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Billet de blog 6 août 2017

La vraie gauche vénézuélienne

A ce jour, la gauche critique s’est exprimée par des déclarations et de petits rassemblements. En sortant sur le terrain politique de la lutte dans la rue, les batailles électorales ou syndicales, elle peut offrir une alternative aux soutiens de Chavez qui aujourd'hui dénoncent le régime corrompu. C'est la seule issue pour éviter le pire dont la guerre civile, l'invasion US et/ou le fascisme.

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6 Août 2017 - Humberto Márquez - Alencontre

Pendant des années, la lutte politique au Venezuela a été présentée comme un affrontement entre un gouvernement dirigé, antérieurement, par Hugo Chávez, puis Nicolas Maduro, puis une Assemblée dominée par l’opposition de droite. Or, il y avait toujours eu d’autres forces de gauche au Venezuela. Et maintenant, des chiffres apparaissent sur le recul du soutien populaire ainsi que sur des groupes de la gauche radicale qui étaient partisans de Chavez, mais rejettent aujourd’hui Maduro. Ces secteurs, dans lesquels s’expriment beaucoup de critiques face au gouvernement ainsi que face à l’opposition de la MUD [Table de l’unité démocratique, marquée par des différences socio-politiques internes nombreuses mais (re)compactée un peu, sur la courte durée, grâce au type de «gestion de l’ordre» par la direction Maduro et par les «pressions» et sanctions internationales qui l’obligent à présenter un front commun pour négocier une transition politique], cherchent à se démarquer au milieu de la polarisation qui balaie le pays.

• Une nouvelle gauche essaie de se mettre en place, à une autre échelle, au Venezuela, loin de la gouvernance officielle avec le président Nicolás Maduro et alors que l’opposition a pris le contrôle des rues pendant quatre mois de manifestations. Elles ont laissé cent morts et plus de 2000 blessés. Elle est en concordance cependant avec les exigences de l’opposition de rejeter l’Assemblée nationale constituante (ANC) convoquée par le président de 30 juillet 2017 et la stricte défense de la Constitution de 1999, qu’elle considère comme un héritage fondamental du regretté Hugo Chávez.

«Ce sont des groupes qui se constituent, qui disposent d’un potentiel pour canaliser le mécontentement du peuple chaviste et de secteurs exprimant un penchant à gauche dehors de la (MUD), mais ne disposent, pour l’heure dans le précipité des choix et événement, pas d’une orientation et d’une direction politique claire, ne peuvent se profiler comme disposant d’une représentation d’un grand secteur socio-politique du pays» confiait à Brecha, un des animateurs politologue, Nicmer Evans.

• Chavez était commandant d’un corps des parachutistes quand il a mené une rébellion militaire qui échoué en 1992, a été soutenu par des formations de gauche afin qu’ils gagnent l’élection présidentielle, en décembre 1998, et avec leur appui a mis une place un gouvernement de centre gauche rappelle Nicmer Evans. Depuis 2005, il a commencé à se proclamer socialiste. En 2007, il a transformé son Mouvement pour la Ve République (MVR) en Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV). En 2014, Maduro prend officiellement les rênes du pays et du PSUV, il a pour «numéro deux» un capitaine à la retraite Diosdado Cabello.

Chavez et le PSUV avaient remporté des lettres de noblesse de la gauche, même si elles ne procédaient pas de luttes de masse classiques, mais en utilisant l’Etat vénézuélien avec la rente pétrolière (des minerais), particulièrement juteuse entre 2003 et 2012, pour répondre aux besoins des secteurs les plus pauvres, en particulier en augmentant leur capacité de consommation et de rendre visibles leurs besoins et aspirations, ce que reconnaissent des leaders reconnus de la pensée progressiste au Venezuela, comme le politique Teodoro Petkoff [qui après une période guérilla sous Douglas Bravo, lança le MAS (Mouvement pour le socialisme) en 1971; et le quitta lorsque ce dernier a soutenu en 1998 Chavez], critique tenace de Chavez, ou, sur un autre plan, l’universitaire Edgardo Lander, une voix respectée dans le Forum social mondial.

Chavez lui a donné un nom: «le socialisme du XXIe siècle». Heinz Dieterich, un sociologue allemand qui vit au Mexique, et qui a déjà rompu avec Maduro, qui a donné une assise théorique la proposition.

Chavez, qui transfère son sceptre, directement, à Maduro, peu avant sa mort en 2013, a ouvert la vague de victoires et les gouvernements de gauche et de centre gauche de la première décennie de ce siècle ont été installés [plus au moins de manière stable] au Brésil [2003], en Argentine (2003), en Uruguay (dès 2005), en Bolivie (2006), en Équateur (2006-2007), Nicaragua (?), Paraguay (2008-2012), El Salvador et même les petits pays des Caraïbes anglophones. La solitude du «socialisme cubain» a pris fin dans l’hémisphère avec Cuba et le Venezuela a tissé une alliance étroite politique et économique guidée par ce que Chavez a appelé une «relation parent enfant» entre le chef Fidel Castro et son émule vénézuélien. Ils illustraient la thèse du Forum de San Paolo [lancé en 1990 par le PT du Brésil, 24 assemblées ont été organisées dans diverses capitales, dont les dernières à San Salvador et à Managua en juillet 2017]. Ces Forums réunissent des partis de gauche, furent l’occasion de développer des projets d’intégration latino-américaine et de lever le drapeau de l’anti-impérialisme. Pour la gauche internationale le Venezuela est resté comme une place forte.

Freddy Gutierrez, constitutionnaliste, critique Maduro
en janvier 2015

Selon Nicmer Evans, qui durant quatre ans a codirigé le groupe chaviste critique, Marea Socialista, la reconnaissance de la gauche internationale a quitté le gouvernement de Maduro est parce que «dans leurs relations internationales ces mouvements sont plus liés aux traditions et aux discours qu’aux réalités concrètes (…). Ils continuent à voir dans Maduro l’héritier effectif Chavez, mais les organisations de gauche et des forums de la gauche commencent déjà à réexaminer leur évaluation du Venezuela, par exemple sur la question des droits de la personne humaine.»

Selon l’avocat Freddy Gutiérrez, qui était un avocat et ami politique de Chavez, «Maduro prend ses distances avec Chavez et ceux qui croient en un peuple mobilisé. Il n’a aucun succès matière sociale, économique ou politique» a-t-il affirmé à Brecha. «Son gouvernement de ploutocrates et de trafiquants et marqués par le népotisme. Un grand nombre de hauts fonctionnaires du gouvernement ont quitté la fonction publique par cupidité, afin d’obtenir de l’argent, des voitures, des yachts et des biens immobiliers dans le pays et à l’étranger. La «nouvelle» court d’un ministre dont la famille a accumulé plus de 42 millions de dollars, obtenus lors de négociations avec la grande société de construction brésilienne Odebrecht [voir la relation continentale corruption-Odebrecht exposée dans l’article publié le 3 mars 2017 sur ce site], somme déposée dans les banques suisses. Et ce n’est qu’un exemple.»

Pour Gutiérrez «il est inacceptable que l’on puisse qualifier de socialiste un gouvernement qui fait la promotion de lois et de pratiques extractives [qui implique la promotion, donc la mise à disposition de grandes surfaces, pour l’extraction de divers minerais métallique, des pierres, de ressources forestières, d’alluvions, etc.] portant atteintes aux communautés autochtones, aux eaux des mers, des lacs et des rivières, à la faune, et finalement à l’Amazonie et à la planète. Le gouvernement a décidé de mutiler 112 mille kilomètres carrés, plus que la Bulgarie ou à Cuba, dans un projet qu’il a appelé l’Arco Minero del Orinico.» [«Arco» dont l’establishment bolivaro-maduriste espère retirer une nouvelle rente pour lui et une clientèle liée au PSUV et aux structures étatiques; accords négociés de manière secrète dans lesquels la Chine aurait des billes; c’est d’ailleurs ces intérêts très concrets qui expliquent la politique de fuite en avant de Maduro vers l’ANC et la «riposte» d’incarcérer des dirigeants de l’opposition, alors assignés à résidence. C’est un type de nouvelle bourgeoisie qui ne veut pas perdre ses avantages. Les analogies historiques, malgré, les différences de contexte, existent. Réd. A l’Encontre]

Gutierrez fait partie de la plate-forme pour la défense de la Constitution, qui réunit des collaborateurs de Chavez ainsi que des ministres, des universitaires et des militaires d’origine. Elle a rompu avec Maduro. Durant un an et demi la plate-forme a critiqué la politique économique du gouvernement, en particulier: la politique de change mise place – un dollar selon le régime de change officiel peut coûter 10 bolivars, ou 2,700 bolivars, conformément aux dispositions de l’Exécutif ; au marché noir le dollar passe à 8’000 –; les concessions minières à des sociétés transnationales au sud de l’Orénoque; le blocage, en 2016, d’un référendum révocatoire du mandat présidentiel, prévu par la Constitution de 1999; et récemment, l’appel présidentiel pour une assemblée constituante (ANC). Dans ses déclarations, la plateforme insiste sur le fait que Maduro «a trahi l’héritage de Chavez.»

• Pour déchiffrer la carte de la gauche au Venezuela, il faut remonter à ses origines dans les années trente du siècle dernier, avec deux cours d’eau, comme dans beaucoup d’autres pays : communiste et social-démocrate. Le Parti communiste (PCV) et Democratica Accion (AD) se sont battus contre les gouvernements militaires, et entre eux pour obtenir l’appui des masses ouvrières, paysannes et des d’étudiants. Dans les années soixante une scission de l’AD, donne naissance au Movimiento de Izquierda Revolucionaria (MIR), qui embrasse la lutte armée conjointement au PCV; et cela contre les gouvernements des sociaux-chrétiens, des majoritaires de l’AD et du Comité d’organisation politique électoral indépendant (COPEI). Dans les années soixante-dix, ils sont revenus à la lutte légale et de masse, avec des forces fortement réduites, avec le Mouvement vers le socialisme (MAS), une scission du PCV qui trouva sa route vers la social-démocratie.

De petits foyers issus du Pcv (groupe Rupture) et du Mir (Bandera Roja et Liga socialista) ont maintenu pendant quelques années une activité armée et l’orientation insurrectionnelle. Un autre groupe, Causa Radical, a milité dans des syndicats des industries de base. Dans Ruptura se trouvait Adán Chávez, le frère d’Hugo et actuellement un cadre du PSUV, qui a encouragé le jeune officier Hugo Chavez à construire lentement une «loge» clandestine dans les rangs de l’armée. Dans ces groupes aussi, le jeune Nicolás Maduro milita. Dans le «Venezuela Arabie», rassasié de pétrodollars, le bipartisme AD-Copei a régné et les groupes gauchistes se sont effondrés. Seul le MAS, qui fusionnera avec les restes de Mir, a réussi à gratter quelques sièges au Parlement.

• En 1989 le boom a pris fin. Il y eut le «Caracazo» (27 février 1989), une explosion sociale contre la recette du Fonds monétaire international. Cette explosion de colère a fait des centaines de morts [suite à sa répression]. Pour la première fois il y avait élection directe des gouverneurs et des maires de la région. Certains postes ont été obtenus par le Mas et Causa Radical. La conflictualité sociale a augmenté et s’est produite, en 1992, le soulèvement conduit par Chavez contre le président Carlos Andrés Pérez (AD) [qui jouissait, certes des revenus de sa corruption, pas encore éclairée légalement, mais aussi de son poste de vice-président la Deuxième Internationale et de la présidence de l’Association latino-américaine des droits de l’homme]. Dès sa remise en liberté depuis 1994, Chavez s’engage en politique et dès 1997 a commencé à viser le pouvoir gouvernemental par les élections.

En direction de son Mvr (Mouvement pour la V République) sont venus un certain nombre d’anciens membres de la Ligue socialiste et de Ruptura., conjointement à des officiers mis à la retraite après le soulèvement de 1992. Pour l’élection de 1998, se joindront le PCV, le MAS (affaibli suite à des scissions), fracturé, et un secteur de Causa Radical, baptisé Patria Para Todos (PPT).

• Au cours des premières années du gouvernement Chavez, s’est éloigné le MAS (affaibli). Et, par la suite, se sont produites quelques scissions, le PPT se divisant en secteurs pro ou contre l’ex-commandant. Bandera Roja ne l’avait jamais soutenu. Les anciens groupes et acronymes ont disparu, à l’exception du petit PCV. Avec l’échéance de l’affrontement électoral, AD et Copei se rétrécirent, et apparurent de nouvelles formations au centre et centre droit qui depuis des années apparaissaient comme des nains face au géant chaviste et à sa machine électorale: le PSUV.

De telle sorte que la gauche traditionnelle se répartit entre les anciens militants de l’insurrection réunis dans le PSUV, les petits partis satellites et des «collectifs» servent parfois de «forces de choc» contre les opposants du côté du pouvoir. A l’opposé, des groupes anciens et nouveaux, avec des noms anciens ou nouveaux, disposent de forces dans certaines provinces, où avec des membres se joignirent aux nouveaux partis. Si on leur attribue à tous la caractérisation de gauches traditionnelles, il n’est pas possible de tracer une ligne de démarcation claire entre le gouvernement et l’opposition. Les «gauchistes» se trouvaient sur les deux trottoirs bordant la route.

• La nouveauté présente est représentée par les chavistes qui ont rompu avec le gouvernement. La majorité s’annonce de gauche et accuse Maduro pour l’effondrement de l’économie et de la désagrégation du capital politique laissée par son prédécesseur en tant que président et chef du processus bolivarien. Un groupe qui peu à peu haussé le ton de sa critique était Marea Socialista, composée de quelques militants organisés autour du site Aporrea [ouvert à diverses sensibilités et courants]. Il ne dispose plus d’une implantation sociale importante, mais ils constituent une référence parce que ce site servi pour plus d’une décennie pour les discussions dans le «monde chaviste».

Cliver Alcala, militaire à la retraite, très proche de Chavez,
s’oppose à Nicolas Maduro

Le deuxième groupe dissident a émergé à partir des anciens ministres de Chavez – avec leurs lauriers et titres universitaires mis au service du bolivarisme – qui interrogent aussi bien dans leur secteur que de manière plus globale les résultats de Maduro et de ses collaborateurs. Les noms les plus reconnus sont Navarro Héctor (Education), Jorge Giordani (planification), Víctor Álvarez, Oly Millán et Gustavo Márquez (Economie et du Commerce) et Ana Elisa Osorio (Environnement), avec des intellectuels de renom, comme Gutierrez, Lander et anthropologue Esteban Emilio Mosonyi.

Un troisième courant dissident est représenté par des généraux de l’armée, à la retraite, qui occupaient des postes élevés, étaient camarades de Chavez et critiquent Maduro. Son influence sur les militaires d’active, est limitée en apparence, mais reste une inconnue. Trois se détachent avec le rang des principaux généraux (trois étoiles): Clíver Alcalá, ancien commandant de la frontière sud-est avec le Brésil et de la Guyane, Alexis López, ancien secrétaire du Conseil de Défense de la Nation, et Miguel Rodriguez Torres, ancien chef de la police politique de Chavez, un ancien ministre de l’Intérieur sous Maduro et qui a créé un petit parti: Desafio des Todos. Bien qu’ils se disent chavistes, il ne se qualifie ni de socialistes et ni de militants de gauche.

Luisa Ortega Diaz

Enfin, la figure de la procureure générale de la République, Luisa Ortega Diaz, qui de son bureau a contesté le gouvernement [y compris sur le résultat du scrutin du 30 juin] concernant la «rupture de l’ordre constitutionnel» par la Cour suprême, ouvertement opposée à l’Assemblée nationale constituante convoquée par Maduro et respectueuse de la légalité de l’Assemblée nationale, le parlement, où l’opposition est majoritaire. Ortega (58), mariée au député Germán Ferrer, un membre de la guérilla des années soixante, était une sympathisante dans sa jeunesse du groupe de Ruptura. Elle a reçu des marques de sympathie et d’adhésion à l’intérieur et à l’extérieur de chavisme, et elle est considérée comme une référence de «chavisme démocratique».

Il s’agit, dans cette brève énumération, de signaler le potentiel apte à cristalliser dans un mouvement qui se revendique de l’héritage de Chavez, tout en se distanciant de Maduro, c’est-à-dire à indiquer un avenir possible pour un «post-madurisme chavisme, si est exploitée avec tact et savoir-faire cette veine. [d’autant plus dans la conjoncture post 30 juillet].

• A la veille [article écrit le 28 juillet] de l’élection de l’Assemblée nationale constituante convoquée par Maduro, des groupes et des personnalités se sont réunis en courant de type «chavisme critique». IL a présenté un document commun appelant «le peuple à exercer leur droit de ne pas participer à» la consultation officielle.

Le document rejette la répression des manifestations populaires, pour demander la libération des personnes emprisonnées pour y avoir participé, il y avait 4000 détenus, dont 440 restés derrière les barreaux depuis le passé avril et a réclamé

«le plein exercice de la pluralité» . De plus, ils réclament «la création d’un pays englobant avec des mécanismes de paix et de dialogue, propres aux dispositions de la Constitution» de 1999 que les gens ont sanctionné alors par référendum.

L’éventail des signataires va de Marea Socialista jusqu’au Défi pour tous, qui s’engage à «une reprise du fonctionnement démocratique constitutionnel du pays», des conditions de vie du peuple et «pour sauver le meilleur de notre révolution» en ne répétant pas «les graves erreurs et écarts par rapport à ceux qui prétendent répondre à leur responsabilité politique».

Ils ont condamné «les accords économiques néfastes pour la nation et sa souveraineté ainsi que les accords gouvernement de Nicolás Maduro avec les sociétés transnationales (…) et la cession du patrimoine commun national à des fonds vautours».

Evans et Gutierrez ont transmis à Brecha leur critique de l’accueil réservé aux 150 entreprises étrangères intéressées à exploiter la vaste région minière au sud de l’Orénoque, sous un régime placé en dehors des lois valable pour le reste du pays, soit dans les classiques «zones économiques spéciales» dont l’administration a été confiée à des noyaux des forces armées. Ils critiquent également le paiement régulier, métronomique, de la dette extérieure et sans contrôle, ni audit externe de la dette extérieure, paiement qui assèche les réserves internationales, alors que le pays souffre d’un manque de devises pour importer des intrants, de la nourriture et des médicaments.

Le document rejette à la fois la «constituante autoritaire de Maduro», comme du «gouvernement d’unité nationale» proposé par la MUD qui contient les «ingrédients pour un scénario d’escalade de l’intervention étrangère et la guerre civile» s’il est placé sous gestion «des directions irresponsables du PSUV et de la MUD». Enfin, le chavisme critique se déclare prêt à «travailler pour la rencontre, le dialogue, le regroupement ainsi que la réorientation politique de la base chaviste, critique, démocratique et mécontente, bouleversée par la direction et les politiques du gouvernement, qui à notre avis se situent en dehors de l’héritage de Chavez, nous a donné la Constitution avec lui, à la démocratie participative, les valeurs éthiques et tous les principes inspirateurs de la révolution bolivarienne». «Nous nous opposerons et combattrons tout projet marqué par une orientation conservatrice et par l’ajustement néolibéral», a-t-il dit.

Jusqu’à présent, le chavisme critique s’est exprimé par des déclarations et de petits rassemblements dans un cadre «fermé». On ne sait pas si en sortant sur le terrain politique de la lutte dans la rue, les batailles électorales ou syndicales, ils pourront récupérer une bonne partie des supporters qui, en masse, à la meilleure époque, renforçaient, sous divers angles, Hugo Chávez.

• L’Assemblée nationale constituante convoquée par le président Nicolás Maduro le dimanche 30 juillet devrait être élue. Le gouvernement a décidé que se composent de 545 membres, avec 364 qui seront élus par un vote régional: un pour chacune des 335 municipalités, deux dans le cas des municipalités de capitale des Etats et sept pour la capitale nationale: Caracas. Les 173 autres sont élus par des secteurs sociaux: 79 travailleurs, les retraités 28, 24 les conseils communaux, 24 étudiants, huit agriculteurs et pêcheurs, cinq personnes handicapées et cinq hommes d’affaires. Les huit autres seront choisis dans les assemblées des communautés autochtones situées principalement dans les zones forestières et frontalières.

Pour les élections territoriales sera utilisé le registre du Conseil national électoral; pour choisir des représentants du secteur sociaux seront utilisés des listes établies par les ministères qui administrent les domaines respectifs. L’enregistrement des candidats, la campagne et les mécanismes dictant les choix individuels ainsi que les listes ont été établies à grande vitesse, en mai 2017, lorsque le président a convoqué ce scrutin.

L’opposition politique, principalement la coalition réunie dans la MUD, le Parlement (qui est dans l’opposition) et de diverses organisations sociales (plusieurs fédérations syndicales, les associations professionnelles, les chambres de commerce, des groupes religieux et les universitaires, les organisations non gouvernementales) ont décidé de ne pas participer au scrutin. Ils ont appelé à un boycott et ont nourri les manifestations de rue parc ce slogan les derniers mois.

A l’opposé, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), les groupes politiques alliés et les mouvements sociaux (représentants des quartiers populaires, des travailleurs, des étudiant·e·s et des comités d’approvisionnement) appellent à soutenir la participation de la direction.

Par conséquent, il semble évident que le «constituant» sera du côté du gouvernement. [la seule interrogation alors: le taux de participation]. La tâche que la Constitution actuelle (de 1999) attribue à une assemblée constituante est de rédiger une nouvelle constitution, mais elle peut opposer à l’un des pouvoirs en place. Or, l’appel de mai n’a pas fixé de délai pour le travail de l’ANC et cette dernière sera installée dans le bâtiment gouvernemental où siège l’Assemblée élue en 2015 et disposant d’une majorité se situant dans l’opposition.

La proposition centrale Maduro est que, d’une part, le constituant «va établir la paix dans le pays» et va incorporer à la Constitution de 1999 un chapitre consacré à la jeunesse et, de l’autre, qu’il s’agit donner un statut constitutionnel aux «missions» [consacrées à l’éducation, à l’approvisionnement, au logement, à la santé, pour ces dernières grâce à un appui cubain, en échange, partiel, des livraisons pétrolières], comme les a baptisées le défunt leader Hugo Chávez. Elles se sont développées entre 2003 et 2013.

Maduro et deux candidats désignés pour présider l’Assemblée constituante, la Première dame Cilia Flores et le vice-président du PSUV, Diosdado Cabello, ont déclaré que cette assemblée devra rédiger non seulement une nouvelle constitution mais, en progressant, des «actes constitutifs», qui réorganiseront la politique et institutionnelle du pays.

La participation à atteindre sur un total de 19,8 millions d’inscrits sur la liste électorale est considérée comme essentielle à la réussite et à la légitimité de la nouvelle assemblée. La pluie de protestations dans le pays et par la communauté internationale, cette semaine avant le 30 J, la rumeur se doit de circuler comme quoi le scrutin serait suspendu cette semaine. (Article publié dans Brecha; le 30 juillet 2017, hebdomadaire de gauche situé à Montevideo, Uruguay; article écrit le 28 juillet)

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