Ne rien céder, par Julien Salingue

Ne rien céder à ceux qui se sont secrètement réjouis de l’abjection de Conflans-Sainte-Honorine, heureux de pouvoir se précipiter sur les plateaux pour répandre leur haine et pour jeter en pâture des millions de musulmanEs alors que le trottoir était encore rouge du sang de Samuel Paty.

Hebdo L’Anticapitaliste - 540 (22/10/2020)

Ne rien céder à ceux qui, pétris de vraies-fausses certitudes, voudraient nous empêcher d’être affectés, d’être dans le doute, d’être sensibles à l’émotion mais insensibles aux sirènes guerrières et aux « solutions » aussi simplistes que dangereuses.

Ne rien céder à ceux qui veulent imposer le récit selon lequel la seule explication du terrorisme est le terroriste lui-même, et nous interdire de questionner le système oppressif, raciste, violent, dans lequel un jeune de 18 ans peut décider de perpétrer un acte aussi abominable.

Ne rien céder à ceux qui arment idéologiquement ces jeunes, les convainquant que leur ennemi c’est le prof, le voisin pas de la bonne religion, l’autre pas du bon pays, et qui prétendent lutter contre les divisions imposées par les puissants tout en les reproduisant et en contribuant à les amplifier, jusqu'à l'horreur.  

Ne rien céder à ceux qui se sont secrètement réjouis de l’abjection de Conflans-Sainte-Honorine, heureux de pouvoir se précipiter sur les plateaux pour répandre leur haine et pour jeter en pâture des millions de musulmanEs alors que le trottoir était encore rouge du sang de Samuel Paty.

Ne rien céder au patriotisme, qui mène au chauvinisme, qui mène au racisme, au nom d’une prétendue « exception française » et d’un « modèle de société » que « Nous » devrions défendre face à un « Autre », forcément différent, forcément arriéré, forcément étranger.

Ne rien céder à un gouvernement autoritaire et raciste, dont l’opportunisme n’a d’égal que l’hypocrisie et l’indécence, qui tente de surfer sur l’émotion légitime suscitée par l’assassinat particulièrement abominable d’un enseignant à quelques centaines de mètres de son collège.

Ne rien céder aux professionnels de la peur, déterminés à profiter du drame de vendredi dernier pour restreindre encore un peu plus nos droits, faire marcher les enfants au pas, attaquer les libertés publiques, déjà malmenées, et justifier de nouvelles formes de censure au nom… de la liberté d’expression. 

Ne rien céder aux amalgameurs en chef, qui veulent faire croire que lutter contre l’islamophobie c’est « faire le jeu » des jihadistes, ou que manifester au côté du CCIF c’est se compromettre et renoncer aux idéaux progressistes.

Ne rien céder.

Se serrer les coudes. Se parler. Réfléchir. Résister. Critiquer. Proposer. Lutter.

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