Gemalto – La fin de Gemplus dépouillé par la CIA

12 déc 2017 - Anti-K 

Le spécialiste français de la sécurité numérique Gemalto aurait été piraté par les agences de renseignement américaine et britannique, la NSA et le GCHQ. afp.com/Gerard Julien

LR: Au delà de cette opération classique de fusion-acquisition qui aboutira à la disparition de Gemalto, on ne peut pas ne pas évoquer la saga Gemplus qui constituerait le scénario d’un sulfureux film mêlant hautes technologies, cryptage des données et espionnage industriel. Il faut se souvenir que cette « pépite » technologique française a été  abandonnée par l’Etat et a pu être siphonné à l’insu de son plein gré, par la société américaine Texas Pacific Group avec en sous-main In-Q-Tel, un fonds de capital-risque créé par la CIA, confirmant la volonté de l’agence américaine de contrôler la cryptologie (brevets, transfert de technologie) mise en œuvre dans les cartes à puces, sans verser les royalties qui revenaient à ses inventeurs. Tout est presque dit dans l’article de Wikipédia ci-dessous.

La Tribune de Genève, le 12/12/2017

Atos veut s’offrir Gemalto pour créer un géant

Le groupe informatique français ambitionne de devenir un poids lourd mondial en acquérant son compatriote Gemalto.

Le groupe informatique français Atos a dévoilé lundi une offre par laquelle il propose d’acquérir son compatriote Gemalto, pour 4,3 milliards d’euros (5 milliards de francs). Le but est de créer «un leader mondial en cybersécurité, technologies et services numériques».

«Nous proposons d’acquérir l’intégralité de Gemalto de façon amicale pour 46 euros par action», a annoncé le directeur général d’Atos Thierry Breton lundi soir. Cette offre représente une prime de 42% sur le cours de bourse du groupe du 8 décembre, a souligné Atos dans un communiqué.

L’acquisition doit s’effectuer «intégralement en numéraire en s’appuyant sur la trésorerie existante d’Atos et sur un emprunt ayant fait l’objet d’engagements fermes», précise le texte. Atos a remis son offre au conseil d’administration de Gemalto le 28 novembre 2017.

Gemalto «réfléchit» à l’opération, a indiqué Thierry Breton.

De loin le premier acteur

Cette opération allierait Atos, un groupe de plus de 100’000 salariés, à Gemalto, qui compte quelque 15’000 collaborateurs. Cette nouvelle entité serait «de loin le premier acteur européen» sur les marchés du paiement ou de la cybersécurité, et permettrait «un large potentiel de synergies» dans ces métiers, a fait valoir le patron d’Atos. Si le rapprochement se concrétise, ce nouvel acteur pourra aussi servir tous les publics, aussi bien privés que publics, a-t-il insisté.

Autant Atos a montré une dynamique positive cette année, en révisant à la hausse ses objectifs financiers au troisième trimestre, autant Gemalto connaît des difficultés avec notamment l’annonce d’un plan de suppression de 288 emplois en novembre. Atos a vu l’an dernier son bénéfice net progresser de 39,6% à 567 millions d’euros, et son chiffre d’affaires de 9,7% à 11,717 milliards.

Gemalto a en revanche déçu les investisseurs avec une série d’avertissements sur ses résultats cette année. Il a en effet subi un trou d’air après la conversion tardive des Etats-Unis aux cartes à puce, les nombreux intervenants croulant sous les stocks. Or, le pays représente près du quart du marché mondial.

Ses ventes de cartes de téléphonie SIM sont aussi en baisse alors que ce marché ne croît plus en volume et décroît en valeur. Gemalto a dégagé un chiffre d’affaires de 3,13 milliards d’euros en 2016 pour un bénéfice net de 266,9 millions d’euros. (ats/nxp)

Créé: 12.12.2017


Gemplus international

 

Gemplus international1 était une entreprise française de fabrication de carte à puce. Elle a fusionné avec Axalto le 2 juin 2006 pour former le groupe Gemalto.

Gemplus est considéré comme un véritable cas d’école en matière de guerre économique moderne et d’intelligence économique.

L’entreprise, numéro un mondial de la carte à puce devant SchlumbergerSemaOberthur Card Systems et Giesecke & Devrient est victime d’un espionnage économique intense puis d’une prise de contrôle par les services de renseignement américains.

Sommaire

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Histoire

En 1996, Gemplus développe le premier lecteur portable de cartes capable de traiter des données à partir d’une matrice de diodes associée à une optique, fabriquée par Motorola, et du système d’exploitation Oros2.

En 1988, six ingénieurs — dont Marc Lassus, futur directeur de Gemplus, Daniel Legal , Philippe Maes, Jean-Pierre Gloton,Gilles Lisimaque  — quittent Thomson-CSF pour tenter l’aventure de la carte à puce. Grâce à 100 millions de Francs d’aides publiques et d’importantes commandes de France Telecom pour ses cartes téléphoniques, ils fondent l’entreprise Gem qui connaît une forte croissance (40 % par an)3.

Le savoir-faire de Gemplus intéresse grandement les services américains 4,5. En 2000, Marc Lassus accepte l’entrée de Texas Pacific Group (TPG) dans le capital de son entreprise à hauteur de 26 %, payés 550 millions de dollars. Lassus pensait que TPG allait l’aider à conquérir le marché américain et à entrer en Bourse. Ce fonds d’investissement américain avait auparavant été refusé deux fois par Daniel Le Gal, directeur général de Gemplus. TPG obtient en échange le droit de nommer la majorité des membres du conseil d’administration et de transférer le siège de l’entreprise au Luxembourg, la société s’appelant désormais Gemplus international6. Progressivement, la plupart des fondateurs historiques de Gemplus quittent l’entreprise3.

En août 2002, alors que les plans sociaux se succèdent et qu’une guerre entre les actionnaires historiques et TPG a lieu depuis plusieurs mois, le conseil d’administration de Gemplus international nomme à sa tête Alex J. Mandl, administrateur de In-Q-Tel, le fonds de capital-risque créé par la CIA, confirmant la volonté de l’agence américaine de contrôler la cryptologie (brevets, transfert de technologie) mise en œuvre dans les cartes à puces7.

Le 19 décembre 2002, Marc Lassus, ancien président fondateur de Gemplus, démissionne du conseil d’administration, de même que son allié Ziad Takieddine. Cette annonce intervient juste avant un vote de l’assemblée générale extraordinaire du groupe. La direction demandait la révocation des deux administrateurs, accusant Marc Lassus de ne pouvoir rembourser un prêt de 78 millions d’euros de stock-options accordé par la société lors de sa mise en bourse, et reprochant à Takieddine d’avoir critiqué des décisions prises au sein du conseil8. Ces démissions sont en fait une manœuvre d’In-Q-Tel pour que les Américains soient seuls maîtres à bord7.

Le 2 juin 2006, Gemplus international fusionne avec Axalto pour former le groupe Gemalto9.

En 2009, l’État français rachète 8 % de Gemalto via le Fonds stratégique d’investissement, devenant l’actionnaire principal du groupe. Mais il est alors trop tard pour empêcher les Américains d’obtenir les technologies de cryptologie de la carte à puce, comme en témoigne le fait que TPG a revendu ses actions l’année suivante10.

Métiers[modifier | modifier le code]

En 2005, leader mondial des cartes à puce, leader des cartes SIM pour le GSM (55 % du chiffre d’affaires).

Données boursières[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1.  À l’origine Gem, du nom du Parc d’activités de Gémenos, zone d’entreprises défiscalisée dans la banlieue marseillaise où s’est implantée l’entreprise.
  2.  « GEMPLUS, un lecteur portable de cartes » [archive], sur L’usine Nouvelle, 19 décembre 1996
  3. ↑ a et b Nicolas MoinetLes batailles secrètes de la science et de la technologie, Gemplus et autres énigmes, Lavauzelle Editions, 2003, 153 p. (ISBN 2702509479)
  4.  « arme (L’) de l’intelligence économique (n.2864) » [archive], sur La Documentation Francaise, 2004
  5.  « Europe/USA : La guerre économique secrète » [archive]
  6.  Le Monde, « Gemplus victime des déchirements entre ses actionnaires », 5 novembre 2002
  7. ↑ a et b Nicolas Moinet, « Les enseignements de l’affaire Gemplus », L’arme de l’intelligence économique, no 2864,‎ décembre 2004, p. 40-43
  8.  Assemblée Générale des actionnaires de Gemplus du 19 décembre 2002 [archive], Gemalto Press Center
  9.  rapport financier Gemplus 2006 [archive]
  10.  Patrick Pesnot, « L’affaire Gemplus », émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 10 novembre 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Gemalto : nouveau nom après fusion Site officiel [archive] de Gemalto
  • L’émission Lundi investigation consacre un reportage à la prise de pouvoir du groupe Texas Pacific dans la société lors de leur émission spéciale « La guerre économique »

Liens externes[modifier | modifier le code]

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