"La beauté, c'est le courage" : Gérard Mordillat rend hommage aux femmes

Gérard Mordillat a écrit un texte sur la beauté des femmes, en réaction aux fantasmes d'un certain mâle de plus de cinquante ans...

Publié le lundi 14 janvier 2019 par France Inter

Gérard MordillatGérard Mordillat © Sipa / Joël Saget

Dans le magazine culturel de France Inter Boomerang, l'invité a carte blanche pour quelques minutes en direct à l'antenne : la liberté de parler d'un sujet, d'un auteur, d'une oeuvre qui lui tient à cœur. Gérard Mordillat a choisi de rendre hommage aux femmes... 

Le texte inédit de Gérard Mordillat dans "Boomerang"

Gérard Mordillat : "Arthur Adamov écrivait : « Lorsque je vois deux femmes ensemble, je regarde toujours la plus laide. » Quand je vois deux femmes ensemble, moi, je regarde l'une et l'autre. Qu'elle soit jeune, qu'elle ne le soit plus, qu'un sein soit trop petit ou trop gros, une jambe trop forte ou trop maigre, un ventre rebondi ou plat, une mèche trop courte, une tignasse ébouriffée, couleur d'ébène ou teint de rose... La laideur n'existe pas pour moi.

Quand je vois deux femmes ensemble, celle que je regarde a toujours beau visage et l'amour au corps à corps rend justice à toutes. 

La beauté qui me transporte n'est pas celle des magazines, elle est celle du courage, de l'abnégation, de l'endurance des femmes qui, au quotidien, se battent pour le bien commun quitte à renoncer au confort bourgeois du petit monde pour soi, à la vie de famille, au salaire qui leur est dû. Les aides-soignantes, les femmes de service, les infirmières, les institutrices, celles qui travaillent dans les EHPAD, les dispensaires, les indemnisés, les invisibles qui portent secours aux plus démunis, aux déclassés, aux égarés, aux migrants, ou tout simplement celles qui ont charge de famille et qui supportent le sort qui leur est fait sans en appeler au ciel. 

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C'est ce courage de chaque jour qui illumine les femmes d'une incomparable beauté. Leur audace d'aller à Versailles chercher le roi en octobre 1789, à monter sur les barricades pendant la Commune, à occuper les usines en 1936, à se faire soldates pendant la Guerre d'Espagne, à résister pendant la Guerre 1939 - 1945. À ne jamais renoncer, voilà. 

Comme en 1968, aujourd'hui, la beauté est dans la rue.

Quelques femmes dans la vie de Gérard Mordillat

Au micro d'Augustin Trapenard dans Boomerang, Gérard Mordillat explique qu'il a une sensibilité qui le rapproche des femmes. "Mes amitiés littéraires ont toujours été des amitiés féminines" déclare-t-il, évoquant Béatrix Beck, Christiane Rochefort, Marguerite Duras (dont il a publié L'été 80 dans Libération), Nathalie Sarraute, Annie Ernaux... 

Il raconte aussi qu'enfant, il a été élevé par deux mères : sa mère et sa tante. "Je faisais la semaine avec ma mère et le week-end avec ma tante. C'était deux personnalités tout à fait différentes : autant ma mère avait des côtés sombres et mélancoliques, elle avait eu une vie très difficile et en portait les stigmates, autant ma tante avait toujours un élan qui la portait vers la rigolade, la promenade, faire des choses extravagantes... "

"La beauté, c'est le courage"

Au micro d'Augustin Trapenard, Gérard Mordillat s'agace que le courage, aujourd'hui, ne soit pas du tout récompensé. Il cite le paradoxe extraordinaire dénoncé par l'anthropologue et économiste américain David Graeber : "les gens qui sont le plus utiles à la société(parmi celles que je viens de citer : les aides-soigantes, les infirmières, les institutrices...) sont beaucoup moins payés que ceux qui ne servent à rien (dans les conseils d'administration, dans les hiérarchie intermédiaires que le capitaliste a créé). Ceux-là sont payés énormément mais ceux, et celles surtout, qui servent réellement la société, qui nous font vivre, ceux-là, au fond, on les regarde avec mépris, avec condescendance et pire que tout, on a le sentiment de leur faire la charité". 

 

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