Trois positions et une rupture dans FO face aux ordonnances de Macron

Symptômes des évolutions et recompositions en cours et à venir dans le monde syndical... voire plus loin.

Emmanuel Macron et Jean-Claude Mailly, en marche

14  juillet  2017- Jean Gersin et Jacques Casting, à partir de l'article de "Arguments pour la lutte sociale" que l'ont peut consulter ici .

Le dirigeant de FO, Jean-Claude Mailly, gère conjointement avec le gouvernement d’Edouard Philippe et la présidence de Macron, la «négociation» sociale qui est la clé du quinquennat présidentiel, une offensive violente contre le monde du travail.

Le soutien ouvert de FO qui s'ajoute à celui plus traditionnel de la CFDT est un changement important par rapport aux années précédentes surtout dans ce moment d'attaques profondes contre le droit de travail, les conquis sociaux et plus généralement le monde du travail, dessinant ainsi l'aube d'une société à venir très différente de celle qu'on connaît depuis des décennies. Mais de ce fait, l’opposition à la contre-réforme Macron a développé  une contestation importante et ouverte au sein de FO ; une contestation qu'on ne trouve pas qu'à FO mais à des échelons différents dans un ensemble syndical qui va de l’UNSA à la CGT en passant par l’Union syndicale Solidaires.

L’issue de ces tensions ou de ces affrontements au sein des structures syndicales dépendra de l'ampleur de la mobilisation sociale et en même temps de la capacité ou non de Macron a liquider totalement ou partiellement la politique sociale et syndicale  - et ses conséquences dans les restrictions des libertés - qui prévaut depuis les lendemains de la seconde guerre mondiale. Cette recomposition prendra des formes diverses suivant les rapports de force ; il pourrait y avoir en premier lieu la possibilité d'une constitution d’un bloc ou front social lutte de classe plus ou moins important regroupant les oppositions, ou alors - ou en même temps - d'une recomposition avec et autour d'une nouvelle gauche institutionnelle représentée par Mélenchon ou encore d'un maintien branlant de l'actuel en même temps qu'effondrement pur et simple plus ou moins rapide. 

En ce sens, la description des différenciations en cours au sein de FO sont utiles pour comprendre les évolutions à venir.  

Jean-Claude Mailly qui accepte de fait et sans combattre, un rapport de force détérioré, essaie de faire croire qu’une vraie négociation se déroule actuellement avec le gouvernement où il serait, selon lui, entendu. Pour ce qu'il a révélé à la presse, il accepte que la hiérarchie des normes soit mise en cause plus largement en obtenant seulement des concessions à la marge. Il minimise l'impact des «CDI de projet» sur la situation sociale et le droit du travail et accepte encore les mesures de barème prud’homal et de liquidation du pouvoir des CHSCT. Au final, bien sûr, il assure qu'il ne se déterminera qu'en voyant le contenu réel des ordonnances ! Plus précisément, il faudrait dire, en fonction des réactions populaires comme au sein de FO.

Car cette tentative d’accrocher FO au char gouvernemental produit une opposition montante parmi les syndicats et les militants. Ça l'avait déjà amené à désavouer en juin les Union Départementales qui, comme à Paris, ont manifesté fin juin aux côtés de la CGT, de la FSU et de Solidaires en parlant d’initiatives «isolées» (alors que ces UD étaient les plus nombreuses). 

Ces structures affichaient clairement l’exigence de retrait des ordonnances Macron tout en maintenant celle d’abrogation de la loi El Khomri ; elles exigeaient que Mailly cesse de raconter des fadaises sur le dialogue social au sommet et qu'il fallait préparer la grève unitaire et totale pour le 12 septembre. Enfin elles demandaient un CCN (Comité Confédéral National qui se tiendra théoriquement fin septembre) tout de suite pour  débattre de cela et ne pas laisser Mailly décider tout seul sans mandat. 

La Fédération des Transports et de la Logistique ainsi que l’UD du Finistère avec sa nouvelle secrétaire départementale  issue de la lutte des usines Doux,  appellent au 12 septembre.

Le Canard Enchainé affirme que toutes les UD de Bretagne, ainsi que celles de la Manche, de Loire-Atlantique, du Rhône et de l’outre-mer, ainsi que la Fédération de l’Équipement, sont entrées en contestation, rajoutant que dans d'autres UD, ces questions sont en discussion et qu'enfin d'autres encore qui ne sont pas citées là, avaient aussi adopté des textes de ce genre, ce qui dans la situation actuelle, rend ces contestataires potentiellement majoritaires.

Cependant, si la contestation est globale et majoritaire, il est possible qu'il y ait des différences entre  une ligne plus combative «du Finistère» et deux autres. 

L'une avec l’union régionale Ile-de-France, les UD de Seine-Maritime ou de l’Allier, qui veuille seulement maintenir l’unité constituée contre la loi El Khomri avec la CGT, la FSU et Solidaires alors que cette intersyndicale ne brille pas pour le moment par une forte combativité 

Enfin une troisième avec l’UD de Loire-Atlantique qui aurait une perspective qu'on pourrait appeler "mélenchoniste". Cette UD historiquement a représenté l’opposition dite «anarcho-syndicaliste» aux origines de FO, avant de devenir  la composante «combative» des majorités confédérales, animée par des militants du POI. Cette UD refuse les critiques de Mailly, refuse le mot "retrait" pour les ordonnances Macron et  refuse un CCN extraordinaire mais accepte les autres critiques. Il s'agirait  d'une orientation qui tenterait donc de concilier l'orientation pratique de Mailly avec un discours de surface plus contestataire. Ce qui donnerait le sens de l'attitude Mélenchon (et du POI qui envisage sa rentrée dans FI) vis à vis du mouvement social : une reconstruction du mouvement syndical autour d'une nouvelle gauche institutionnelle représentée par Mélenchon.

On a donc trois grandes orientations : l'une autour d'un Front Social qui fonctionne comme un pôle lutte de classe, une autre avec une recomposition syndicale autour d'une nouvelle gauche institutionnelle mélenchoniste et une troisième qui serait la continuation affaiblie de l'existant glissant vers l'effondrement. 

Ces trois formes qui peuvent coexister un certain temps dessinent de fait les tendances en cours qu'on voit se développer dés aujourd'hui.

 

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Nous reproduisons ci-dessous 2 documents :

  • L’appel de la Fédération Transports et Logistique au 12 septembre,
  • La déclaration de l’UD du Finistère,

Document 1

La Commission Exécutive de la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique FO/UNCPréunie le 29 juin 2017 prend acte de l’élection de Monsieur Emmanuel MACRON, à la Présidence de la République, avec 18.5% des électeurs inscrits au 1er tour, elle prend également acte du résultat des élections législatives avec plus de 50% d’abstention au 1er tour et 57% au 2ème tour.

La CEF (Commission exécutive) fait le constat que l’adhésion au programme du Président MACRON est largement minoritaire soit moins de 2 Français sur 10 dans ce pays.

Donc pour la CEF il est hors de question de détériorer notre Code du Travail, nos Institutions Représentatives du Personnel, la Sécurité Sociale, l’Assurance Chômage, les Retraites, les Régimes spéciaux, les Statuts de la RATP ainsi que ceux de la Fonction Publique.

La CEF s’oppose à la suppression des cotisations chômage ainsi que celles de la sécurité sociale qui conduirait inévitablement à la fin du paritarisme et la privatisation de la sécurité sociale. Tout transfert de cotisations vers la CSG n’est donc pas acceptable pour la CEF.

Pour la CEF, seule la résolution du Comité Confédéral National en date du 7 avril 2017 compte et elle s’applique à toutes et tous : ABROGATION DE LA LOI TRAVAIL.

La CEF rappelle son attachement indéfectible à la Charte d’Amiens, LIBRES ET INDEPENDANTS NOUS SOMMES, LIBRES ET INDEPENDANTS NOUS RESTERONS QUEL QU’EN SOIT LE PRIX.

OUI à une négociation constructive et loyale, NON à une mascarade !

La Commission Exécutive Fédérale appelle à la mobilisation le 12 septembre 2017.

NON AUX ORDONNANCES, NON AU 49.3 SOCIAL.

OUI AU MAINTIEN DES DROITS COLLECTIFS.

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Document 2

APPEL DU 12 SEPTEMBRE 2017

La politique de Macron et de son gouvernement ne vise qu’à détruire les droits collectifs et à imposer la politique du patronat et de la finance : code du travail cet été, assurance chômage à l’automne, retraites en janvier 2018 !

L’UD FO du Finistère n’est pas dupe et dénonce le simulacre de « dialogue social » de Macron qui veut faire passer à coup d’ordonnances une loi de destruction massive des droits des salariés.

Valls, El Khomri, Macron

La loi Travail I El Khomri – Macron inverse la hiérarchie des normes : négociation entreprise par entreprise, à des conditions inférieures à celles des conventions collectives et du code du travail. Ainsi chaque patron impose aux salariés ce qui l’arrange en termes de salaire, majoration des heures supplémentaires, durée légale du travail, contrats… La loi prévoit le recours au référendum patronal, c’est du chantage à l’emploi !

Plus encore, avec la diminution du suivi médical des salariés, c’est marche ou crève !

Dans la continuité de ce processus de destruction massive, Macron a prévu encore d’aggraver la loi Travail I, en plafonnant les indemnités prud’homales, en mettant fin au CDI par le recours aux contrats de chantier, en facilitant les licenciements, en fusionnant les instances représentatives dans les entreprises (CE, DP, CHSCT, Délégués syndicaux).

Et d’autres conquêtes sont dans le viseur du gouvernement :

  • Porter un coup mortel à la sécurité sociale, ancienne conquête ouvrière qui prenait en charge le malade du début de la maladie à sa guérison.
  • Supprimer les retraites par répartition et les régimes particuliers en les fusionnant pour mettre en place un régime universel de retraite par points. Cela entraînerait, selon le Conseil d’orientation des retraites, une baisse drastique du montant des retraites de 30 %, faisant la part belle à la capitalisation et à la finance (banques et assurances).
  • Casser le statut de la fonction publique, poursuivre les suppressions d’emplois des fonctionnaires et ainsi supprimer les uns après les autres tous les services publics de proximité rendus à la population.

Il y a urgence à arrêter cette casse du code du Travail et de toutes les conquêtes ouvrières !

Nous ne lâcherons rien !

Pas plus aujourd’hui qu’hier !

Et encore moins demain !

La mobilisation de l’UD FO du Finistère reste de mise sur la période estivale !

Abrogation des lois El Khomri, Rebsamen, Macron.

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