Pour "un mouvement d’ensemble s’appuyant sur une grève de masse qui se généralise"

Ces 30 novembre et 1er décembre s'est tenue la réunion de direction (CPN) du NPA. Une feuille de route y a été majoritairement adoptée en vue de la grève du 5 décembre.

 Nous sommes à la veille d’une mobilisation exceptionnelle qui s’inscrit dans une situation politique marquée par l’instabilité du système capitaliste, la vague de mouvements de masse contre les gouvernements libéraux et régimes autoritaires dans un nombre de plus en plus important de pays, mais aussi de l’émergence de mouvements à l’échelle international sur les droits des femmes et pour la justice climatique.

L’enjeu est de tenter de renverser la vapeur, de construire un affrontement avec le gouvernement, d’infliger une défaite aux classes dominantes, et d’ouvrir les possibilités d’une contre-offensive face au capitalisme. Pour cela, nous avons besoin d’un mouvement d’ensemble, s’appuyant sur une grève de masse qui se généralise.

La question des retraites est un profond unifiant pour le prolétariat : elle a permis de donner corps aux colères sectorielles. La possibilité de gagner le retrait de cette réforme sera un enjeu majeur pour le rapport de forces entre les classes. Si elle est durable et d’autant plus si elle est victorieuse, la mobilisation va provoquer une crise politique, encore plus forte que celle provoquée par le mouvement des Gilets jaunes.

En tant que parti, le NPA peut jouer un rôle dans cette situation pour aider le mouvement à gagner et proposer des perspectives politiques : par l’action de ses militantEs dans le monde du travail et dans les syndicats et de tous ses membres, dans son expression via ses publications et ses porte-parole, en lien avec les milieux qui nous entourent et les secteurs combatifs.

Catalyseur du rejet du macronisme, la grève du 5 décembre va marquer de son empreinte la situation politique. Avec des taux de grève qui s’annoncent très forts dans le secteur des transports (SNCF, RATP…), dans l’Éducation nationale, La Poste et plus globalement dans la fonction publique… La force de la grève reste plus incertaine dans le privé, mais sera néanmoins d’une importance remarquable. Un succès du 5 ouvrirait la possibilité d’une convergence public-privé sur cette journée comme nous n’avons pas vu depuis un certain temps. Les choses semblent néanmoins plus compliquées à ce stade pour ce qui est de la reconduction de la grève.

Les directions syndicales confédérales veulent éviter l’affrontement avec le pouvoir, le limiter autant que possible ou diviser. Des fédérations cherchent aussi des compromis branche par branche avec le pouvoir. Mais cela nourrit des contradictions, en particulier sous la pression des salariéEs qui se mobilisent, et le calendrier des appareils a été bousculé. En s’appuyant sur cette pression, sur les prises de position de structures, il faut pousser à la reconduction dans le maximum de secteurs dès le 6 décembre, mais ce ne sera pas le cas partout. Nous devons donc utiliser tous les leviers pour construire cette grève dans la durée et en premier lieu en étant en grève dans un maximum d’endroits le 6.

Dans certains secteurs, la grève ne sera reconduite que la semaine suivante, sur un ou plusieurs jours. C’est un enjeu pour tout le public, mais aussi, malgré des difficultés plus importantes, dans le privé.

La construction de la grève doit se faire pied à pied, service par service, en convainquant les collègues d’une grève active et en s’appuyant sur la réussite annoncée du 5 pour construire le mouvement. Nous devons pousser à des assemblées générales sur tous les lieux de travail, si possible avant le 5, pour discuter des revendications, des suites du mouvement, de sa structuration et de son extension.

Le développement de liens interprofessionnels est un outil capital, pour organiser les salariéEs qui ne peuvent pas s’organiser à l’échelle de leur entreprise, mais aussi pour aider les grévistes à prendre en main leur propre mouvement, et de lancer des éléments de coordination. Nous devons aussi nous battre pour un soutien de l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier à la mobilisation pour le retrait de la réforme. Nous ne concevons pas les interpros ou les coordinations comme des substituts à la mobilisation à la base, qui ne regrouperaient que les éléments radicaux. La direction de la grève se construit au plus près des formes d’auto-organisation des grévistes dans les secteurs ou sur une base territoriale : assemblées générales, comités de grève, coordination des AG professionnelles, si possible avec des mandats, jusqu’au comité national de grève.

Ainsi, traçant les contours d’une direction du mouvement par les grévistes eux-mêmes, celui-ci doit se doter de son agenda de mobilisation, mettre sous pression les appareils syndicaux, locaux comme nationaux, pour de nouvelles de dates de grèves, de manifestations, d’actions, permettant de rythmer la construction du mouvement dans la durée.

Nous devons aussi nous battre pour un soutien de l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier à la mobilisation pour le retrait de la réforme. Dans ce cadre, nous poussons à des prises de position, locale comme nationale, des forces politiques en soutien à la grève du 5 et à sa reconduction.

Dans ce contexte, la tribune « En décembre, c’est tous ensemble » peut servir de point d’appui. Publiée avant le 5, cette tribune continuera à être popularisée, nous servant d’outil de regroupement d’un large secteur militant (syndicalistes, politiques, intellectuels, etc.) en appui à la grève reconductible.

Ce mouvement n’en restera pas à la question des retraites, il porte en lui le rejet de « Macron et son monde », de sa politique. Le NPA doit être identifié, dans l’ensemble de son intervention, sur quelques points :

- La bataille pour le retrait de la loi, mais aussi pour la retraite à 60 ans (55 pour les métiers pénibles) à 75% du meilleur salaire, pas une pension sous le SMIC, l’augmentation des salaires et le partage du temps de travail.

- La construction d’une grève générale, de la reconductible, s’appuyant sur l’auto-organisation des travailleurs/ses en toute indépendance de la politique des directions syndicales.

- La dimension politique du mouvement, la volonté largement exprimée de « dégager Macron ». Il s’agit d’orienter le mouvement contre le pouvoir politique, en faisant le lien avec les différents terrains sur lesquels sa politique est contestée (précarité dans la jeunesse, racisme, égalité des droits, justice climatique...) et la question démocratique, notamment face à la répression, et de l’illégitimité du pouvoir. Nous travaillons aussi à faire le lien entre la remise en cause de Macron, président des riches, dont la réforme est au service du patronat, et la remise en cause globale du système capitaliste dont il est un des meilleurs représentants.

Pour centraliser les informations et coordonner notre activité, nous nous dotons d’une « direction quotidienne » composée des membres du CE et de militantEs de différents secteurs investis dans la construction du mouvement.

Vote du texte dans sa totalité : 36 pour, 2 contre, 6 abstention, 8 NPPV

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