Mitterrand: « j’ai gagné le gouvernement, mais pas le pouvoir»

Une déclaration de Mitterrand que vous entendez pour certains pour la première fois. Ce n’est pas un hasard si tous les politiciens de droite comme de gauche radis(cale), pressés de jouir des Ors de l’Elysée, ne la citeront jamais. Pas plus que les médias chargés d’abrutir le peuple pour le conduire à l’abattoir des urnes.

Cette déclaration de François Mitterrand a été rapportée par son épouse, Danièle Mitterrand interviewée le 28 octobre 2005 par Hernando Calvo Ospina, collaborateur, entre autres, du Monde Diplomatique. Voici l’extrait le plus explosif des déclarations de la veuve de François Mitterrand paragraphe:

"Mai 1981 fut un mois de grande activité, car c’était la préparation de l’arrivée au pouvoir de François. J’essayais d’apporter tout ce qu’il y a de meilleur en moi, pour que ces rêves d’avoir une société socialiste, quoique à l’européenne, deviennent réalité. Mais bien vite j’ai commencé à voir que cette France juste et équitable ne pouvait pas s’établir. Alors je lui demandais à François : Pourquoi maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais offert ? Il me répondait qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais pas le pouvoir. J’appris ainsi que d’être le gouvernement, être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes, soumises au capitalisme. J’ai vécu l’expérience directement durant 14 ans. Même s’il essayait d’éviter le côté le plus négatif du capitalisme, les rêves ont commencé à se briser très rapidement. »

Mitterrand confiait ainsi à son épouse ce qui est une évidence pour tout observateur non bourgeois. La théorie marxiste de l’Etat arrive à la même conclusion: aucun président, ni majorité parlementaire, n'a le pouvoir réel. Les politiciens n’ont que la fonction de comédiens bien rémunérés pour donner le change. Le pouvoir, plus que jamais, c'est la dictature du capital. 

Mitterrand l’a aussi confirmé par ses actes. Après avoir promis lui aussi une révolution citoyenne, il est rentré dans sa niche en 1983, dès que le capital a sifflé la fin de la récré.

La théorie de l’Etat de Marx est surtout prouvée expérimentalement. JLM n’a cessé de s’appuyer sur le Vénézuela, l’Equateur, et la Bolivie, pour vendre la religion de la "révolution par les urnes ». Au Vénézuela, Chavez a gagné largement les élections, et son projet pourtant seulement de réformes, pas de révolution, a dû faire face lui aussi à un coup d’État, en 2002. Ce coup d’Etat, pas plus qu’aucun autre, n’a pas été stoppé par les urnes, mais par la mobilisation des masses, y compris armée. Et en fait, Chavez n’a pas du tout fait une révolution sociale. La nomenclature de son parti s’est au contraire associée avec la vieille bourgeoisie compradore, pour former ce que le peuple vénézuélien dénonce comme la « Bolibourgeoisie ».

En Equateur et en Bolivie, c’est le même processus: pas de révolution, des réformes, mais qu’il a fallu défendre par les armes contre les tentatives de putsch. Jusqu’à la dernière élection, annulée par un coup d’Etat.

Concernant l’Amérique Latine moderne, il y a trois cas de révolution sociale, et trois seulement : Cuba, Nicaragua, Grenade. Jamais de prise de pouvoir par les urnes !

Il faut aussi savoir que face à la menace d’une mobilisation des travailleurs pour le pouvoir, la bourgeoisie, elle, ne rêve pas de changement par les urnes. Elle utilise l’Etat, forgé pour la servir. Deux exemples seulement:

 -Chili : Allende a gagné les élections, la bourgeoisie a écrasé le peuple, malgré son programme modéré.
- République espagnole : même chose, la bourgeoisie avec à sa tête Franco l’écrase.

Il faut enfin rappeler que jamais et nulle part les élections n’ont arraché le pouvoir
à une classe dominante, ni même permis les principales conquêtes. Limitons nous à trois exemples :
- la journée de 8h après la première guerre mondiale, c’est pas les élections, mais les
mobilisations ouvrières d’après-guerre, dans le contexte de la première révolution socialiste victorieuse, en Russie. 

 -les congés payés et la semaine des 40 h, ce n’est pas la victoire électorale du Front Populaire, c’est la grève générale de 1936, avec occupation d’usines, malgré et contre le couvernement.

- idem pour l’augmentation de 30% du SMIC et autres conquêtes syndicales suite à la grève générale en1968

Trente ans après la démonstration en 1983 de Mitterrand tenu de se coucher, le capital s'est concentré et mondialisé, et parallèlement à l'impuissance des comédiens élus, a acquis un pouvoir décuplé. Mais il y a encore des politiciens professionnels, le dernier avatar étant JLM, pour vendre l'illusion d'un changement radical par les urnes, et même parfois, démagogie suprême, d'une "révolution par les urnes ». 

Comme les autres religions, la croyance républicaine a toute une hiérarchie de prêtres, moines et prosélytes, avec à leur tête un chef. Ce sont les politiciens, ils prêchent, organisent les rites républicains et en vivent grassement. En dehors d’une crise révolutionnaire, les croyants et soumis à ces politiciens sont millions et majoritaires. 

Comme les autres religions, ce « républicanisme » relève de la condition humaine telle que décrite par Marx: « La détresse religieuse est, pour une part, l'expression  de la détresse réelle et, pour une autre part, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, la chaleur d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium  du peuple." (Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel ) 

La raison critique permet toutefois, de démasquer la pure idéologie religieuse. 

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