Mafia et État ne sont jamais en rivalité

Avec la création de mercenaires au sein même du parti gouvernemental pour aller casser des opposants, la radicalisation de la police, et les cadeaux du président systématiquement dirigés vers le clan des plus riches, la nature Mafieuse de l’État Macroniste se révèle chaque jour de plus en plus visible.

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19 Juillet 2018 - Nantes Révoltée

LA MILICE DE MACRON - A propos de « l'affaire Benalla » -

Paris, le 1er mai dernier. La traditionnelle manifestation se disperse, après avoir été sévèrement réprimée. Au milieu des CRS, deux hommes en civil brutalisent des manifestants. Une jeune femme est violemment attrapée par le cou, un homme est étouffé, et roué de coups au sol. L'agresseur le plus virulent porte un casque appartenant à la police nationale. Pourtant, il n'est pas policier, mais membre de la garde rapprochée d'Emmanuel Macron. Il intervient en tant que « volontaire », en dehors de tout cadre légal, pour casser du manifestant. Cet homme, c'est Alexandre Benalla, et il est au cœur d'une polémique depuis 24H. Il travaille directement à l’Élysée, parmi les plus proches du président. Pour le moment, le gouvernement reste muet, ou présente les faits comme un acte isolé, une erreur. En réalité, il s'agit d'un scandale d’État, avec de nombreuses ramifications. Macron a couvert une milice secrète et para-légale. Quelques remarques.

1- IL N'Y A PAS UN, MAIS DEUX, VOIRE TROIS AGRESSEURS. Sur les images du 1er mai, aux côtés d'Alexandre Benalla, son ami Vincent Crase, ancien gendarme, participe aussi aux exactions contre les opposants. Mais il y a aussi un troisième homme, lui aussi en civil, pas encore identifié, qui prend le relai de Benalla lorsqu'il exfiltre brutalement une jeune manifestante. Ces hommes semblent eux aussi se connaître, fonctionner ensemble. Du reste, ils disposent de Talkiewalkies, et semblent porter des armes à la ceinture. Combien de « volontaires » proches de l’Élysée ont participé aux violences contre les opposants le 1er mai dernier ? La question reste ouverte. Seule certitude : l’État a autorisé, équipé et armé au moins trois membres du parti au pouvoir pour qu'ils aillent casser du manifestant. Macron couvre donc des milices de choc, en dehors de tout cadre légal, dans la continuité des déclarations guerrières de son ministre Gérard Collomb.

2 – UNE MILICE CONSTITUÉE QUI COMMANDAIT DES ARMES. Les lanceurs d'alertes Wikileaks avaient piraté et diffusé les mails internes au parti En Marche pendant la campagne présidentielle. Dans ces archives, disponibles en ligne, on découvre un échange entre Alexandre Benalla et un magasin parisien de ventes d'armes de défense : LBDLS. L'objet ? Acheter un arsenal paramilitaire. Benalla commande notamment des armes de poing, Flash-Balls et Gomme-Cognes, des balles, des pistolets lacrymogènes, ou encore des boucliers de maintien de l'ordre. Le tout « au nom du mouvement En Marche ». Par ailleurs, Alexandre Benalla et Vincent Crase ont fondé ensemble la « fédération française de la sécurité privée », ainsi qu'un site dédié à la sécurité : http://k9-group.com, aujourd'hui effacé. Dans ces conditions, vu le degré d'organisation de ce groupe, le plus haut sommet de l’État ne pouvait évidemment pas ignorer les agissement des agresseurs. Il s'agit donc de mercenaires, de barbouzes, dont les violences étaient coutumières. D'ailleurs Alexandre Benalla est accusé d'avoir frappé un militant communiste en 2016, et arraché l'accréditation d'un journaliste en 2017.

3 – UN RAPPORT AMBIGU AUX VIOLENCES POLICIÈRES. Depuis mercredi, ce qui choque les médias et la classe politique, ce ne ne sont pas les innombrables exactions commises contre les manifestants depuis des mois. Ces violences policières ont causé des centaines de blessures, et parfois des mutilations, et ont abondamment été filmées et documentées. Ce qui choque, c'est le caractère "non-règlementaire" des agressions commises par le milicien Benalla. Si les mêmes violences avaient été commises par les CRS ou la BAC, personne ou presque n'aurait réagi. Ce que les médias reprochent à Benalla et ses complices, c'est de ne pas avoir été officiellement policier. Ce qu'on leur reproche, c'est aussi de ne pas avoir été suffisamment discrets, de s'être laissés filmer. Combien d'actes similaires nous sont inconnus ?

4 – LE 1ER MAI : UNE RÉPRESSION HORS NORMES. Lors du défilé du 1er mai à Paris, plus de 300 manifestants ont été arrêtés. Des dizaines d'autres, blessés lors d'affrontements. Parmi les personnes arrêtées, plus d'une centaine ont été enfermées en garde à vue, souvent plus de 48, voire 72 heures en cellule, avant de passer directement devant un juge. Plusieurs manifestants étaient alors envoyés directement en prison. D'autres sont encore poursuivis, mis en examen, et sous contrôle judiciaire, pour leur participation à la manifestation, en attendant leurs procès. Des sanctions massives, et extrêmement lourdes, reposant souvent sur de simples présomptions. C'est donc au même moment, alors que la police arrêtait massivement, et la que justice enfermait à tour de bras, que Benalla et sa milice s'amusaient à faire la chasse au manifestants. En toute impunité.

5 – ENSAUVAGEMENT RÉPRESSIF. L'utilisation de milices en complément de la police n'est malheureusement pas nouvelle. Les attaques commises par des groupes d'extrême droite contre les étudiants mobilisés à Montpellier ou Dijon, ou les attaques de manifestants comme à Lyon ou Nantes font office de répression parallèle. Macron a délégué la « surveillance des campagnes » à des groupes de chasseurs, créant de facto des milices. En même temps, les fractions les plus à droite de la police se radicalisent. Le vote Front National y bat tous les records, et la création de groupes armés composés d'anciens policiers et d'anciens militaires prêts à commettre des attentats racistes – comme l'a montré l'arrestation du groupe baptisé « Action des Forces Opérationnelles » – prouvent cette radicalisation. Des réseaux d'influence poussant à l'armement accru et à l'impunité des forces de l'ordre sont au cœur du pouvoir. Et en retour, l'extrême droite organise des manifestations pour soutenir les policiers auteurs de violences, comme on l'a vu à Nantes, après la mort du jeune Aboubakar en juin, tué par le tir d'un CRS. La boucle est bouclée.

« On se trompe chaque fois que l’on veut expliquer quelque chose en opposant la Mafia à l’État : ils ne sont jamais en rivalité », écrivait Guy Debord. Avec la création de mercenaires au sein même du parti gouvernemental pour aller casser des opposants, la radicalisation de la police, et les cadeaux du président systématiquement dirigés vers le clan des plus riches, la nature Mafieuse de l’État Macroniste se révèle chaque jour de plus en plus visible.

Sources :

- Les commandes d'armes de Benalla : https://wikileaks.org/macron-emails/emailid/3217

- Les traces du site de sécurité de Benalla et Crase : https://servicehostnet.com/domain/k9-group.com

- Les manifestants du 1er mai, jugé sur « des dossiers vides » : https://www.streetpress.com/…/1525459756-manifestants-1er-m…

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