Yannick Jadot roue de secours du MEDEF à la tête de la Ripoublique en 2022 ?

Dans le JDD de ce jour 5 juillet, Yannick Jadot déclare: "Je m'y prépare. L'écologie a une responsabilité immense: celle d'accéder au pouvoir pour transformer la vie des citoyens ».

jadot-uv-n

Il faut, selon lui "dès la rentrée lancer un vaste rassemblement autour de l'écologie, des forces de gauche qui le souhaitent et, au-delà, des citoyens qui se retrouvent dans cette nouvelle matrice politique… Une grande partie de la gauche s'écologise quand En Marche et Les Républicains forment un front du déclin anti-climat ». Une première dans sa bouche: en mai 2019 il avait alors affirmé que la renaissance de la gauche n'était pas son sujet. Auparavant, le patron du PS Olivier Faure et celui de EELV Julien Bayou, ont projeté d'organiser une université d'été commune, projet pour l'instant remisé à l’automne.

Mais Jadot n’est pas seul dans EELV, marigot de jeunes et vieux crocos. L’adversaire numéro un, ces temps-ci, en attendant quelques autres spécimens dodus, c’est Eric Piolle. Proche de Cécile Duflot et des autres vieux larbins du MEDEF, de Daniel Cohn-Bendit à Nicolas Hulot, il s’affiche aussi bien avec Anne Hidalgo dans le PS, ou François Ruffin et Clémentine Autain, députés du groupe FI, Olivier Faure du PS, ou des coureurs hors concours de pouvoir et/ou mangeoires du PC comme Ian Brossat et Patrice Bessac. 

Sur les idées de Jadot et son double Piolle, les membres d’EELV sont en général d’accord avec leur secrétaire national Julien Bayou: « Ils disent la même chose. On n’est pas dans la situation de la droite avec Alain Juppé et François Fillon ou de la gauche avec Arnaud Montebourg et Manuel Valls ». En matière de soumission au capital, la comparaison est juste.

Jean-Luc Mélenchon vient de poser la question qui tue : "Yannick Jadot dit que je peux rallier son projet. Fort bien. Lequel ?" Mais pour savoir où il va, regardons d’où sort ce croco aux dents effilées.

Partisan de l’Europe des multinationales, derrière Cohn-Bendit

Yannick Jadot adhère aux Verts en 1999, suite à la campagne de Daniel Cohn-Bendit aux élections européennes. En 2005, il prend position pour le « oui », avec tous les autres politiciens bourgeois, au référendum sur le traité établissant une constitution pour l'Europe

En 2008, il quitte Greenpeace pour rejoindre Europe Écologie et dirige la communication de la campagne pour les élections européennes de 2009 mené par le repenti Daniel Cohn-Bendit. 

A droite d’Eva Joly, à la queue des éléphants du PS 

Tête de liste d'Europe Écologie dans la circonscription Ouest, il obtient 16 % des voix et est élu député européen. Au sein d'Europe Écologie Les Verts, qui succède aux Verts en 2010, il est membre du bureau exécutif jusqu’en juin 2011. Porte-parole d'Eva Joly pendant la primaire écologiste qui l'oppose à Nicolas Hulot, puis pendant la campagne pour l'élection présidentielle, il démissionne le 22 novembre 2011, jugeant Eva Joly trop critique à l'égard du PS !

Il manque de peu la mangeoire de ministre dans le premier gouvernement Ayrault, en 2012. D'après Daniel Cohn-Bendit, dont il est proche, Cécile Duflot aurait glissé à François Hollande le nom de Pascal Canfin plutôt que le sien. Les politiciens EELV ont bien participé à la majorité et au gouvernement Hollande qu'ils n'ont quitté que lorsqu'ils ont senti le vent tourner.

Derrière Nicolas Hulot, puis Hamon

Pour les présidentielles de 2017, il fait campagne en vain pour une primaire à gauche, où il promet qu’il soutiendrait Nicolas Hulot, autre greenwasher qui ne vaut pas mieux que son mentor et ami Cohn-Bendit, puis il devient candidat à la primaire écologiste. Soutenu par l’aile droite des verts, celle qui est prête à tout et n’importe quoi pour accéder aux pouvoirs et/ou mangeoires, il devient, face à Michèle Rivasi, le candidat d'Europe Écologie Les Verts (EELV).

Alors que les participants à la primaire écologiste sont consultés sur le principe d’un dialogue avec Hamon et Mélenchon, il grille EELV en annonçant le 23 Février qu’il retire sa candidature après avoir négocié et rallié Hamon… Sandrine Rousseau, secrétaire générale adjointe du parti, déclare alors que Jadot « prend le collectif à revers » en annonçant son retrait avant le vote des militants. De nombreux cadres du parti et militants dénoncent un "tir dans le dos" et une "trahison" . Mais l'accord de soutien à la candidature de Benoît Hamon est validé à 79,53 % par les électeurs écologistes. 

Comme Macron, « Ni de droite, ni de gauche »… 

Tête de liste aux dernières européennes, Yannick Jadot présente sa liste comme n’étant « ni de droite, ni de gauche », ajoutant « L'écologie, c'est pas la gauche.... L'écologie veut occuper une place centrale dans le débat politique. L'écologie, c'est bien plus que la gauche ». Mais cela peut être la droite...puiqu'il déclare dans un premier temps ne pas exclure d'alliance du groupe écologiste au Parlement européen avec la droite, les libéraux et les socialistes. Yves Contassot, ex-EELV dénonce un « retour au ni-ni des années Waechter et de l’alignement sur les Grünen prêts à s’allier avec la droite libérale allemande »

EELV obtient 13,47 % des voix exprimées. Entre temps la bourgeoisie n’a cessé de le pousser comme un serviteur alternatif: d’août 2018 à juillet 2019, il est la personnalité politique la plus présente dans les matinales avec 54 passages.

Pour l’économie de marché et une armée européenne

Lors de la campagne pour ces élections, il défend la libre entreprise, et logiquement donc, pour défendre le capital contre le travail, il propose que l’Europe crée une armée européenne commune…

Dans Le Point du premier mars 2019, il précise que "bien entendu, les écologistes sont pour le commerce, la libre entreprise et l'innovation". Et fait, comme les soit-disants verts allemands, les yeux doux à la droite, en se disant prêt à soutenir la candidature de Michel Barnier, le vice-président du Parti populaire européen (PPE, droite européenne), pour prendre la tête de la Commission européenne. "Il a démontré sa compétence, loue Jadot. Il est droit. Dans un moment de fantasme national de la politique, ce n'est pas quelqu'un qui écrase les dirigeants européens de son charisme. Il est Français et membre du PPE. Macron peut donc l'accepter parce qu'il est Français et Merkel l'adouber parce qu'il est membre de son parti politique européen ».  

A la fois partisan de l’Union nationale et « anticapitaliste »

Dans le Monde du 7 mai dernnier, il déclare qu’il « se retrouve dans l’interview de Hulot », où l’ancien ministre de Macron appelle à l’union nationale, autrement dit la soumission à Macron, vielle habitude.  En mai 2020, Yannick Jadot déclare qu’il ne souhaite pas participer à une primaire interne à EELV pour désigner le candidat à la présidentielle de 2022, excluant de « se mettre autour d’une table entre anciens partis du xxe siècle pour faire des accords, des machins, des trucs ». Pour les  municipales, il défend des alliances électoralistes jusqu’avec des maires divers droite. En mai 2020, il est signataire, de la tribune creuse « Construisons l’avenir » rassemblant toutes les dents longues politicienne vertes, PS et PCF.

Mais en super caméléon et parfait politicien bourgeois, il déclare mi mai 2020, au milieu du désastre sanitaire, qu’on peut le qualifier comme « anticapitaliste »! C’est au moins le signe que pendant que les dirigeants d’EELV pataugent dans la fange, les arguments anticapitalistes avancent…

Une tradition d'opportunisme sans rivage au service d’ambitions personnelles

Jadot n’est pas pire que ses prédécesseurs. Il est fidèle à l'histoire de l'écologie politique en France, soumise rapidement au cancer électoral, donc au pire opportunisme. En 1973, René Dumont publie L’Utopie ou la mort, considéré comme le premier grand manifeste écologique français. En 1974, la candidature de René Dumont fédère les courants écologistes et placé l’écologie politique clairement à gauche. Il ne fait que 1,32 % des voix, mais sa campagne a été très utile. Elle a permis l'émergence de l'écologie contestataire à une échelle de masse. Lors de la présidentielle de 1974, René Dumont (voir vidéo ci-dessous) représentait une écologie pacifiste, tiers-mondiste, anti-nucléaire, accueillant les transfuges de la gauche alternative, issus du PSU, comme Brice Lalonde, ou du maoïsme comme Alain Lipietz.

Mais Antoine Waechter devenu un des porte-parole des Verts multiplie des alliances avec la droite lors des municipales en 1989. Puis en 1993 Dominique Voynet inscrit les Verts dans la gauche plus rien du gouvernement Jospin en 1997, champion des privatisations dans toute l’histoire de France. Depuis, ce sont des coups de godille à gauche comme à droite, en fonction des opportunités de pouvoir et/ou mangeoires. Alors que EELV se rapprochait de certaines positions libertaires, Jean-Vincent Placé, puis François de Rugy en 2015 prenaient à nouveau le large vers les mangeoires en dénonçant la « dérive gauchiste »…

Heureusement, un très grands nombre d'associations et de formations politiques comme ANV-COP21 et Extinction Rebellion mènent des actions indispensables et combats extra-institutionnels. Leurs membres sont de plus en plus nombreux, et rarement ignorants du caractère nuisible des politiciens de EELV.

René Dumont il y a 45 ans: autre chose que les politiciens d'EELV

René Dumont - Campagne présidentielle 1974 | Archive INA © Ina Politique
 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.