Sartre: "Je suis passé de l’existentialisme au marxisme sans renoncer à mes idées"

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"À 16 ans j'aurais aimé vous rencontrer", c'est par cette véritable déclaration que Jacques Chancel accueille Jean-Paul Sartre, ce 7 février 1973. Tout au long de l'entretien, le philosophe évoque son enfance, ses études, le remariage de sa mère... Mais il aborde aussi le métier d'écrivain et l'évolution de sa pensée.

Jean-Paul Sartre au Dôme à Montparnasse en 1966Jean-Paul Sartre au Dôme à Montparnasse en 1966 © Getty / Auteur : Dominique Berretty

Jean-Paul Sartre évoque son enfance qui malgré l'absence de père, et les relations compliquées avec son beau-père, a été privilégiée ("J'ai été élevé dans l'individualisme bourgeois"). 

La Liberté n'est pas une qualité

Le philosophe revient sur sa déclaration : "L'homme est condamné à être libre". Selon lui,  la liberté n'est pas une qualité, l'homme est libre quoiqu'il fasse, mais "de sa liberté, l'homme doit en tirer les meilleures conséquences possibles". Son risque est de se la voir fausser par nos parents qui nous conçoivent avec un destin, et par l'éducation. "Il faut retrouver cette liberté du libre organisme pratique, du libre corps de chacun qui doit pouvoir en faire ce qu'il veut."Son refus du Prix Nobel

Il explique son refus du Prix Nobel par sa volonté de ne pas être "récupéré" par la classe dirigeante : 

"Je ne vois pas pourquoi une cinquantaine de messieurs âgés, et qui font de mauvais livres, me couronneraient. C'est au lecteur à dire ce que je vaux".

Il évoque la Révolution culturelle en Chine, et le suffrage universel : 

Les élections me sont indifférentes, que vous votiez, que vous ne votiez pas vous agissez quand même en fonction du système. Parce que ne pas voter, c'est voter pour la majorité qui se formera. La solution c'est de travailler à la création de rassemblements qui soient des démocraties directes : des rassemblements souverains dont les exigences viennent de chacun, et par des luttes, de les faire triompher".

Jean-Paul Sartre parle aussi des syndicats, de l'amitié, de la vieillesse, de la liberté, et la célébrité... 

Il donne son avis sur l'Académie française, et livre les raisons à son non-conformisme, à son goût du temps présent, et à sa satisfaction quant à la vie qu'il a menée. Il n'oublie pas ce qu'il veut être, précise le rôle de la politique et du journalisme dans sa vie, et donne les buts et les caractéristiques du journal "Libération". 

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