Le mirage chinois et la dure réalité des effets d’annonces politiciennes

Après Sarkozy et Hollande, le nouveau VRP des actionnaires hexagonaux, Emmanuel Macron, roule à son tour des mécaniques. La France aurait vendu aux chinois réacteurs EPR et usine de retraitement de déchets radioactifs. La réalité est tout autre: vente fictive et engagement d’intention sans lendemain qui chante pour les nucléaristes. La Chine ne sera le sauveur ni d’Areva ni de EDF.

 11 Janvier 2018 - Anti-K

LR: Les médiacrates ont repris en coeur l’annonce bidonnée de la construction d’une usine de retraitement des déchets nucléaires en Chine. Ce fameux « projet » est discuté depuis qu’Areva existe et la situation de cette multinationale scélérate – en état de faillite – ne va pas convaincre les bureaucrates chinois d’aller plus vite, Ils vont au moins attendre le démarrage de l’EPR chinois et ils ont de très nombreuses raisons pour se montrer méfiants et exigeants face au « french nuclear disaster », à l’inverse des journalistes français.

« Retour vers le passé : la nouvelle filiale

Le mirage chinois et la dure réalité des effets d’annonces politiciennes : les français vont payer le prix fort

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Combien de milliards la vente à la Chine d’une usine nucléaire va-t-elle coûter à la France ?

Incorrigibles, de nombreux médias célèbrent la prétendue vente à la Chine par Areva – et surtout par son VRP Emmanuel Macron – d’une usine de traitement de déchets nucléaires, alors que le passé a montré que ce genre d’annonce n’est suivi d’aucune concrétisation… ou alors de lourdes pertes financières pour la France !

Rappelons d’abord qu’il est de tradition que des annonces « fracassantes » soient faites lors des déplacements présidentiels, le champion toute catégorie étant incontestablement M. Sarkozy qui a prétendument vendu des dizaines de réacteurs (y compris à M. Kadhafi en 2007) ou autres installations nucléaires partout dans le monde, pour un résultat bien heureusement égal à zéro.

Vente fictive

Rien de nouveau avec M. Macron, la « vente » d’une usine de retraitement de déchets nucléaires étant parfaitement fictive à ce jour, remplacée par la signature d’un fumeux « mémorandum pour un accord commercial ».

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Les Chinois sont des gens polis qui laissent leurs invités se vanter, mais ils sont aussi parfaitement informés des terribles déconvenues et incompétences affichées par Areva et EDF ces dernières années, du flop gigantesque des EPR (en Finlande et à Flamanville) au scandale inouï des milliers de pièces défectueuses produites dans les usines Areva du Creusot… dont les deux cuves installées dans les EPR actuellement en chantier à Taïshan.

De fait, si les Chinois achètent vraiment l’usine annoncée, ce qui reste à démontrer, ce sera en imposant à Areva des conditions léonines qui feront que ce seront les Français qui couvriront les pertes financières éventuelles… ou plutôt inévitables lorsque l’on considère les « exploits » d’Areva et EDF sur tous leurs chantiers.

La presse contrainte à des aveux

Comme le reconnaissait un éditorialiste économique d’une radio nationale : « Cela n’est pas tout à fait conclu -il y a 10.000 pages d’annexes ! -, cela fait des années qu’on en parle, il faudra encore un peu de temps, et (point clé), sa localisation n’est pas connue parce qu’il y a une opinion publique en Chine qui râle (eh oui). »  Où durant trois jours des milliers de personnes sont descendues dans les rues de la ville côtière de l’est de la Chine Lianyungang (environ 800 000 d’habitants et au cœur d’un bassin de 5 millions d’habitants) pour protester contre les tentatives d’implanter la toute première installation franco-chinoise de compostage de déchets atomiques. Et un grand quotidien papier du soir de préciser :  » C’était devenu presque une plaisanterie dans le petit milieu du nucléaire français. Après plus de dix ans de négociations, de volte-faces et de déceptions » car « le texte signé mardi n’a pas de caractère définitif« . Et si cela se concrétisait : « L’usine… ne sera pas opérationnelle avant 2030« . Au mieux.

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D’autant que le journal économique « les Echos » est bien obligé d’avouer que : « Confronté aux défauts français (les cuves et les couvercles de Taishan ont aussi été forgés par Areva), le premier EPR chinois a tout de même accumulé quatre années de retard par rapport à l’accord conclu en novembre 2007. » et de persifler :  » En 2016, déjà, l’Elysée et l’entreprise française estimaient qu’un accord était très proche, sans finalement qu’il ait été concrétisé… Côté gouvernement, on se félicite déjà d’une signature probable au printemps, tout en reconnaissant qu’il a fallu « faire un effort sur le prix » et que « les négociations avec les Chinois sont extraordinairement difficiles ». Tu m’étonnes, on le serait à moins.

Centrales bradées

Pour mémoire, l’EPR a été bradé à 3 milliards aux Finlandais en 2004 pour une facture finale de plus de 10 milliards et un chantier de près de 15 ans au lieu de 4 ans et demi annoncés (!) : la France va sous peu être lourdement condamnée en justice internationale et devoir verser des milliards aux Finlandais.

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Pour mémoire aussi, les deux EPR « vendus » à la Chine en 2008 ont en réalité été eux aussi totalement bradés : le montant du contrat a été annoncé à 8 milliards mais il comportait la livraison de combustible (sans qu’il soit montré en quoi Areva y aurait gagné de l’argent) : c’est en réalité à 3,66 milliards les deux que les EPR ont été bradés.

Il est évident que cette opération a coûté et coûte encore fort cher à la France, ce qui n’a pas empêché qu’elle soit qualifiée de façon dithyrambique de « marché du siècle » par de nombreux médias qui se gardent bien d’enquêter sur le résultat financier réel.

Le macronisme : de la très vieille politique

Aujourd’hui encore, se dépêchant d’oublier leurs propres errements, les mêmes voix se gargarisent à nouveau d’un prétendu « grand succès » de l’industrie nucléaire française, annonçant même qu’il va « sauver Areva ». En réalité, l’industrie nucléaire mondiale est en déconfiture générale et irréversible, comme le montrent les désengagements des groupes allemands RWE et E.ON et la faillite de l’américain Westinghouse.

Pour sa part, la France est plombée par ses boulets Areva et EDF qui sont plus que jamais en déroute industrielle et financière malgré de ruineuses recapitalisations déjà opérées… et d’autres encore à venir. Sans que leur avis ne soit jamais sollicité, les citoyens de France vont devoir couvrir des pertes colossales qui vont être encore aggravées par les projets absurdes de deux EPR en Grande-Bretagne et d’une usine en Chine.

Loin d’un « renouveau de la politique »,  le macronisme consiste à continuer et même aggraver les erreurs passées et faire payer le tout par la population en protégeant les privilégiés et les lobbies les plus nuisibles comme celui de l’atome.

source : Communiqué du 10 janvier 2018 de l’Observatoire du nucléaire – http://www.observatoire-du-nucleaire.org

voir aussi : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-eco/l-edito-eco-10-janvier-2018 et http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/01/09/nucleaire-new-areva-pres-de-conclure-un-mega-contrat-en-chine_5239219_3234.html 

 

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