Haiti au bord du soulèvement général

L’équipe de Jovenel Moïse semble disposée à laisser la république d’Haïti dans un processus d’embrasement, aux conséquences imprévisibles. Telle est la nouvelle donne de la conjoncture politique, une semaine après le début desmobilisations qui réclament la démission de Jovenel Moïse de la présidence.

16 Février 2019 - Collectif Haiti de France

Une réunion en conseil des ministres, le 12 février, n’a pas abordé les conditions de départ du régime. Comme méprisant les revendications exprimées, des consignes auraient été passées pour que les ministres, également contestés, initient des actions dans leurs champs propres. Ce serait l’objectif à poursuivre dans un conseil de gouvernement attendu ce mercredi 13 février.

La position de la présidence traduirait une volonté de s’accrocher au pouvoir, en dépit de la pression de la rue qui s’intensifie depuis le 7 février. Une semaine après le début des manifestations antigouvernementales, aucune réponse institutionnelle n’est donnée à la population. D’aucuns se demandent de quelle manière l’équipe au pouvoir va s’y prendre pour traverser les barricades, érigées un peu partout, et tenter d’appliquer des stratégies de gestion, sérieusement remises en question à partir des émeutes de juillet 2018.

Sur le plan diplomatique, des recommandations auraient été faites pour évacuer les personnels des ambassades et consulats vers d’autres pays comme la Répûblique Dominicaine. Les conditions de sécurité se détériorent de plus en plus. Depuis une semaine, seules les ambulances peuvent globalement circuler. Les habitantscraignent d’éprouver des difficultés de déplacements, en cas de besoins en soins et santé. Des véhicules privés, comme ceux des médias, osent tout de même emprunter des artères spécifiques pour fournir des services d’information, mais aussi partir en quête de produits divers. Les stations d’essence sont fermées en raison du climat de tension et des manifestations antigouvernementales.

L’administration publique est également paralysée, les fonctionnaires ne pouvant pas se rendre dans leurs bureaux. Les banques commerciales restent fermées également. La population s’inquiète des conséquences du « pays locked », un pays totalement fermé, où les conditions d’approvisionnement en biens essentiels à la consommation tendent à devenir problématiques.

Les camions de transports publics et de marchandises ne peuvent plus rouler d’un département à un autre en raison de la montée, parfois violente, de la colère populaire contre la dégradation accélérée des conditions socioéconomiques. Seules les petits commerçants, qui avaient en réserve des provisions, continuent d’alimenter les différents quartiers. Le pain est, malgré tout, accessible, avec des boulangeries établies à proximité des maisons.

Mais l’inquiétude demeure pour les jours à venir, avec des risques de pénurie en divers biens, de manque d’argent, en eau potable et eau courante, en gaz propane pour les fours de cuisine, en charbon de bois, etc. Les marchés publics ainsi que les supermarchés (market) restent fermés, vu la situation politique. Dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, ainsi que dans plusieurs villes en province, des pneus enflammés, des pierres, des détritus, des carcasses de véhicules et de nombreux objets hétéroclites sont éparpillés dans plusieurs quartiers, rendant difficile la circulation, dans les villes et sur les routes nationales.

À part des taxis-motos, le transport en commun demeure, en grande partie, perturbé sur plusieurs artères de la capitale et en province. En dépit des tentatives de patrouilles policières, pour libérer la voie publique, d’autres barricades sont, à nouveau, installées par des protestataires très déterminés. Les écoles, les grandes et petites entreprises sont globalement paralysées dans la capitale, mais aussi en province, où l’inquiétude continue de gagner une bonne partie de la population. Elle profite des courts moments de répit, dans le mouvement de protestations, pour se ravitailler en produits divers comme le pain.

Des milliers de personnes réparties en plusieurs groupes continuent de réclamer dans les rues, la fin du système Tèt kale deJoseph Michel Martelly et de Jovenel Moïse.

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