Pandémie de capitalisme néolibéral -Pierre Khalfa et Confédération paysanne

Face au virus, nous humains, redécouvrons notre fragilité...Mais la pandémie révèle d’autres choses sur notre société…

Source :Entre les lignes

L’impréparation des états européens, leur suffisance, les ont obligés à prendre des mesures d’urgences radicales comme le confinement indifférencié. Confinement nécessaire bien sûr pour soulager le système sanitaire, mais qui a de graves conséquences sur la vie des gens et représente une suspension de fait de nombreux droits fondamentaux et une répression supplémentaire dans les quartiers populaires.

Malgré le confinement, la plupart des états obligent leur population à aller travailler ; impossible de voir ses parents ou ses amis, mais possible de voir ses collègues. Où est la logique ? Dotés de pouvoirs spéciaux, les états annoncent la suppression des congés, l’élargissement des horaires dans certains secteurs. Mais pas question de réquisitionner des usines pour fabriquer les masques ou les ventilateurs qui sauveront des vies. Pas question non plus d’interdire le versement de dividendes aux actionnaires !

Les coupes budgétaires dans les services de santé se paient au prix de centaines de morts. Le manque de personnel et de matériel basique consécutifs à la pensée de court terme, à la logique du flux tendu, aux petites économies est criminel. Des mobilisations importantes ont pourtant eu lieu dans de nombreux pays européens, depuis plusieurs années, pour dénoncer la situation de l’hôpital public et de la santé en général.

Les états annoncent les uns après les autres, le déblocage de centaines de milliards d’euro pour faire face à la crise économique qui vient. L’Union Européenne suspend ses traités austéritaires. Mais pour sauver qui ? D’abord les marchés financiers, puis les grands groupes industriels impactés. Que reste-t-il pour les services de santé ou la population ? Que reste-t-il à la classe ouvrière qui perd son emploi, voit ses prestations réduites ou doit continuer à travailler sans les garanties minimales pour sa santé et celle de ses proches ? Certains États interdisent les licenciements, d’autres donnent aux entreprises carte blanche pour procéder à des licenciements collectifs. Très peu prennent des mesures pour protéger les groupes les plus précaires, tels que les travailleuses domestiques, les coursiers ou le personnel des agences de travail temporaire. Cela conduira à un appauvrissement des classes ouvrières et populaires.

Les Etats les plus riches de la Planète sont incapables d’organiser la satisfaction des besoins sociaux essentiels des populations. Ce que révèle cette crise, c’est la violence mortifère du capitalisme. Celle qui s’abat sur les peuples du Sud depuis si longtemps et qui frappe aujourd’hui de plein fouet celles et ceux qui se croyaient à l’abri. 

Cette pandémie laisse voir la médiocrité de ceux qui nous gouvernent mais surtout pour qui ils travaillent. Si nous les laissons faire, c’est de notre poche que viendront les centaines de milliards d’aides. Cela se traduira par encore plus de coupes budgétaires dans la santé, dans l’éducation, dans les retraites et le service public, nos seules protections collectives.

Plus fondamentalement, cette crise est celle d’un capitalisme global, de son agro-industrie, qui détruit les habitats naturels permettant l’émergence de toujours plus de virus ; crise de la connectivité globale qui lui permet de voyager rapidement sans freins, crise de la logistique globale qui laisse nos « grands » pays sans les outils nécessaire pour combattre le virus.

Cette pandémie mondiale est un cri d’alarme pour les peuples du monde qui rappelle les dangers du changement climatique et face auxquels il n’y aura pas de confinement possible. S’organiser face à cette crise sanitaire, c’est déjà s’organiser pour les combats de demain.

Le Monde devra changer ou nous courrons à notre perte, plus vite que prévu.

Courage à tout le monde ! La lutte continue !

Alter Summit

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en anglais : Pandemic of neoliberal capitalism

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en espagnol : Pandemia de capitalismo neoliberal

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