpital pour le restant de ses jours à coup de recettes pharmaceutiques qui ont autant d'effet que des armes à feu, surtout quand ces recettes sont utilisées à répétition comme des mitraillettes médicamenteuses, en quelque sorte. L'avantage ce ces mitraillettes, c'est qu'elles permettent aux psychiatres de dormir sur leurs deux oreilles tout en augmentant leur chiffre d'affaires.

La médecine n'est autre chose qu'une science expérimentale comme l'écrivait Claude Bernard, c'est-à-dire une science sans grande prétention, une "science" dont la pratique quotidienne est fondée sur des essais et d'erreurs, alors que pour d'autres sciences, les essais et les erreurs sont le chemin d'élaboration de lois solides et inébranlables qui permettent de construire des ponts ou de faire voler des avions. La psychiatrie n'est certainement pas moins expérimentale que le reste de la médecine.

Ceci dit, il ne faut pas généraliser. J'ai eu la chance aussi de rencontrer un psychiatre extra-ordinaire (je pèse mes mots) qui est aussi psychanalyste, démontrant en cela une faculté à observer ses propres limites, y compris les limites psychologiques de la psychiatrie classique qui reste sa formation première.  C'est sans doute grâce aux consultations chez ce psy que j'ai pu prendre du recul par rapport à l'aliénation parentale. Connaissant son sens de la discrétion et son immense modestie, je ne révélerais son nom que sous la torture wink.

A mon sens, l'aliénation parentale ne doit pas être laissée aux mains des seuls psychiatres. C'est une configuration déviante de conduites psychologiques et sociales qui se soigne sans médicaments, mais plutôt in fine par le recadrage autoritaire d'une Justice à visage humain, comme dans le cas du harcèlement moral. En principe, mieux vaut être psychologue que psychiatre pour intervenir pertinemment dans un dossier d'aliénation parentale. Utiliser un psychiatre (non psychologue) pour résoudre un problème d'aliénation parentale est aussi déplacé que d'utiliser un marteau piqueur pour enfoncer un clou.

Jean-Lucien Hardy

P.S. Il y a 8 ans, avant d'en venir à l'hydrogène renouvelable (qui explose depuis 6 mois), un sujet n'ayant aucun rapport avec l'aliénation parentale, j'avais démarré ce blog Mediapart par une discussion sur l'aliénation parentale: Syndrome d'aliénation parentale (SAP) vs. Pédophilie en réaction à des propos qui me paraissaient négationnistes.

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