La France dirigeante aveugle au plan génocidaire et nucléaire voire suicidaire

Près de 27 après les faits, un rapport confirme la responsabilité accablante d'une France aveugle lors du dernier génocide du XXe siècle (800 000 tués en 3 mois). Il est permis de penser que cet aveuglement est lié à une arrogance mortifère et hégémonique qui caractérise les dirigeants français, une arrogance que l'on retrouve aujourd'hui dans leur folie nucléaire.

En 1994, ma femme était d'origine rwandaise. Les terribles nouvelles du génocide rwandais nous ébranlaient au quotidien. En juillet 1994, j'avais écrit dans "LeSoir", l'un des principaux quotidiens belges:

"Des voix se sont élevées en France pour demander la démis­sion du président Mitterrand ac­cusé d'association de malfai­teurs pour complicité dans le génocide des Tutsis au Rwanda. Ce génocide est l'un des plus « efficaces » de l'Histoire. De­puis 1990, sous la houlette de l'Elysée, des militaires français ont soutenu et formé les bour­reaux qui ont préparé le géno­cide.... " (pdf, 458.8 kB)

Aujourd'hui, plus d'un quart de siècle après, un rapport officiel avoue/confirme cette complicité, mais à demi-mots.

Avec 800 000 tués en 3 mois, le génocide rwandais fut tristement "efficace".

Mitterand avec le dictateur Habyarimana à Kigali en 1984 © Georges GOBET / AFP Mitterand avec le dictateur Habyarimana à Kigali en 1984 © Georges GOBET / AFP

A propos d'un gros rapport officiel qui vient de sortir, Mediapart titre: La France et le génocide des Tutsis: des «responsabilités lourdes et accablantes».

Je n'ai pas lu ce rapport, mais quand j'entends son principal auteur, Vincent Duclert, prétendre en conclusion (dans une interview pour FigaroLive) que si la France est complice du génocide alors il faut considérer que "toute la communauté internationale sera complice de ce génocide", je me dis qu'un tel déni perpétue un raisonnement arrogant qui ne cadre même pas avec ce qu'il explique juste avant dans la même interview, à savoir que la France a apporté pendant des années une aide militaire à un régime rwandais foncièrement raciste. Ce n'était pas à la communauté internationale de s'assurer, à la place de la France, que cette France apportait son aide en connaissance de cause.

Si ma mémoire est bonne, ce sont finalement les États-Unis qui sont intervenus en juin 1994 pour envoyer, telle une mise-en-garde, quelques troupes symboliques de l'ONU sur l’aéroport de Kigali avec pour but implicite de neutraliser les troupes françaises qui ne pouvaient tout de même pas faire la guerre à l'ONU. Sans ce signal d'arrêt envoyé à la folie meurtrière d'une France de facto complice d'un génocide, on peut craindre que les tutsis auraient été tués jusqu'au dernier et que le Président Kagame n'aurait pas pu ni arrêter le génocide ni imposer une paix durable.

Contrairement à ce que laisse penser Vincent Duclert dans cette interview, la France était bel et bien seule contre la communauté internationale au moment du génocide rwandais. Son implication dans le génocide était huée à l'étranger. Mais en France la chape de plomb de la désinformation était garantie grâce à des médias timides et serviles. Je me souviens notamment de PPDA, présentateur vedette à l'époque au JT de TF1, qui parlait avec une froideur glaçante des « Khmers noirs » pour dénigrer l'intervention des troupes de Kagame. Ça me donnait envie de vomir !

Mutatis mutandis, l'arrogance maladive de la France dirigeante s'acharne de nos jours dans la folie nucléaire toujours soutenue depuis des décennies au sommet de l’État français, droite et gauche confondue. Sur le terrain nucléaire aussi, la France est de plus en plus isolée, seule contre toute la communauté internationale, et d'abord contre ses voisins à qui elle impose le risque du nucléaire.

Comme relaté précédemment sur ce blog, Noato Kan explique ce risque en quelques mots qui effacent toute contestation possible: aucun pays au monde (sous-entendu même pas la France) n'a le droit de prendre le risque de devoir déplacer le tiers ou la moitié de sa population. 

Alors quoi ? Faudrait-il attendre un autre cataclysme, un massacre de la population cancérisée par une catastrophe nucléaire de grande ampleur sur le sol français, pour que les dirigeants français vilipendés de toute part virent enfin leur cuti par rapport au nucléaire, au lieu de budgétiser 100 milliards d'euros d'ici 2030 pour rafistoler les vieilles centrales nucléaires ?

Une différence fondamentale entre deux cas de figures, génocidaire d'une part et nucléaire d'autre part, est le caractère suicidaire du nucléaire. La complicité génocidaire ne concernait qu'un théâtre très éloigné du quotidien de la population française. En revanche, dans le cas du nucléaire, la folie des dirigeants est de nature suicidaire. Dans le cas d'une catastrophe nucléaire, la population française sera en première ligne, la première victime d'un scénario incontrôlable et apocalyptique.

Comme le dit le Président de la CRIIRAD, on sait pertinemment que le jour où un accident majeur arrivera, c'est l'armée qui va prendre le pouvoir, on ne pourra plus circuler et la CRIIRAD n'aura sans doute pas les moyens de communiquer. En d'autres mots, l'armée sera utilisée pour contenir une population meurtrie par la radioactivité, révoltée et désinformée. La France plongera dans une récession digne de la 2e guerre mondiale, mais avec en plus des conséquences désastreuses à très long terme, qu'il s'agisse de santé, d'agriculture et de tourisme, tant il est vrai que les particules radioactives disséminées sur le sol français ne pourront pas être nettoyées et que vivre avec ces particules reviendra à se laisser mourir.

On peut ajouter que la mentalité française n'est ni celle des biélorusses de 1986, ni même celle des japonais de 2011. En cas de catastrophe nucléaire sur le sol français, la désobéissance civile sera bien plus difficile à contenir en France, et d'abord au sein du personnel des centrales nucléaires. Naoto KAN explique ici qu'au moment de la catastrophe de Fukushima, il a dû prendre la responsabilité d'ordonner à des techniciens nucléaires de rester sur le site de la centrale explosive pour limiter l'ampleur de la catastrophe. Ces techniciens ont obéi, malgré les conséquences pour leur santé. Mais en France que se passerait-il en pareilles circonstances ?

Comme pour le génocide rwandais, des signaux d'alerte sont clairement envoyés aux autorités françaises pour les enjoindre d'arrêter leur folie nucléaire. Mais, comme dans le cas du génocide rwandais, ces autorités font la sourde oreille et perpétuent leurs bêtises arrogantes et hégémoniques.

Moralité

A) Faudra-t-il attendre une catastrophe nucléaire majeure en France pour mettre fin, une fois pour toutes, à l'arrogance aveugle et hégémonique des plus hauts dirigeants de la France ? L'avenir le dira, sans doute avant la fin du XIXe siècle.

B) En attendant, développer l'hydrogène renouvelable est sans doute de facto une bonne manière de précipiter la sortie du nucléaire. Si les dirigeants français viraient soudain leur cuti nucléaire (on peut rêver), ils devraient en priorité réorienter en faveur de l'hydrogène renouvelable les 100 milliards de dépenses prévues d'ici 2030 pour rafistoler les 18 vieilles centrales nucléaires françaises et leurs 56 réacteurs.

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