Pourquoi "l'inversion de la courbe des taux" provoque une panique ?

Certains économistes se sont faits une fâcheuse réputation: celle d'avoir prévu 5 récessions sur les deux qui ont eu lieu...Mais là, ils sont très nombreux à être d'accord: la récession arrive, annoncée par "l'inversion de la courbe des taux". Mais d'abord, de quoi parle-t-on ?

16 Août 2019.

En principe, ou plutôt en période "calme", les taux d’intérêt s’élèvent de façon régulière au fur et à mesure que l’échéance du titre s’éloigne. En effet, plus la date de remboursement de l'emprunt par l'Etat est lointaine, plus le risque de défaut de paiement est élevé, tout comme le risque d'inflation. Les investisseurs exigent donc une "prime de risque" plus élevée pour une échéance de 10, 20 ou 30 ans que pour une échéance courte, de deux ans par exemple. Notez que ceci s'observe aussi pour les taux d’intérêt sur des crédits immobiliers. Ils sont plus faibles pour un emprunt à 10 ans qu'à 20 ans.

Ce risque est très variable selon les pays. Il fait l'objet des notations émises par des sociétés privées spécialisées dans leur évaluation, les agences de notation. Elles évaluent le risque d'emprunt des obligations d'Etat mais aussi des entreprises, lequel est en général plus élevé que celui des Etats, le défaut de paiement des Etats restant exceptionnel. Les Etats disposent de sujets auxquels ils imposent par la force des politiques d'austérité pour garantir le transfert de richesse vers les investisseurs.

C’est la raison pour laquelle on peut représenter comme suit la courbe des obligations les plus risquées, celles des grandes entreprises, et celles moins risquées des Etats des pays les plus développés.

Courbe des taux en fonction du risque

L'inversion de cette courbe s'est produite aux Etats-Unis ce mercredi 14 Août, quand le taux à 10 ans des obligations d'Etat (Treasuries) est descendu juste sous celui du taux à 2 ans, autour de 1,62%. Le taux de l'emprunt à 30 ans est lui tombé à son plus bas niveau historique, à 2,013%.

D'où une panique sur les marchés et une nouvelle attaque de Donald Trump reprochant à la FED de ne pas baisser le taux d'intérêt  pour empêcher ce qu'il a décrit dans un tweet comme un  « CRAZY INVERTED YIELD CURVE ! » ("folle courbe de taux inversée"). Ce même jour, la banque centrale américaine (FED) a annoncé une série de mesures pour stimuler la croissance: pas de remontée du et fin en septembre de l'opération de réduction de son son bilan.

La FED, tout comme les investisseurs ont paniqué devant le bouleversement de la hiérarchie des taux car c'est un indicateur de récession à venir. Les cinq dernières fois que le taux à 10 ans est passé sous le taux à 2 ans - 1978, 1980, 1989, 2000 et 2006 -, la récession a suivi. 

En fait, si les investisseurs et la plupart des gestionnaires de fonds sont très inquiets, ce n'est pas seulement à cause de cet indicateur, qui ne fait que refléter le pessimisme des investisseurs, c'est à cause du cumul des mauvaises nouvelles, décrites dans un précédent billet  ("La crise qui vient, laquelle et quand ?). Voir également ce billet d'hier: Robert Brenner: Les raisons des turbulences économiques.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.