10 ans après la crise de 2008, une seule issue: sortir du capitalisme

Les « remèdes » apportés à la crise de 2008 ont accru les contradictions qui mènent à l’éclatement d’une nouvelle crise qui entraînera l’économie mondiale dans une récession d’une violence jamais vécue depuis les années 30, accentuant les tensions inter-impérialistes et mettant à l'ordre du jour une sortie du capitalisme à échelle mondiale.

Réunion-débat organisée par le NPA33 le 18 janvier 2019, introduite par Rémi Lenormand et Daniel Minvielle et consultable avec graphiques intégrés ICI.

Fin 2008, une des plus grosses banques mondiales, Lehman Brothers, faisait faillite, conséquence de l’effondrement financier et économique mondial déclenché à l’été 2007 aux Etats-Unis avec la crise des « subprimes ». Les interventions massives des Etats volant au secours des banques réussissaient cependant à éviter qu’elles subissent le même sort que Lehman Brothers, mais c’était au prix d’un endettement massif dont ils font payer la facture aux classes laborieuses. Dix ans plus tard, le monde de la finance est de nouveau au bord de l’effondrement, l’économie mondiale en panne, les « remèdes » ont été pires que le mal…

L’oligarchie financière qui règne sur l’économie mondiale, ses « spécialistes » économiques et les dirigeants politique qui la servent n’auraient-ils « rien appris » de la crise de 2007-2008 ? Ou bien le capitalisme financier mondialisé a-t-il atteint un stade où ses contradictions internes rendent vaines toutes les tentatives de régulation et conduisent inexorablement à un nouvel effondrement ? Y a-t-il d’autre issue à l’impasse dans laquelle le capitalisme en faillite enferme l’humanité que l’intervention directe des exploitéEs pour imposer, collectivement, leurs propres solutions, révolutionnaires et internationalistes ?

10 ans de crise, introduction

L’idée de cette réunion nous était venue en septembre car on approchait du 10e anniversaire de la chute d’une grande banque multinationale américaine, Lehman Brothers qui a été l’évènement emblématique de ce qu’on appelle communément la crise des subprimes. La chute de cette banque faisait en effet suite à l’éclatement d’une bulle spéculative sur les marchés financiers concernant les crédits immobiliers aux Etats-Unis, et révélait que cette crise au départ localisée sur ce secteur était en train de se transformer en l’une des plus grandes crises économiques qu’a connu l’histoire du capitalisme depuis la crise de 1929.  

Nous allons donc essayer d’expliquer quelles sont les causes profondes de cette crise, et pour cela, Daniel commencera par faire un tableau d’ensemble des mécanismes de fonctionnement du capitalisme, ses évolutions, les rapports de classe et les rapport de force entre ces classes qu’il sous-tend, et ses mutations de structure à travers l’histoire. Ensuite, je parlerai de cette crise de 2007-2008 en particulier et des contradictions qui persistent encore aujourd’hui dans l’économie mondiale, et dont les symptômes ressurgissent régulièrement à travers le monde, comme par exemple avec les récentes crises monétaires en Turquie et Argentine. Nous verrons que partant de ces contradictions, la question de l’inéluctabilité d’une nouvelle crise plus sévère encore se pose encore également, et c’est même aujourd’hui un sujet de préoccupation des institutions financières internationales, des banques centrales et de certains « experts » travaillant pour des grandes banques internationales.

Cette présentation prend une toute autre ampleur avec le mouvement des Gilets jaunes aujourd’hui en France ou encore avec la grande grève qui met en mouvement 150 millions de travailleurs en Inde en ce moment-même. En France, le mouvement des Gilets jaunes est une réaction d’une partie de la classe des exploité-e-s aux attaques de la bourgeoisie (la classe des capitalistes, ceux qui accumulent du capital et gèrent les conditions de cette accumulation) à travers la politique anti-sociale de Macron et de ses prédécesseurs, qui a pour conséquence d’accroître les inégalités, de plonger les classes populaires dans la précarité et la pauvreté. Nous pourrons alors voir ici tout ce qu’il y a derrière ces attaques, tous les enfumages (« la poudre de perlimpimpin ») pour les justifier, en quoi elles s’inscrivent dans la logique globale du capitalisme.

La deuxième partie du titre « une seule issue à la crise : sortir du capitalisme » renvoie à l’idée qu’il n’est pas possible d’en finir avec cette politique et ces crises sans bouleverser profondément les rapports de propriété, de production, et le caractère de classe du mode de production capitaliste, et c’est la signification de ce bouleversement qu’on verra à la fin de la présentation. Nous entendons ici la sortie du capitalisme, non seulement comme la seule « issue » à la crise économique, mais aussi comme l’objectif politique révolutionnaire que doit se donner le mouvement des gilets jaunes et la classe des exploités en général pour gagner.

Du capitalisme libéral des débuts au capitalisme financier mondialisé, actualité de la critique marxiste de l'économie politique

Capitalisme : investissement et accumulation

topo crise daniel001La propagande des classes dominantes présente l’accumulation des richesses par une minorité comme le résultat de soi-disant lois de l’économie auxquelles il serait impossible d’échapper, et dont seule, finalement, une minorité de « gagnants » serait en mesure de tirer profit.

Selon cette propagande, le capital aurait la propriété de s’auto-agrandir à travers des « cycles d’investissements ». Au début d’un cycle, le capitaliste engage une somme A dans un investissement qui peut avoir plusieurs formes : financier (prêter de l’argent en échange d’intérêts), commercial (acheter des marchandises pour les revendre ensuite avec bénéfice), productif (investir dans la production de marchandises pour les vendre ensuite en retirant un profit de l’opération), etc.

Après un certain temps - la durée du cycle -, l’investisseur récupère une somme A’ supérieure à la valeur A investie. La différence entre A’ et A constitue le profit P du cycle, et le taux de profit du cycle est égal au rapport du profit à la somme investie.

Le principe du capitalisme, quelle que soit la forme d’investissement à laquelle il se prête, repose sur la perpétuation de ce processus. L’argent récupéré à la fin d’un cycle est investi partiellement ou totalement dans un nouveau cycle, et ainsi de suite. D’où l’accumulation d’un capital toujours plus important comme le montre la courbe. Et il est clair que plus la durée du cycle est court, et plus l’accumulation réalisée en une année est importante : pour le capitalisme, le temps, c’est de l’argent !

Mais deux questions se posent : d’où vient cette richesse nouvelle qui augmente le capital investi ? Et d’où vient le capital investi au départ ?

Marx à répondu à ces questions en posant le travail comme seule source de la création de richesses nouvelles. Il s’est attaqué à dévoiler les mécanismes de fonctionnement de ce système économique et mis en évidence toute une série de contradictions, qui le conduisent inéluctablement à des crises. Parmi les sources multiples de ces contradictions, le fait que pour poursuivre son existence en tant que capital, celui-ci à besoin de terrains d’investissements en expansion permanente. C’est une des causes de ses fuites en avant folles vers des catastrophes que le « bon sens » semblerait devoir permettre d’éviter…

La loi de la valeur travail

Marx a répondu à la question de la création des richesses nouvelles, qui se concrétisent en capital, en développant la théorie de la valeur travail et celle de l’exploitation salariale.

Pour Marx comme pour Engels, l’économie, ça n’est pas la circulation du capital mais, d’abord, la façon dont les sociétés humaines organisent la production et les échanges de leurs moyens de subsistance. Dans le mode de production capitaliste, tel qu’il apparaissait à ses débuts du temps de Marx, seule une partie de ces moyens de subsistance, en particulier ceux issus de la production industrielle capitaliste, mais aussi celles produites par l'artisanat, se présentaient sous la forme de « marchandises », c’est-à-dire, par définition, de biens ou de services produits pour être vendus.

On peut dire qu’aujourd’hui, c’est l’ensemble de ces moyens de subsistance, en bien au-delà qui ont été convertis en marchandises tandis qui le capitalisme a étendu son emprise sur toute la vie de la société, à l’échelle de la planète, réduisant à la portion congrue, voire détruisant toutes les autres formes de production de biens et de services.

Le circuit élémentaire des investissements productifs

topo crise daniel002La production de marchandises dans le mode de production capitaliste repose sur une organisation particulière de l’économie, représentée de façon schématique sur l’illustration. Le bloc « terrain d’investissement » mis en évidence dans l’illustration précédente est décomposé en trois blocs reliés entre eux, selon un enchainement qui conduit des « ressources naturelles » à la marchandise «M » par le biais du bloc intitulé « production des biens et services ». Cette marchandise doit être ensuite vendue sur le « marché des biens et services » pour que le capitalisme puisse récupérer sa mise, si possible avec profit. Une partie des marchandises réalisées est achetée par le secteur de production lui-même : équipements nouveaux et matières premières, énergie, etc. (intrants) nécessaires à la production.

Ces deux blocs sont associés à un troisième, celui des « prolétaires » qui fournissent leur travail en échange d’un salaire. Salaire qui leur permet d’acquérir sur le marché les marchandises dont ils ont besoin pour vivre, autrement dit leurs moyens de subsistance.

Pour fonctionner, ce système de production et d’échanges à besoin de capitaux (A), apportés par son « propriétaire », le capitaliste, qui en retire, après la vente des marchandises (M), la valeur (A’). Le capital A se divise en deux parties, que Marx définit ainsi : le capital constant (Cc) qui sert à payer les équipements et les intrants, et le capital variable (V) qui paye les salaires.

Si l’on en croit les capitalistes et leurs économistes, l’échange entre capitalistes et prolétaires serait parfaitement équitable : le salaire serait le prix du travail du salarié. C’est une entourloupe !

Pour la démasquer, Marx analyse ce qui constitue la valeur d’une marchandise : il distingue la valeur d’usage, qui correspond au besoin que la marchandise est appelée à satisfaire, de sa valeur d’échange, son prix. Ce dernier n’a rien à voir avec son usage. Il s’établit sur les marchés en fonction de la quantité de travail social qui a été consommé pour sa fabrication.

Ce travail social est fourni par l’activité des salariés, qui louent une marchandise particulière au capitaliste, leur force de travail. Cette marchandise a une valeur d’usage, dont dispose le capitaliste : apporter une certaine quantité de valeur nouvelle au capital constant pour produire la marchandise, la valeur ajoutée. Elle a une valeur d’échange, le salaire V.

Une seule source de richesses nouvelles : le travail vivant

topo crise daniel003Condamné à vivre dans une société où tout devient marchandise, le prolétaire n’a pas d’autre choix que de louer au capitaliste la seule marchandise qu’il possède, sa force de travail, en échange d’un salaire, qui en est la valeur d’échange. Mais cette valeur ne correspond pas à la valeur nouvelle, valeur ajoutée, qui a été apportée par son travail et que le capitaliste s’approprie. Il y a bien longtemps que, du fait de la productivité du travail, un être humain produit en une journée bien plus de valeur que celle qu’il doit consommer pour subsister.

L’arnaque est là : le capitaliste achète avec le salaire une marchandise qui produit plus qu’elle ne consomme : il suffit de prolonger le temps de travail au-delà du temps nécessaire à produire l’équivalent du salaire. Le salariat est un rapport d’exploitation masqué derrière la légalité des lois de la bourgeoisie et la propagande qui la justifie.

La différence entre le salaire que paie le capitaliste et la valeur ajoutée par le salarié constitue la plus-value. Marx appelle travail vivant la valeur nouvelle ajoutée par le travailleur. La lutte des classes entre bourgeois et prolétaires commence avec la lutte pour le partage de ce travail vivant entre salaire et plus-value extorquée par les patrons. C’est de cette plus-value qu’est tiré le profit des cycles d’investissement productifs, mais aussi commerciaux et financiers, ces trois processus étant indissociables.

De ce fait, la plus-value tirée de l’exploitation du travail humain constitue le point de départ de toutes les richesses qui circulent et s’accumulent dans le système économique capitaliste et qui constituent le « capital », que Marx appelait du « travail mort ». Avec sa phrase : « Le capital est du travail mort, qui ne s'anime qu'en suçant tel un vampire du travail vivant, et qui est d'autant plus vivant qu'il en suce davantage », il répond aux questions sur l’origine des richesses nouvelles, et sur le caractère « insatiable » des capitalistes, qui semblent ne jamais avoir assez des richesses qu’ils contrôlent.

C’est pour cela que Marx distingue le capital constant (Cc), qui ne fait circuler que du « travail mort » du capital variable V, variable parce que c’est la seule partie du capital qui grandit, en s’appropriant une partie du travail vivant apporté par les prolétaires. 

Comment se constitue la valeur au cours du procès production-réalisation ?

topo crise daniel004L’extorsion de la plus-value par le capitaliste constitue donc le point de départ du processus de création de richesses nouvelles. Mais pour que l’opération aille à son terme, une autre étape est indispensable : la vente de la marchandise produite, qui permet de réaliser la transformation de la plus-value en profit… ou pas !

Si l’on suit, de la gauche vers la droite, la progression de la transformation du capital, considéré comme du « travail mort » auquel s’ajoute du « travail vivant », on voit comment se constitue d’abord, dans le secteur « production », la valeur M de la marchandise, ainsi que ses diverses composantes.

A noter sur la figure la décomposition du capital constant Cc en Ccf : capital constant fixe, correspondant au coût des équipements, et Ccc : capital constant circulant, correspondant aux intrants.

Dans la vie d’une entreprise, il existe en fait deux cycles d’investissements distincts :

  • un cycle court, correspondant à la production d’une unité de production (une voiture, un immeuble…), qui consomme le capital constant circulant (coût des matières d’œuvre et autres intrants), et le capital variable, coût de la force de travail utilisée au cours de ce cycle court.
  • un cycle long, celui du capital constant fixe, correspondant au renouvellement des équipements, soit qu’ils soient devenus hors d’usage par usure, soit qu’ils soient devenus obsolètes du fait des progrès techniques. Dans la comptabilité des entreprises, le remboursement de ce capital avancé se fait progressivement, sous la forme de l’amortissement.

Différents facteurs caractérisent la production :

  • Le taux d’exploitation, Pl / V, expression du rapport des forces entre travailleurs et patrons pour le partage de la valeur ajoutée.
  • La composition organique du capital, Cc/V, qui caractérise d’une façon plus ou moins précise, la modernité des entreprises : dire que Cc est plus élevé par rapport à V, c’est dire qu’il y a plus de machines par rapport au nombre d’ouvriers, et donc, en principe, que chaque ouvrier produit plus dans un temps de travail donné. Mais il y a un problème : c’est l’exploitation salarié qui crée le profit. Baisser la part du travail dans le capital investi, c’est aussi baisser la source de production du profit par rapport au capital total investi… Cela constitue une des contradictions centrales du capitalisme, que Marx met en évidence et formule sous la forme d’une loi dite de la baisse tendancielle du taux de profit. C’est une des raisons qui pousse les capitalistes à mener en permanence la guerre de classe : compenser la tendance à la baisse des taux de profit en tentant d’arracher toujours plus de plus-value dans la valeur ajoutée. Mais il faut noter également que cette loi s’établit dans des conditions données, et que diverses « contre tendances », que Marx décrit, jouent pour compenser ses effets, d’autant que bien d’autres facteurs interviennent également pour perturber les perspectives de profit…

Car la production n’est rien sans la réalisation, au cours de laquelle jouent d’autres facteurs : jeu de l’offre et de la demande, degré de solvabilité des marchés, concurrence entre capitalistes… On reviendra plus loin sur ces facteurs et comment ils constituent d’autres facteurs essentiels de crise du capitalisme.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut d’abord partir du fait que lorsqu’une entreprise choisit d’investir dans une production donnée, elle le fait en se basant sur une perspective de vente : par une analyse de l’état du marché à un moment donné, elle évalue le prix auquel elle pense pouvoir vendre sa marchandise (A’, « prix du marché ») et en déduit, en évaluant les coûts de production qui, eux, sont connus à l’instant où elle fait son étude, le profit qu’elle peut espérer en tirer. Mais il s’écoule nécessairement un certain temps entre le moment où l’investissement A est réalisé et où la marchandise est réellement sur le marché. Au cours de ce temps, le « prix du marché » a pu changer. De ce fait, la valeur réelle A’ à laquelle se vend la marchandise peut être égale, supérieure ou inférieure à la valeur M supposée s’être constituée au cours du processus de production. C’est pourquoi il faut attendre le résultat du processus global pour connaitre le profit, et donc la plus-value, réellement réalisée.

Dans le mode de production capitaliste, les investissements productifs sont un pari, une « spéculation » basée sur une perspective de profit… Perspective que les capitalistes détruisent eux-mêmes en réduisant en permanence les conditions de réalisation : en aggravant les conditions d’exploitation pour augmenter la part de plus-value prélevée sur la valeur ajoutée, ils diminuent de ce fait les salaires et donc les perspectives de vente de leurs marchandises, avec des conséquences sur lesquelles on reviendra plus tard.

Socialisation et globalisation de la propriété, des moyens de production et des échanges

topo crise daniel005Les lois, les tendances, les contradictions que l’on vient d’évoquer et qui fondent le rapport de production capitaliste n’ont pas changé depuis Marx, et la lutte pour le partage de la valeur ajoutée entre plus-value et salaire reste toujours le fondement de la guerre de classe que se livrent la bourgeoisie et le prolétariat. Mais la structure actuelle du système capitaliste, résultat d’un siècle et demi d’évolutions, n’a plus grand-chose à voir avec celle du temps de Marx telle qu’elle est illustrée très schématiquement sur l’illustration : un capitalisme industriel avec ses patrons-propriétaires de leurs entreprises, une production nécessairement limitée, destinée à un marché proche, et un capitalisme bancaire indépendant, qui fournit si nécessaire des crédits au capitalisme industriel en échange d’intérêts. Le tout dans une société encore dominée par la production agricole et où toute une partie de l’économie échappe au capitalisme industriel.

Dans le capitalisme industriel du milieu du XIXe siècle qu’analyse Marx, la propriété des entreprises était concentrée entre les mains de capitalistes individuels, de familles, parfois de sociétés de quelques membres. Mais dès la fin du XIXe, les besoins de plus en plus importants de capitaux imposés par la construction des chemins de fer, les conquêtes coloniales impérialistes, n’ont pu être satisfaits qu’à travers la constitution de grandes sociétés financières. Cela a entraîné petit à petit la dissolution de la propriété individuelle des entreprises au sein de sociétés par actions, souvent contrôlées par de grandes banques. Dans L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, écrit en 1916, Lénine explique comment s’est produite la fusion du capital bancaire et du capital industriel pour constituer le capital financier, tandis que les entreprises s’étaient concentrées pour se structurer en trusts et monopoles. En France et en particulier dans la région, cette fusion du capital bancaire et du capital industriel est parfaitement incarnée par les frères Pereire, symboles de l’ « Esprit d’entreprise du XIXème siècle »…

Titres, marchés financiers, liquidité du capital, spéculation… 

topo crise daniel006Sauf pour les petites entreprises – c’est encore le cas aujourd’hui – et dès la deuxième moitié du XIXème siècle, la propriété privée des moyens de production et d’échange a quitté la forme d’une propriété directe pour passer par le biais de la possession de « titres », actions ou obligations. La propriété de telle ou telle entreprise (telle ou telle dette) est ainsi répartie entre plusieurs mains et les profits sont répartis au prorata du nombre de titres détenus par chacun.

Mais ces titres peuvent aussi s’échanger comme des marchandises sur des marchés spécialisés : la circulation des capitaux est ainsi libérée des lenteurs imposées par les démarches administratives qui marquent la vente ou l’achat d’une entreprise : on peut vendre ses parts d’une entreprise et acheter celles d’une autre en une seule opération boursière et ainsi s’adapter très rapidement aux évolutions des perspectives de profit. Le capital devient ainsi très mobile, on dit qu’il est « liquide », la propriété se trouve de plus en plus répartie entre des mains diverses, socialisée.

En même temps, cela permet de spéculer sur l’évolution des valeurs de marché de ces titres, ce qui est à la base de la constitution d’immenses bulles spéculatives. L’exemple le plus connu, parce que présenté en continu dans la presse et les chaines spécialisées de la télévision est celui de la « capitalisation boursière » des sociétés, obtenu en multipliant le nombre d’actions par leur valeur à un instant donné. Or la valeur des actions d’une entreprise donnée s’établit chaque jour à travers des milliers d’échanges dont la seule raison d’être, pour les spéculateurs qui s’y livrent, est d’essayer de gagner de l’argent dans la transaction.

Ce processus a sa propre logique, qui se traduit par un comportement « moutonnier » du monde des traders : la soif de « bonnes affaires », la disponibilité de capitaux, semble créer une demande infinie, poussant la valeur des actions à la hausse permanente. C’est que l’on peut observer quand on suit l’histoire de l’évolution des titres boursiers ou d’indices comme le CAC40 : ils semblent avoir la propriété de grimper sans cesse, malgré des périodes de baisse de plus ou moins longue durée…

Jusqu’à, parfois, des effondrements brutaux. Du fait de la fuite en avant spéculative, la capitalisation boursière d’une entreprise finit par devenir démesurée par rapport à sa valeur réelle, c’est-à-dire ce que l’on obtiendrait en vendant les biens qui la constituent. L’écart entre capitalisation boursière et valeur réelle est appelé « capital fictif », il constitue une « bulle spéculative ». Et il suffit parfois de peu de chose, une mauvaise nouvelle concernant les perspectives de profit et donc des dividendes qui leur sont associés, pour que la tendance « moutonnière » s’inverse : la course à l’achat d’actions se transforme en course à la vente, l’offre devient supérieure à la demande, le cours de l’action s’effondre, et avec elle la capitalisation boursière de l’entreprise. On peut arriver à la situation paradoxale où cette capitalisation boursière devient inférieure à la valeur réelle de l’entreprise, ce qui permet à des « prédateurs » financiers de prendre le contrôle de l’entreprise en rachetant une partie des actions désormais à prix très bas…

D’où une double crainte des grands actionnaires des grands groupes industriels et financiers : leur fortune, pour une bonne part constituée par leur portefeuille d’actions, évolue au gré de la valeur de ces dernières. Elle peut donc fondre du jour au lendemain en cas de « perte de confiance » des spéculateurs, sans compter que cet effondrement éventuel peut leur faire perdre le contrôle de l’entreprise. C’est une des raisons pour lesquelles les grands groupes entretiennent eux-mêmes la demande sur le marché des actions, en en rachetant une partie, en multipliant leur valeur, tandis qu’ils versent de copieux dividendes à leurs actionnaires pour les inciter à garder leurs actions.

Le marché boursier des actions d’entreprises est le plus connu puisque mis en évidence quotidiennement dans les médias. Mais il en existe d’autres, sur lesquels se livrent les mêmes opérations spéculatives : marché des changes monétaires, marché de la dette, marchés des matières premières, marché des métaux précieux, etc.

De fait, la mise en avant quotidienne par les médias des évolutions des Bourses d’actions est l’arbre qui cache la forêt : la spéculation sur les actions n’est une part minime de la spéculation globale sur l’ensemble des marchés financiers, même si un effondrement sur ce secteur a des conséquences immédiates sur la production. Les spéculations financières les plus importantes, et de loin, se livrent sur le marché des changes monétaires, suivi des marchés de la dette. C’est en particulier sur ces marchés que se préparent les effondrements financiers qui menacent de se produire aujourd’hui, entrainant le reste de l’économie dans leur sillage, comme cela s’est produit en 2007.

Financiarisation, socialisation de la propriété privée des moyens de production

topo crise daniel007Derrière ces processus spéculatifs à travers lesquels les capitalistes individuels se livrent à une concurrence effrénée pour s’accaparer la plus-value produite par les travailleurs se dessine une nouvelle organisation interne de la bourgeoisie, du point de vue de la propriété. En 1916, Lénine décrivait comment le capital industriel et le capital bancaire s’étaient associés pour constituer le capital financier, et comment ce dernier dirigeait désormais d’immenses structures d’entreprises, trusts et monopôles, étendant leurs tentacules sur d’immenses territoires coloniaux, dans un monde que s’étaient partagé une poignée de puissances impérialistes.

Depuis, ce processus n’a cessé de s’accentuer, à travers crises, guerres, révolutions...

L’état des lieux aujourd’hui, c’est une économie mondiale contrôlée par un système financier composé de banques, de fonds d’investissement, de compagnies d’assurances, de holdings de multinationales, mais aussi de marchés financiers sur lesquels s’échangent une multitude de titres (actions, obligations et autres).

Une oligarchie financière, caste extrêmement minoritaire constituée des grands actionnaires de ces institutions financières, vit en parasite sur l’ensemble de la société. Elle investit sous une multitude de formes les capitaux qu’elle contrôle dans la sphère financière et s’accapare une part toujours plus grande des richesses tirées du travail, qu’elle joue au casino de la spéculation. Et quand on dit qu’elle vit en parasite, ça n’est pas une formule, mais bien une réalité : non seulement son rôle social est nul, mais en « suçant comme un vampire le travail vivant », elle conduit l’humanité dans le mur !

La structure des multinationales ou comment l’oligarchie financière règne sur le monde

topo crise daniel008Cette oligarchie financière contrôle par le biais des titres qui circulent dans la sphère de la finance et des participations en cascade au sein des grandes multinationales, l’ensemble de l’économie mondiale. En 2016, selon Recherches économiques, 147 multinationales contrôlaient l’économie mondiale. Ce contrôle passe par des liaisons en cascade qui partent du sommet financier, la holding, se divisent de divers secteurs, puis en divers niveaux de filiales pour aboutir aux couches terminales de sous-traitants, eux-mêmes pouvant faire partie de la firme ou pas...

Toyota a été précurseur dans ce domaine, comme le montre l’organigramme correspondant à son organisation… en 1977.  

L’oligarchie financière est un lieu d’alliances entre grands investisseurs, à travers des participations croisées, machin investit chez truc, qui investit chez chose et machin… La compagnie d’assurances Axa serait au 4èmerang mondial des sociétés qui possèdent le plus de participations croisées.

Elle reste en même temps le terrain d’une concurrence acharnée. La bataille actuelle au sein de l’Alliance Nissan-Renault autour des malversations de Ghosn est une illustration de la profonde contradiction qui marque le capitalisme arrivé au stade des grandes multinationales : créer des alliances pour s’unir contre la concurrence n’empêche pas de continuer à s’affronter au sein de l’alliance pour savoir qui des deux groupes d’actionnaires principaux imposera sa loi pour en tirer le plus de profit…  

« NTIC », divisions du travail, socialisation de la production, « chaînes de valeur », internationalisation du marché du travail 

topo crise daniel009En se développant, le capitalisme n’a pas seulement modifié et concentré le pouvoir économique de la bourgeoisie et la façon dont il s’exerce sur la société actuelle. Il a aussi profondément modifié les forces productives, aussi bien du point de vue matériel, technologique et scientifique, que sociologique.

La période actuelle est caractérisée par la mise en œuvre des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Elle a donné au capitalisme à la recherche de nouveaux terrains d’investissement et surtout d’une main d’œuvre à bas coup les moyens d’étendre à la planète entière les canaux par lesquels extraire la plus-value. Le résultat en est aujourd’hui une économie mondiale intégrée, un degré de division du travail et de socialisation de la production considérables, passant par des « chaines de valeur » qui organisent les diverses étapes de la production d’une marchandise à travers une multitude de lieux de production et de réseaux de communication et de transport.

Ce processus, commencé dans les années 1980, a étendu le rapport salarial dans le monde entier, l’apparition d’une classe ouvrière innombrable, avec pour effet la création d’un marché du travail mondialisé, qui, par la concurrence qu’il introduit, pèse lourdement dans le rapport de force dans les anciennes puissances industrielles.

Le capitalisme, en se développant sous le coup de ses propres mécanismes internes, de la concurrence et de la lutte des classes n’a pas fait que socialiser et concentrer la propriété privée des moyens de production et d’échange. Elle a aussi socialisé la production des richesses à un degré jamais atteint, réunissant les conditions objectives d’un changement révolutionnaire de la société.

Etats de classe, au service de l’oligarchie financière

topo crise daniel011Pour Marx, dans les sociétés bourgeoises, « le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise toute entière »… Il écrit cela alors que le pouvoir de la bourgeoisie est en train de s’établir et que les jeux de pouvoir traduisent les affrontements entre diverses couches des classes dominantes.

Les choses ont changé aujourd’hui, mais dans le sens où le jeu des Etats devient de plus en plus clair, au service de l’oligarchie financière par le biais de ses maillons nationaux, ainsi qu'à travers les diverses institutions internationales au sein desquelles la bourgeoisie tente tant bien que mal de se coordonner, d'assurer une "gouvernance mondiale" qui apparait de plus en plus mise à mal par l'exacerbation de la concurrence.

Les Etats servent tout d’abord les plus riches par leur action politique, l’enchaînement des offensives contre le monde du travail qui n’a pas cessé depuis des décennies, pour l’augmentation de la plus value au détriment des salaires, la destruction des protections légales des travailleurs face au patronat, etc.

La fiscalité est un autre aspect de cette intervention de l’Etat dans le transfert des richesses produites par le travail. Selon la propagande de la bourgeoisie, mais aussi des partis réformistes qui voudraient nous y faire croire, l’Etat aurait un rôle d’intermédiaire pour un équilibrage de la répartition des richesses au sein de la société entre les plus riches et les plus pauvres. Cela passerait par un double flux d’argent, celui de l’impôt, montant de la population vers les caisses de l’Etat, et celui de la « redistribution », descendant de l’Etat vers la population (allocations diverses aux plus démunis, services publics gratuits,…).

Ce schéma est une idéalisation de la période qui a suivi la Deuxième guerre mondiale, les soi-disant Trente glorieuse, prétendu règne d’un Etat providence qui s’était effondré avec la crise des années 1970. Mais le mythe a bien du mal aujourd’hui à se maintenir. Le mouvement des gilets jaunes est né de la révolte contre une fiscalité clairement à deux vitesses, augmentation des taxes qui frappent les plus pauvres alors qu’était supprimé l’ISF. Quant à la « redistribution », elle s’adresse surtout aux grands patrons, sous forme de divers cadeaux sous prétexte de soutien de l’emploi, tandis que les services publics subissent casse sur casse, tout comme les prestations sociales.

Au jeu de l’injustice fiscale et de la « redistribution » à rebours au profit des plus riches, les Etats ajoutent la dette publique, qui assure un transfert permanent, sous forme d’intérêts, d’argent issu des contribuables, vers les marchés financiers, et en fin de compte, vers les plus riches. Prêter de l’argent aux Etats ouvre aux organismes financiers à la recherche permanente de terrains d’investissements nouveaux des perspectives en principe sûres… sauf aléas, bien sûr, comme celui de la crise de la dette européenne en 2010 2011.

La dette des ménages au secours des profits

topo crise daniel012La dette publique est un des canaux par lequel la bourgeoisie récupère une partie des salaires qu’elle a versé par l’intermédiaire des Etats.

La dette privée, dite « des ménages », en est un second. Les salaires insuffisants font qu’il est souvent nécessaire, pour bien des personnes, de faire appel à un crédit, faute de disposer d’économies pour faire face à un imprévu. Mais c'est surtout une aubaine pour la bourgeoisie, il suffit pour s'en convaincre de voir la floraison de publicités pour les crédits à la consommation, etc.

Prêter de l’argent aux ménages joue deux rôles pour la bourgeoisie :

  • Elle est un terrain d’investissement pour des capitaux en croissance perpétuelle et une source de ponction sur les revenus du travail, une façon pour la bourgeoisie de s'accaparer une partie des salaires versés.
  • Elle soutient un certain degré de solvabilité des marchés, pour garantir la réalisation de la plus value, donc des profits.

Elle accumule en même temps de nouveaux risques pour le système financier, du au fait que l'endettement privé croissant conduit de plus en plus de personnes à des situations de sur-endettement, à l'incapacité de rembourser leurs dettes.

Les flux de richesses tirées du travail vivant sont à sens unique

topo crise daniel013Pour conclure cette partie, ce schéma de circulation des richesses au sein des grandes relations entre les divers éléments de la société fait apparaitre clairement un double mécanisme d’accaparement des produits du travail par les sommets de la finance et de la bourgeoisie. Celui tiré de l’exploitation salariée, la plus value, et celui récupéré sur les salaires, par le biais de la fiscalité et de la dette publique d’une part, de la dette des ménages d’autre part.

 

Les grandes contradictions du capitalisme financier mondialisé

Il n'est pas possible de développer ici l'ensemble des contradictions qui sont inhérentes au système capitaliste et n'ont fait que se développer au fur et à mesure de son expansion internationale, pour atteindre aujourd'hui des proportions et un degré de gravité extrêmement importants, allant jusqu'à mettre en jeu l'existence même de l'humanité, ou du moins la menaçant d'une régression sans précédents.

Nous nous contenterons d'en souligner quelques aspects.

Inégalités insupportables, germe des crises politiques

topo crise daniel014Ces processus de pillage se produisent à l’échelle mondiale sans s’arrêter aux frontières. Le schéma produit par l’ONG OXFAM début 2017 est une illustration la polarisation des richesses entre quelques mains qui en résulte.

Au centre de l’échelle verticale, ce sont les « classes moyennes » qui s’appauvrissent relativement, se sentent « déclassées ». L’ascenseur social en panne…

En bas, ce sont des millions et des millions de personnes qui sont dans une misère extrême, meurent de famine ou faute de soins, cherchent le salut dans l’émigration au risque de leur vie. Ces injustices sociales terribles se retournent politiquement contre ceux qui en sont responsables, générant un état de crise politique permanent.

La soif insatiable de profits limite leur réalisation et bloque la croissance

topo crise daniel015Au cœur de l’exploitation salariale, un autre processus est à l’œuvre : la politique des classes dominantes et de leurs Etats, qui consiste à augmenter le taux d’exploitation tandis que les salaires sont ponctionnés par la dette publique et privée entraine inévitablement une baisse relative du pouvoir d’achat global des classes laborieuses, avec deux conséquences : en limitant le marché solvable, elle est source de récession économique chronique, tandis que le surendettement menace les organismes de crédit de ne pouvoir récupérer leurs créances pour insolvabilité des emprunteurs.

Marx écrivait dans le Capital : « La raison ultime de toute véritable crise demeure toujours la pauvreté et la limitation de la consommation des masses, en face de la tendance de la production capitaliste à développer les forces productives comme si elles n’avaient pour limite que la capacité de consommation de la société ».

La fuite en avant de la spéculation et de la dette prépare le krach

topo crise daniel016La crise de 2007-2008 a eu pour élément déclencheur le surendettement des ménages pauvres américains, poussés à acheter des maisons à crédit. Comme le montrera Rémi, le phénomène s'est répendu à l'ensemble du secteur financier et productif, du fait même des bulles financières que la spéculation à outrance y avait créé. Dix ans après, force est de constater que les soi-disant remèdes au nom desquels les gouvernements nous ont imposé leur politique d'austérité n'ont rien changé : l'endettement continue à prospérer, tout comme la spéculation. Comme on le voit sur l'illustration, la production des richesses, que l'on peut mesurer par le PIB mondial, ne reorésente qu'une très faible part face aux marchés spéculatifs qui continuent de prospérer.

Le capitalisme détruit les équilibres écologiques

topo crise daniel017Pour terminer de bref inventaire des menaces que fait régner le capitalisme financier mondialisé, il y a bien sûr celui des conséquences sur l'environnement.

Réchauffement climatique, épuisement des ressources, pollution… Par ses fuites en avant incontrôlables, le capitalisme, en détruisant les équilibres écologiques, met en cause l’existence même de l’humanité, tout au moins son niveau de développement actuel.

"Capitalisme vert", sommets du climat se suivent et se ressemblent... Le capitalisme est tout aussi impuissant face aux enjeux que posent les questions écologiques que face aux conséquences financières et économiques d'une logique qui le définit : recherche du profit maximum, propriété privée des moyens de production et d'échange, le tout dans un monde où toutes les relations sont régies par 'les lois du marché".

De la crise de 2007-2008 à aujourd’hui

Les causes de la crise de 2007-2008.

La lame de fond : la baisse tendancielle du taux de profit.

L’explication des racines profondes des crises du capitalisme a été élément de débat qui a traversé le marxisme, et le traverse encore aujourd’hui au sujet de la crise de 2007-2008. L’approche présentée ici est celle qui interprète la crise comme une conséquence d’une dynamique fondamentale du fonctionnement de l’économie capitaliste explicitée par Karl Marx dans Le Capital : la baisse tendancielle du taux de profit.

La concurrence pousse les capitalistes à investir dans de nouvelles technologies pour accroître la productivité, c’est-à-dire la quantité de valeurs d’usage produites rapportées à l’ensemble du temps de travail (mort et vivant) pour les produire. Pour accroître la productivité, les capitalistes sont amenés à remplacer des travailleurs par des moyens de production (machines, ordinateurs, etc.), c’est-à-dire à remplacer du travail vivant par du travail mort et ainsi augmenter la composition organique du capital (le rapport entre capital constant et capital variable). Or, comme nous l’avons vu, la source de toute valeur vient de la force de travail (vivant), les moyens de production (le travail mort) ne faisant que transférer leur valeur dans la marchandise jusqu’à leur usure technique. Sur un marché particulier, si un capitaliste applique une nouvelle innovation et augmente la productivité horaire du travail, il pourra baisser le prix des marchandises. Il gagne alors un avantage concurrentiel sur ses concurrents, et gagne des parts de marché. Mais lorsque cette innovation va être généralisée à l’ensemble des concurrents, tous les concurrents baissent leur prix pour rattraper leur retard, ce qui fait baisser le prix moyen des marchandises vendues, et donc la valeur qui sera ensuite « partagée » entre salaires et profits. Si les salaires et le volume de la production restent les mêmes, ce sont donc les taux de profit qui vont baisser.

Mais cette baisse du taux de profit est bien entendue comme « tendancielle », c’est-à-dire qu’il s’agit d’une tendance, et que le taux de profit ne baisse pas sans discontinuer. En effet, Karl Marx identifiait des contre-tendances à cette baisse tendancielle du taux de profit, qui sont l’expression de la lutte permanente que sont amenés à mener les capitalistes contre cette tendance de fond, à travers par exemple l’intensification de l’exploitation de la force de travail ou l’expansion du crédit. Pour comprendre la crise de 2007-2008, il faut analyser les enchaînements et les conséquences de la baisse tendancielle du taux de profit au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Un certain nombre d’économistes marxistes ont utilisé les données rendues disponibles par la comptabilité nationale pour mesurer l’évolution du taux de profit sur le long terme, et beaucoup d’entre eux arrivent à un résultat qui permet d’identifier la tendance à la baisse du taux de profit ainsi que ses contre-tendances. Nous prenons ici la mesure du taux de profit effectuée par Esteban Maito sur l’ensemble de l’ensemble de la période (1950-2008), concernant 14 pays centraux et périphériques significatifs du point de vue de leur développement industriel, permettant de s’approcher de ce que le marxiste argentin Esteban Maito appelle un « taux de profit mondial ».

Les graphiques montrés ici est une moyenne simple de taux de profits nationaux, ce ne sont donc pas des taux de profits correspondants exactement à la formule de Marx. Un véritable taux de profit mondial serait une mesure de la plus-value totale divisée par le total du capital avancé au niveau mondial. Mais Michael Roberts explique qu’en pondérant chaque taux de profit national en fonction du PIB de chaque pays permet de s’en approcher. Esteban Maito a fait la comparaison (voir sur le deuxième la courbe noire « RoPW »), et on trouve une trajectoire semblable.

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On peut distinguer 4 périodes, qui correspondent à des cycles longs ascendants ou descendants en fonction de la dynamique du taux de profit :

De l’après-guerre à la moitié des années 1960 (ou fin des années 1960), une hausse des taux de profit : la reconstruction d’après-guerre est caractérisée par l’application des innovations techniques de la guerre dans l’économie civile, ainsi qu’une main d’œuvre disponible et peu chère dans les pays colonisés et dans les pays défaits de l’Axe par les Alliés. Cela permet dans un premier temps des taux de profit élevés, qui permettent un certain niveau de redistribution dans les pays impérialistes à travers la forme de l’« Etat-providence » qui gère le conflit de classe à travers la « négociation tripartite » (Etat, patronat, syndicats) et de manière à éviter la prise du pouvoir par les travailleurs. Telle était la base matérielle du réformisme keynésien des « Trente glorieuses ».

De la fin des années 1960 au début des années 1980, on observe une chute drastique des taux de profit : la composition organique du capital avait fortement augmenté avec la mécanisation et l’investissement dans de nouvelles industries, les salaires également car le rapport de force était plutôt en faveur des travailleurs étant donné l’épuisement relatif de l’armée de réserve. Aussi, les pays colonisés et surtout les pays pétroliers vont commencer à s’émanciper, et pratiquer des hausses de prix coordonnées sur le pétrole (les « crises pétrolières » de 1973 et 1979). Tout cela pèse fortement sur le taux de profit, en particulier dans les pays capitalistes centraux. Le taux de profit étant le moteur de l’investissement productif on observe également une stagnation/baisse de l’investissement productif, ce qui explique un retour à de faibles taux de croissance économique (taux positif de variation du PIB, qui donne une idée approximative du rythme d’accumulation du capital).

A partir du début des années 1980 commence la phase de l’offensive et de la mondialisation néolibérale : pour tenter restaurer les taux de profit, les classes dominantes mènent une offensive politique pour détruire les éléments de redistribution mis en place durant les compromis de classe d’après-guerre évoqués plus haut : attaque sur les salaires indirects (cotisations sociales et patronales), baisse des impôts sur les sociétés qui se reportent sur la taxation des classes populaires (augmentation de la TVA par exemple), privatisations des entreprises publiques et des services publics. Par conséquent, en cherchant à restaurer les taux de profits, les capitalistes entravent aussi la capacité des masses à consommer les marchandises qui sont produites. C’est au même moment qu’on observe une poussée du développement du commerce international : le capitalisme, à l’aide de la financiarisation qui augmente la vitesse de circulation du capital, cherche à repousser les limites géographiques de l’accumulation du capital pour contrecarrer la baisse du taux de profit en allant chercher de nouveaux débouchés de consommation (exportation de marchandises) et d’investissement (exportation de capitaux, les « investissements directs à l’étranger »). Comme on le voit sur le graphique, ces mutations permettent dans un premier temps de rehausser les taux de profit, mais pas suffisamment pour les ramener à leurs niveaux d’avant la crise des années 1970, et surtout, pas de manière durable. C’est dans le même temps le système capitaliste subit une mutation de structure, qui voit ressurgir la domination du capital financier.

La fuite en avant vers la financiarisation du système capitaliste ou l’excroissance du capital fictif

La financiarisation du système capitaliste dans les années 1980, c’est-à-dire le passage d’un financement des investissements par le crédit bancaire à un financement par l’intermédiaire des marchés financiers s’inscrit justement dans un contexte d’endettement croissant des entreprises et des Etats du fait de la crise des années 1970. Le crédit était venu au secours des profits. Le crédit est une des formes de ce que Karl Marx appelait le « capital fictif : pour Marx, la finance en général (crédits, actions) a pour rôle de mobiliser les réserves stagnantes d’argent (l’« épargne ») pour les mettre en mouvement et ainsi repousser les limites de la production en anticipant des profits futurs. Le capital financier est donc dit « fictif », non pas parce qu’il ne correspondrait forcément à aucune valeur matérielle, mais tout simplement parce qu’il n’a pas encore été réalisé dans la production et validé par la vente sur le marché de ce qui est produit. Néanmoins, étant donné son caractère caractère fictif, il est multipliable, dédoublable sans que cela ne doive correspondre à une valeur réelle.

Par exemple, une entreprise qui souhaite financer un nouvel investissement peut émettre des actions sur le marché primaire des actions (celui où les actions sont achetées pour la première fois). Le détenteur de l’action va percevoir des dividendes, qui sont des flux réels de valeur extorquée de l’exploitation de la force de travail. Mais ensuite ces actions sont échangées sur le marché secondaire, c’est-à-dire entre banques et institutions financières. Ici, le prix des actions (ce qu’on appelle la « capitalisation boursière ») dépend des fluctuations de l’offre et de la demande sur le marché financier, indépendamment des profits réalisés par la production que ces actions ont au départ financé.

C’est sur la base de cette explosion de la demande crédit à partir des années 1970 et des limites que rencontraient l’expansion de la production que se sont développés les marchés financiers. Ne trouvant de profitabilité assez élevée dans l’« économie réelle » pour y placer directement leurs capitaux, les capitalistes (par l’intermédiaire des institutions financières) se mettent à spéculer sur les marchés financiers, à développer des instruments financiers toujours plus sophistiqués et risqués qui permettent de dégager des marges plus importantes que les retours sur investissements productifs, mais donnent l’illusion qu’il est possible de s’approprier de la valeur sans passer par la production matérielle et réelle issue de l’exploitation de la force de travail. Cette accumulation de capital fictif improductif peut être observée sur le graphique ci-dessous :

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C’est en fait le ralentissement de l’accumulation réelle (même en prenant en compte le développement rapide de l’industrie en Chine dans les années 1990) qui accélère donc le rythme de l’accumulation fictive. On voit bien ici que contrairement à une idée répandue à gauche, il n’y a pas d’un côté la « finance prédatrice » qu’il faudrait dompter et de l’autre « l’économie réelle vertueuse », car c’est la baisse des taux de profit et la concentration de la production dans « l’économie réelle » qui crée les conditions de la financiarisation, de la domination du capital financier.

Cette accumulation de capital fictif est la base sur laquelle éclatent bulles spéculatives.

Nous sommes alors dans une situation ou une énorme masse de capitaux circulant dans le monde à la recherche de rentabilité. On a alors des phénomènes de suraccumulation et de surproduction qui apparaissent, et qui se manifestent sous la forme de bulles spéculatives : une bulle spéculative apparaît lorsque beaucoup de capitaux se placent en même temps sur un même marché de titres de propriété, ce qui en fait monter fortement le prix, qui se détache totalement de la valeur réellement crée par les productions réelles correspondant à ces titres. A un moment donné, l’écart est tel que la confiance dans ces titres est brisée, et ils sont revendus massivement sur le marché, ce qui fait drastiquement et brutalement chuter leur prix : c’est la panique financière, tous les détenteurs de ces titres s’en débarrassent le plus vite possible afin d’éviter de perdre trop d’argent.

Dans les années 1990-2000, on observe de plus en plus de ces bulles spéculatives (1994 crises Tequila, 1997 crise asiatique, 2000 bulle internet, 2001 crise argentine…), jusqu’à la crise des surprimes de 2007-2008 aux Etats-Unis qui a été la plus dévastatrice. Sur ce graphique qui rapporte les actifs financiers détenus par les ménages (placés par les fonds de pension, d’investissement, etc.) à leur revenu disponible, on remarque bien le gonflement et l’éclatement de ces bulles :

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Des enchaînements en cascade

Le déclenchement de la crise : l’éclatement d’une bulle spéculative sur le marché des crédits subprimes.

Au début des années 2000 aux Etats-Unis, les taux d’intérêt sont bas, du fait notamment de la politique monétaire de la Fed (Reserve Fédérale Américaine, banque centrale), qui a baissé son taux directeur (taux auquel la banque centrale prête de l’argent aux banques privées pour qu’elles puissent à leur tour prêter aux entreprises et aux ménages) pour tenter relancer la croissance après l’éclatement de la bulle internet en 2000. Mais cela ne fera qu’amplifier la suraccumulation de capital fictif : les banques n’investissent pas massivement dans l’appareil productif, elles accordent plutôt des crédits immobiliers à qui veut s’acheter ou construire un pavillon, peu importe ses capacités de remboursements.

Pour se faire encore plus d’argent, les banques vont utiliser la titrisation : elles transforment ces crédits immobiliers en titres financiers échangeables sur les marchés financiers, puis les vendent. De plus, chacun de ces titres mélange plusieurs crédits à des niveaux de risque (c’est-à-dire des niveaux de capacité de remboursement estimée des ménages concernés) différents, ce qui fait que plus personne n’est en mesure d’estimer le niveau de risque de ces titres, pas même les agence de notations (Moodys, Standard & Poors, Fitch etc.) dont c’est le travail de l’estimer.

Pour limiter la croissance de ces crédits immobiliers risqués, la banque centrale relève son taux directeur en 2005. Mais cela a pour conséquence que de plus en plus des ménages populaires qui les avaient contractés échouent à rembourser les crédits, car les banques privées relèvent mécaniquement leurs taux d’intérêt. En même temps, le prix de ces titres a fortement augmenté car les capitalistes financiers (banques, fonds d’investissement…) et les banques en achetaient de plus en plus pour spéculer dessus (voir plus haut). En juillet 2007, c’est la panique : voyant l’incohérence les défauts de paiements des ménages d’un côté et le prix exorbitant des titres de l’autre, tout le monde cherche à s’en débarrasser, et le prix des titres s’effondre alors (voir sur le graphique ci-dessous). C’est l’éclatement de la bulle spéculative.

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La contagion à l’ensemble du système financier et bancaire, puis à la sphère productive.

Les titres subprimes ayant été revendus à beaucoup d’institutions financières dans le monde (surtout dans les pays occidentaux), et leurs différents niveaux de risque n’étant plus estimables, l’éclatement de bulle immobilière a entraîné l’ensemble du système financier et bancaire dans la paralysie généralisée et la « crise de confiance ». Difficile de savoir qui détient ces titres pourris, en quelle quantité, et quels niveaux de risque y a-t-il dans les titres détenus, etc. Les prêts accordés aux fonds d’investissement, qui ont emprunté massivement pour spéculer sur ces titres, deviennent aussi tous suspects.

Cette « crise de confiance » paralyse l’ensemble du marché interbancaire, sur lequel les banques qui ont de l’argent en trop prêtent à celles qui n’en n’ont pas assez pour assurer leurs activités. Cela entraîne certaines banques dans la faillite, comme l’américaine Lehman Brothers en septembre 2008, et d’autres banques notamment en Europe.

Il s’en suit donc une contraction du crédit, c’est-à-dire que les entreprises ne trouvent plus de moyens de financer leur production et investissements à des taux d’intérêts supportables, ce qui entraîne des faillites d’entreprise, des licenciements etc. Cette récession a provoqué une dégradation des conditions de vie de la majorité de la population : des millions de prolétaires à travers le monde sont licenciés, expulsés de leurs logements - on recense plus de deux million d’expulsions et de saisies immobilières aux Etats-Unis entre 2007 et 2010 (2,9 millions de procédures de saisies en 2010 selon la société d’information immobilère RealtyTrac) - et voient leurs conditions de vie en général se dégrader.

Les « remèdes » apportés, pires que le mal.

Si la crise de 2007-2008 se manifeste comme une crise « financière », elle représente en réalité un premier moment d’éclatement des contradictions qui avaient commencé à se manifester, comme nous l’avons vu, dans les années 1970 avec la crise de profitabilité. Cette crise démontre que ni l’offensive néolibérale sur les salaires et les services publics, ni la fuite en avant vers la financiarisation du système n’ont permis aux capitalistes d’échapper à ces contradictions.

Depuis la crise, les gouvernements et les banques centrales cherchent des moyens de « réguler » le capitalisme, d’apporter des « remèdes » à cette crise. Mais aujourd’hui, tout laisse à penser que les remèdes ont été pires que le mal…

Les plans de relance budgétaire d’urgence ont conduit à la crise des « dettes souveraines »

Les gouvernements bourgeois des pays industrialisés ont réagi à cette crise en activant le levier budgétaire : entre 2008 et 2009, ils dépensent des milliards pour refinancer les banques (on estime par exemple que ces recapitalisations bancaires ont totalisé 300 milliards de dollars de la mi-2007 à la mi-2008), soutenir temporairement les entreprises dans leurs investissements, et soutenir les ménages à la consommation et financer des investissements publics.

La spirale récessive qui avait suivi le krach de 1929 est ainsi évitée pour la crise de 2008, mais les Etats se sont fortement endettés sur les marchés financiers pour financer ces mesures. Les mêmes capitalistes financiers, une fois refinancés par les Etats, prêtent aux Etats pour financer ces mesures. Après un redémarrage très limité de la croissance, les gouvernements appliquent donc des politiques d’austérité à partir de 2010 pour limiter les déficits publics qui font augmenter les taux d’intérêt sur la dette. Certains Etats comme la Grèce, l’Irlande et le Portugal sont entraînés, par un « effet boule de neige » (le déficit, fait augmenter le taux d’intérêt sur la dette, ce qui fait augmenter la dette, ce qui fait à nouveaux fait augmenter le taux, etc.) dans une spirale de l’endettement. Cet emballement est visible sur ce graphique qui présente l’évolution des taux d’intérêts sur les obligations d’Etat (titres de dette publique) dans la zone euro :

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L’Etat grec finit par être mis sous la tutelle financière de la « troïka », (FMI, Banque centrale européenne, commission européenne). La crise financière s’est transformée en crise des « dettes souveraines ».Cet endettement public va ensuite permettre aux gouvernements de justifier idéologiquement, avec des aspects moraux (« quand on emprunte à quelqu’un, on rembourse, sinon c’est du vol » ; justification plus facile pour le gouvernement allemand, puisqu’en allemand le mot dette – « Schuld » - est synonyme de « faute » ) l’accentuation des politiques néolibérales de coupes budgétaires et de privatisation des services publics.

Des politiques monétaires qui accentuent la spéculation

Également, le levier monétaire a été fortement utilisé : pour tenter de relancer le crédit, les banques centrales abaissent leurs taux directeurs jusqu’à atteindre des niveaux proches de 0% en 2009 (voir graphique ci-dessous) : elles financent donc les banques presque gratuitement en liquidités monétaires.

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L’instrument du taux directeur étant épuisé alors que le crédit aux investissements productif n’est pas reparti et que les gouvernements commencent à appliquer des politiques d’austérité budgétaire qui font baisser la consommation, les banques centrales (FED, BCE, Banque du Japon, Banque d’Angleterre) vont prendre le relai en menant des politiques dites d’ « assouplissement quantitatif » ou quantitative easing (voir graphique ci-dessous) : elles achètent des titres dont les banques veulent se débarrasser et y injectent en retour des liquidités. Le système financier mondial est sous perfusion des banques centrales.

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On estime par exemple qu’entre 2011 et 2017, la Banque centrale européenne a injecté plus de 4.000 milliards d'euros dans l'économie de la zone euro. Où est passé tout cet argent ? Pour les raisons déjà évoquées plus haut (taux de profit faibles), il n’ a pas servi à faire redémarrer l’investissement productif. Cet argent n’a fait qu’alimenter une nouvelle bulle spéculative sur les marchés financiers d’action [Marx expliquait dans Le Capital que ce qui guide les marchés d’action, c’est la différence entre le taux de profit général et les taux d’intérêt. Ces politiques des banques centrales ont fait fortement augmenter les prix des titres sur les marchés d’action. En effet, les faibles taux d’intérêts ont accru l’écart entre les profits réalisés en achetant des actions et le coût (très faible) du fait d’emprunter pour le faire. La spéculation est alors repartie de plus belle] et d’obligation qui sont repartis fortement « à la hausse » (voir graphique ci-dessous) comme avant la crise des subprimes :

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Une régulation bancaire contournée par la « finance de l’ombre »

Un troisième « remède » a été utilisé pour tenter de résoudre la crise : le levier réglementaire. Sous l’impulsion du G20 ont été signé en 2010 les accords de Bâle III, qui sont censés réguler les activités bancaires. Entre autres, ces accords imposent aux banques une augmentation de leurs ratios de fonds propres minimaux obligatoire (il passe de 8,5% à 10,5% si on totalise les différents ratios qui sont appliqués aux différents types d’actifs détenus), c’est-à-dire l’obligation pour les banques de détenir une somme minimale d’argent disponible (« liquidités ») dans leur propre coffre en proportion des actifs qu’ils détiennent, afin de pouvoir faire face à un manque de liquidités en cas de crise.

D’une part, on peut affirmer que cette nouvelle régulation n’empêchera pas les faillites bancaires en cas de nouvelle crise financière, car les variations des bilans bancaires en temps de crise sont de l’ordre 18% à 25%, bien au-delà des 10,5% de fonds propres minimaux obligatoires.

D’autre part, la régulation bancaire est aisément contournée par les banques, qui ont transféré une grande partie de leurs activités dans le secteur de la « finance de l’ombre » (en anglais « shadow banking »), qui désigne un ensemble « d’institutions financières qui prêtent et empruntent de l’argent sans être des banques traditionnelles, échappant ainsi à la régulation bancaire. Les gros bras de ce secteur sont les fonds spéculatifs, les fonds monétaires, les trusts d’investissement immobilier, les courtiers et les véhicules de financement structuré. »[Joseph Choonara, « L’économie politique d’une longue dépression », 2018. Initialement publié dans la revue International Socialism, traduit de l’anglais par le groupe A2C : https://autonomiedeclasse.wordpress.com/2018/05/16/leconomie-politique-dune-longue-depression/]

Le marxiste britannique Joseph Choonara explique qu’« au moment de la crise, la finance de l’ombre, mesurée par ses biens financiers, était probablement plus grande que le secteur bancaire traditionnel dans les économies avancées du nord. La finance de l’ombre fut affectée par la crise, mais elle a retrouvé son rythme de croisière en 2011, et sa valeur totale en 2016 était bien plus importante que sa valeur d’avant la crise » [ibidem], comme le graphique ci-dessous le montre :

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Par conséquent, les mêmes « remèdes » apportés par les gouvernements bourgeois et les institutions financières internationales à la crise de 2008 préparent en réalité les conditions de la prochaine crise financière. Aussi, tous les leviers de régulation permettant de limiter les effets de la prochaine crise, faute de pouvoir éviter cette dernière, semble avoir été épuisés.

La situation actuelle

De mi 2016 à 2018 : une « reprise » en trompe l’œil

Début 2018, de nombreux commentateurs et économistes prévoyaient que l’année 2018 serait celle de la « reprise » de la croissance économique mondiale, avec un taux de croissance mondial qui a effectivement dépassé la barre des 3% en 2017 (ce qui n’était pas arrivé depuis 2010 avec croissance qui avait suivi les plans de relance d’urgence), atteignant ensuite 3,7% en 2018. Mais cet optimisme était trompeur : d’une part, le taux de croissance mondial pas retrouvé ses niveaux d’avant la crise de 2007-2008. D’autre part, cette soi-disant « reprise » était fondée sur des bases très temporaires et fragiles

Selon le marxiste américain Michael Roberts, la « reprise » de la mi 2016 à 2018 il ne s’agirait que d’un cycle court (cycle « Kitchin », qui peut durer de quelques mois à deux ans) indépendant des taux de profits, concernant la variation des stocks et les fonds de roulement (qui servent à reproduire le cycle d’exploitation capitaliste en achetant les matières premières et en payant les salaires) : le secteur capitaliste peut ainsi croître à court terme sans qu’il n’y ait d’augmentation significative d’investissements en capital fixe (machines, bâtiments…), mais uniquement via une augmentation des stocks et donc de l’utilisation des capacités de production, mais rapidement, les stocks deviennent trop importants par rapport à la demande, et les capitalistes ralentissent la production pour écouler les stocks, et le taux de croissance repart donc à la baisse.

Lorsqu’on regarde par exemple le cas des Etats-Unis, cette « reprise » (4,2% de croissance au deuxième trimestre 2018) s’est essentiellement appuyée sur des baisses d’impôts sur les sociétés qui ont permis de restaurer à court terme les taux de profit des entreprises américaines, et des programmes de dépenses publiques dans les infrastructures et dans l’équipement militaire qui accroissent la dette des Etats-Unis.

L’optimisme des commentateurs bourgeois fut de courte durée, car aujourd’hui ce cycle court touche à sa fin. Le FMI a revu ses prévisions de croissance à la baisse pour 2019, et la tendance a déjà commencé s’inverser (voir le graphique ci-dessous).

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Plus que jamais, la suraccumulation de capital

Le système capitaliste dans son ensemble est aujourd’hui plus que jamais caractérisé par un phénomène de suraccumulation de capital, où trop peu de plus-value est réalisée par rapport au capital investi (le taux de profit est faible), ce qui pousse à l’endettement. Aussi, les investisseurs délaissent alors la production de marchandises et préfèrent, comme nous l’avons vu, les opérations financières.

Voilà pourquoi l’endettement mondial explose : la dette est aujourd’hui utilisée comme palliatif à l’utilisation improductive de la masse des capitaux en circulation et pour maintenir la production dans un contexte de sous-consommation, sous-consommation elle-même générée par l’intensification de l’exploitation des travailleurs-ses pour répondre à la baisse des taux de profit. Ainsi, la dette grandit sur les contradictions du système capitaliste, elle en est une des expressions.

Certains Etats (comme on l’a vu avec les Etats-Unis) s’endettent pour soutenir artificiellement l’investissement par la dépense publique, car ils ne peuvent pas les financer par un prélèvement sur la plus-value (par l’impôt sur les sociétés par exemple) qui ferait encore plus baisser le taux de profit et donc la capacité des entreprises à se maintenir dans la concurrence internationale.

Les taux d’intérêts restant très bas, les entreprises s’endettent facilement, non pas pour faire des investissements productifs conséquents, mais surtout pour racheter leurs propres actions, afin d’en faire augmenter le cours.

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Sur ce graphique (voir ci-dessus) représentant l’utilisation de leurs liquidités des 500 entreprises américaines les mieux cotées en bourse aujourd’hui, on voit qu’elles consacrent une part toujours plus grande de leur argent disponible (le profit réalisé ou les liquidités obtenues par l’endettement) à cette pratique (la fraction « buybacks » sur le graphique) ou à la rémunération des actionnaires (« dividends »), au détriment des investissements productifs (« capital expenditures » et « research and development »).

Dans certains pays comme en Afrique du Sud, les ménages s’endettent fortement car le crédit à la consommation est utilisé pour soutenir artificiellement leur consommation, alimentant alors de nouvelles bulles spéculatives.

Avant la crise de 2008, l’endettement mondial a énormément (entreprises, ménages, Etats) augmenté, et depuis la crise de 2008, il augmente plus vite que la production mondiale [voir graphique]. Il a atteint aujourd’hui 225% du PIB, autrement dit il y a en valeur 2,25 fois plus de dette en circulation que la valeur du PIB, qui est un indicateur que l’on pourrait associer à la valeur de la production réelle mais qui comptabilise lui-même des valeurs fictives.

Le « dilemme » des taux d’intérêt directeurs : des banques centrales impuissantes.

Pour limiter cette suraccumulation de capital, les mêmes banques centrales qui ont inondé les marchés financiers de liquidités monétaires en abaissant leurs taux directeurs à des niveaux proches de zéro et en pratiquant des politiques de quantitative easing cherchent aujourd’hui à « normaliser » leur politique, autrement dit à remonter leurs taux directeurs pour enrayer la création de bulles spéculatives.

Le problème c’est qu’avec leur politique – voir plus haut – les banques centrales ont réenclenché une dynamique de spéculation boursière qu’il ne semble plus possible d’arrêter. Les banquiers centraux sont conscients que s’ils remontent leurs taux directeurs, les taux d’intérêt vont augmenter, et donc il sera plus coûteux d’emprunter de l’argent pour spéculer sur les marchés financiers, ce qui pourrait déclencher une énorme panique financière entraînant un nouveau krach.

A partir de 2016, la banque centrale américaine a commencé à relever son taux directeur, prudemment, à coups de 0,25% (voir graphique ci-dessous) :

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Mais c’est bien la crainte d’un relèvement significatif des taux d’intérêts qui a provoqué la chute brutale du marché d’action américain (le « Dow Jones ») en février 2018. Le Dow Jones a subi une nouvelle chute brutale en octobre dernier, après laquelle Donald Trump a affirmé que « la Fed est devenue dingue », tandis que Steven Mnuchin, secrétaire du Trésor américain nous explique que : « Les marchés montent. Les marchés descendent. Je vois cela comme une correction normale. »

Ce n’est en réalité ni dû à une « correction normale », ni à une Fed qui serait « devenue dingue ». Il s’agit là de soubresauts révélateurs du caractère artificiel des hausses de cours observées ces dernières années, et de la maturité des conditions d’une nouvelle crise financière qui pourrait entraîner une purge dont on ne saurait pas jusqu’où elle pourrait aller. Face à cela les banques centrales sont impuissantes : soient elles relèvent leur taux directeur et font alors éclater la bulle, soit elles le maintiennent bas et continuent alors à l’alimenter jusqu’à ce qu’elle éclate d’elle-même.

Cet endettement, facilité par les banques centrales, fait se proliférer de plus en plus d’entreprises « zombies », c’est-à-dire des entreprises qui sans cet endettement et/ou des aides de l’Etat, ne survivrai pas à la concurrence acharnée sur le marché. Selon un récent rapport de l’OCDE, les firmes zombie ont tendance à être des entreprises plus grandes et plus anciennes, ce qui pourrait signifier que ce sont celles qui ont le plus de chances de recevoir une aide de l’état. Le rapport estime que 7.5% du capital au Royaume-Uni est investi dans des firmes zombie, et le taux grimpe à 19% pour l’Italie.

Aux Etats-Unis, la remontée des taux directeurs a aussi pour effet d’entraîner la faillite d’un certain nombre des entreprises zombies. Les faillites d’entreprises à une échelle mondiale ont atteint des en 2016 des sommets jamais vus depuis 2008 (voir graphique ci-dessous). Ce palmarès est dominé par les faillites d’entreprises américaines.

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Les pays « émergents » n’échappent pas à la crise

Après la grande crise de 2007-2008, les pays capitalistes dits « émergents » (Brésil, Argentine, Turquie, Chine, Afrique du Sud, Russie, etc.) étaient présentés comme les futurs moteurs du capitalisme financier mondialisé dans un contexte international de stagnation de la production.

Abreuvés d’argent bon marché distribué par les banques centrales des pays capitalistes avancés à relancer l’activité par le crédit bancaire après le krach, les capitalistes financiers se sont en fait empressés d’acheter toutes sortes de titres de propriété ou de créance (actions, obligations…) dans des pays où le capital circule assez librement comme le Brésil, l’Argentine, l’Afrique du Sud, la Russie et la Turquie. Échangeant des dollars contre les monnaies de ces pays pour acheter ces titres, ils ont fait monter le cours de ces monnaies (voir graphique ci-dessous), ce qui a pénalisé les exportations. (Si par exemple le taux de change en dollar du réal brésilien est au départ de 1 réal = 1,25 dollar (soit 1 dollar = 0,8 réal) et qu’il passe à 1 réal = 1,40 dollars (soit 1 dollar = 0,71 réal), le réal s’est apprécié (son cours a monté). En conséquence, les exportations brésiliennes vers les États-Unis seront moins compétitives, car un importateur nord-américain qui pouvait acheter avec 100 dollars pour 80 réaux de marchandises brésiliennes après avoir converti sa monnaie ne peut désormais en acheter que pour 71 réaux. Inversement, lorsque son cours baisse, passant à 1 réal = 1,10 dollar (soit 1 dollar = 0,90 réal), on parle de dépréciation, et dans ce cas les exportations Brésil sont plus compétitives mais ses importations sont rendues plus chères)

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Ces capitaux sont essentiellement fictifs : la profitabilité des investissements déclinant également dans la sphère productive de ces pays, ils préfèrent spéculer sur les marchés financiers locaux, plutôt que d’investir dans la recherche ou les infrastructures. Mais 10 ans plus tard, les moteurs s’enrayent.

Comme l’avait montré la « crise asiatique » en 1997, ils sont prêts à fuir brutalement lorsqu’ils anticipent que la tendance peut s’inverser. La Turquie et l’Argentine ont été les premières à céder en 2018. Avec le durcissement de la politique monétaire de la FED (Banque centrale US), les taux d’intérêt et donc l’attractivité des titres US (relativement à celle des autres titres) ont augmenté. Les capitaux spéculatifs ont effectué un retour brutal vers les États-Unis. Les capitalistes vendent alors leurs titres financiers, récupèrent l’argent et le convertissent en dollar sur le marché des changes pour ensuite pouvoir racheter des titres US, ce qui provoque la dépréciation des monnaies des pays émergents. Entre janvier et septembre 2018, la valeur du peso argentin par rapport au dollar, mesurée par le taux de change, a chuté de plus de 50 % (voir graphique ci-dessous).

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Au mois d’août, l’annonce par Trump de son intention de taxer les importations d’aluminium et d’acier turcs a déclenché la panique sur les marchés financiers turcs et la fuite des capitaux : la valeur en dollar de la livre turque s’est effondrée de 14 % à la mi-août, et au total de 30 % depuis début 2018.

Les pays capitalistes « émergents », dont l’« émergence » est de plus en plus remise en cause par la guerre commerciale en cours, n’échapperont pas aux contradictions du capitalisme mondialisé. La Turquie et l’Argentine sont peut-être les premiers dominos tombés d’une série plus longue : surendettés également, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Mexique sont désormais menacés par la récession.

Le cas de la Chine

Phénomène plus significatif encore, l’économie chinoise, dont le taux de profit chute fortement et dont la croissance ralentit depuis peu, est aujourd’hui en proie à une bulle du crédit (surtout immobilier) sans précédent, que le krach chinois de 2015 n’avait pas totalement purgé. Il y a ainsi aujourd’hui en Chine en quantité de « villes fantôme », comme celle d’Ordos dans la Mongolie intérieure. Construite entre 2005 et 2010, cette ville d’une capacité d’accueil d’un million de personnes, ne comptait encore en 2014 qu’environ 100 000 habitants.

Le capitalisme chinois dépend beaucoup des exportations vers les pays occidentaux (les exportations de la Chine représentaient 30% du PIB en 2005, or la consommation des masses dans ces derniers pays baisse du fait de l’application des politiques d’austérité. Aussi, la consommation intérieure n’augmente pas au même rythme que la production du fait de faibles salaires, bien que ces derniers aient un peu augmenté dans le secteur formel ces dix dernières années sous l’effet d’une intensification de la lutte des classes : depuis 2006, le nombre de conflits du travail recensés en Chine a considérablement augmenté (voir graphique ci-dessous), ce qui a poussé les entreprises d’Etat et les multinationales à concéder des augmentations de salaires pour acheter la paix sociale.

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On observe alors aujourd’hui en Chine des « surcapacités de production », c’est-à-dire que certaines entreprises n’utilisent pas pleinement les machines et équipements existants dans les usines. Malgré, ça on trouve aussi des phénomènes de surproduction : certains secteurs ont un stock de marchandises excédentaire qu’elles n’arrivent pas à vendre sur le marché. Par exemple, en 2012 la capacité de production du secteur de l’acier chinois dépassait aujourd’hui la demande de 120 millions de tonnes (ce qui représente la production réelle du deuxième producteur mondial d’acier, le Japon). La même année, la production automobile de la Chine était de 18 millions de véhicules, sur ces 18 millions, 2 millions de véhicules neufs restaient à stagner sur des parkings. L’Etat chinois cherche alors à doper la consommation intérieure, mais cela ne peut se faire qu’au prix de hausses significatives des salaires ou de prélèvements sur le capital qui provoquent des délocalisations, qui d’ailleurs ont déjà commencé (implantation d’industries chinoises dans certains pays sous-développés d’Afrique subsaharienne ou d’Asie du Sud-est). L’appareil productif chinois est alors confronté à de graves difficultés qui sont le symptôme des contractions du système capitaliste chinois, accentuées par la crise mondiale de 2007-2008. Tout mène donc à penser que l’économie chinoise est menacée par un atterrissage brutal, ou en tout cas qu’elle n’échapperait pas à une nouvelle crise financière mondiale dont les conditions semblent réunies.  

Vers une nouvelle crise : la purge financière inévitable

L’histoire du capitalisme a montré que seules les crises permettent « purger » la suraccumulation de capital : par la faillite de nombreuses entreprises (dévalorisation des moyens de production, qui peuvent être rachetés à bas coût par d'autres grands capitalistes, pour qui le capital constant pèsera donc moins sur le taux de profit) et par la pression sur le salariat (dévalorisation du capital variable).

Mais dans le capitalisme actuel des grands monopoles, les capitaux sont très centralisés, et la faillite de grandes entreprises ou de grandes banques terrifie la classe capitaliste (too big to fail). Et comme nous l’avons vu, ces faillites ont été en grande partie empêchées par des renflouements massifs après 2008. Nous voyons que d’une part la crise de 2008 n’a pas permis la purge nécessaire à un rehaussement des taux de profit et de l’investissement productif, et que d’autre part les « remèdes » apportés ne font qu’accentuer les contradictions qui mèneront inévitablement à l’éclatement (on ne peut vraiment prévoir par quel bout : marchés d’action, monnaies émergentes, dette…) d’une nouvelle crise qui pourrait cette fois entraîner l’économie mondiale dans une récession mondiale d’une violence telle que nous ne l’avons jamais vécue depuis les années 1930, qui accentuerait la tendance actuelle à l’intensification des tensions entre grandes puissances impérialistes.

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