Blanquer, Valls, LR, à l’unisson pour instrumentaliser l’émoi populaire

Plusieurs rassemblements se tiendront ce dimanche à 15h à l’appel de plusieurs organisations comme SOS Racisme, la FSU, la CGT-Educ, qui laissent toute perméabilité aux logiques d’union nationale. De LR à LREM, en passant par Valls ou encore Blanquer, un certain nombre d’architectes des inégalités sociales seront présents à République pour instrumentaliser l’émoi.

Source : Damien Bernard -RP

Vendredi, un enseignant a été décapité. Un acte ignoble perpétré par un jeune homme qui aurait souhaité le punir d’avoir montré une caricature de Mahomet en cours. Rapidement, le gouvernement s’est saisi de l’affaire pour appeler à une « union nationale » réactionnaire et rendre un hommage hypocrite aux enseignants. Suite à cela, des rassemblements ont été appelés dans toute la France. A Paris, ce dimanche à 15h à République, un rassemblement se tiendra notamment à l’appel de plusieurs organisations comme SOS Racisme, la FSU, la CGT-Educ, soutenu notamment par Charlie Hebdo.

Depuis l’annonce de ces échéances, ce samedi, il ne s’est pas passé pas une heure sans qu’une nouvelle personnalité politique n’annonce sa participation à ces rassemblements. Comme premier invité de taille, Jean-Michel Blanquer a confirmé sa participation au rassemblement parisien, en sa qualité de ministre de l’Education nationale.

Invité du 20 Heures sur France 2, il en appelé à l’unité du « monde adulte » pour « défendre sans peur et sans reproche la liberté, l’égalité, la fraternité et donc la laïcité ». Des déclarations des plus larmoyantes qui ne peuvent qu’indigner lorsque l’on sait à quel point Blanquer a ouvert la chasse à ce qui refusent de baisser la tête, à l’image des quatre enseignants de Melle sanctionnés pour s’être mobilisés contre la réforme du bac. Mais Blanquer continue à s’enfoncer dans l’hypocrisie, n’hésitant pas à affirmer en guise de conclusion : « Nous devons tous être derrière nos professeurs », confirmant ainsi sa présence au rassemblement prévu dimanche place de la République, à Paris. On se souviendra en ce sens du silence, mais surtout du mépris que le ministre de l’Education avait réservé à Christine Renon après son suicide.

Mais le beau monde ne s’arrête pas là. Sera aussi présente, selon Le Figaro, Marlène Schiappa, la ministre en charge de la Citoyenneté, passé de la défense du féminisme bourgeois à pilier de l’islamophobie d’Etat en tant qu’architecte, avec Gérald Darmanin, de la loi sur le séparatisme. La liste s’est également élargie avec le patron de La République en marche, Stanislas Guerini, qui a indiqué qu’il participerait au rassemblement accompagné de plusieurs députés de la majorité. LREM, mais aussi le MODEM membre de la majorité large gouvernemental comme François Bayrou, président du MoDem, qui participera à un rassemblement à Pau. Christian Jacob, le président de LR, se rendra au rassemblement à Provins dans sa commune, tandis que Olivier Faure, patron du PS, sera à Paris. Cerise sur le gâteau, l’ancien premier ministre Manuel Valls a également confirmé qu’il se rendrait au rassemblement à Paris place de la République. Il ne manque plus que Macron et Le Pen...

Si le rassemblement a été initialement appelé par des syndicats enseignants dont la FSU, rejoint par la gauche politique (LFI, PCF), quel contenu réel peut-il avoir en cherchant, dans une logique d’union nationale, à regrouper jusqu’à nos plus grands ennemis, à savoir les membres du gouvernement, eux-mêmes, architectes de la casse sociale et d’une gestion criminelle de la crise sanitaire, qui pressurent l’Education Nationale où se multiplient le mal-être et les suicides ?

C’est bien cette question qu’il faut poser aux directions syndicales et notamment à la FSU. Et en l’occurrence, c’est bien dans une logique d’unité nationale que la direction du premier syndicat de l’enseignement, la FSU, a appelé à ce rassemblement ce dimanche. Ce samedi, le secrétaire général de la FSU semblait d’ailleurs très satisfait du rendez-vous entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants ce samedi. Interrogé sur France Inter, Benoît Teste explique ainsi : « On a partagé une analyse de la situation. C’était important qu’on ait cette réunion et qu’on puisse échanger autour du besoin de cohésion nationale dans ce moment extrêmement douloureux pour la communauté éducative, avec de l’effroi et aussi de la colère », cautionnant de manière évidente l’opération d’unité nationale que le gouvernement cherche à réitérer.

Ainsi, le gouvernement comme les directions syndicales et la gauche politiques coïncident avec l’unité nationale appelé des vœux même de Macron. C’est cette même opération d’instrumentalisation pour en terminer avec le mouvement des Gilets jaunes que le gouvernement Philippe avait cherché à opérer lors du rassemblement contre le racisme et l’antisémistime le 19 février 2019 à République où se retrouvèrent Edouard Philippe, Hollande ; Dupont-Aignan et Laurent Wauquiez dans un rassemblement… anti-raciste. Face à cette opération d’instrumentation, un rassemblement alternatif à Ménilmontant avait été organisé en opposition à celles et ceux qui cherchent à instrumentaliser l’émoi. Un rassemblement qui avait lieu à l’appel de plusieurs organisations de gauche, dont l’Union juive française pour la paix (UJFP) ou encore le NPA, le comité Vérité et Justice pour Adama, le collectif Rosa Parks. Omar Slaouti du Collectif Rosa Parks y avait alors exprimé que « Nous ne pouvons pas être à République, parce qu’à République, il y a ceux qui structurent les inégalités sociales et les architectes du racisme structurel ».

 

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