Affaire Benalla : divisions au sommet sous la pression du mouvement gréviste

Au delà de la transformation progressive du régime Macron en bande mafieuse que révèle cette affaire Benalla, elle dénote surtout la pression qu'exercent sur les autorités les grèves et luttes sociales incessantes depuis maintenant deux ans et demi au point de causer une crise au sommet.

21 Juillet 2018- Jacques Chastaing

En effet, même si cette affaire Benalla a été déclenchée en haut au vu de la rapidité et l'unanimité de la presse des milliardaires - anciennement aux ordres - à dénoncer le système Macron, elle traduit sur le fond par ces divisions au sommet, le problème de l'incapacité du gouvernement à mettre fin aux luttes qui ont commencé fin février 2016 contre la loi El Khomri et qui n'ont pas cessé depuis. L'affaire est ainsi en quelque sorte un succès des luttres.

Cette affaire traduit les effets de cette longue période de "grève générale rampante" au sens d'ambiance de grèves et luttes politico-sociales qui n'est pas prête de cesser malgré la violente répression et la désertion des directions syndicales, ce qui pourrait à tout moment se transformer en grève générale ouverte et explosive.

Cela panique les bourgeois au point où certains cherchent à recadrer Macron et reprendre la main, en tous cas à donner un avertissement à Macron.

Rappelons-nous qu'il y a déjà eu début juillet le Conseil Constitutionnel qui a supprimé le délit de solidarité après que l'ONU ait condamné les violences policières en France, puis Macron qui a reculé sur le retrait de la Sécu de la constitution, tout cela dans un cadre général où Macron s'enfonce dans les sondages et n'a même pas bénéficié d'une remontée avec le succès de l'équipe de France de football.

Le mouvement social n'a certes pas gagné mais il est en train de peser par sa durée et sa détermination sur la situation politique.

Ce mouvement est passé par diverses phases successives ou simultanées, grèves ouvrières économiques émiettées, tentatives de grève syndicale politique centralisée mais saute mouton, forte lutte régionalisée ou corporatiste, émeutes, fête populaire contestataire, et maintenant par sa pression, il en arrive à susciter un scandale politique.

L'esprit de cette "grève générale" est caractérisé par le fait que tout le monde comprend que la clef de la situation sociale est le pouvoir. Ainsi chaque mouvement social, quel qu'en soit le détail revendicatif de départ, est habité de cette conscience générale même si la convergence des luttes ne se fait pas, car elle est difficile à mettre en œuvre quand les directions syndicales et politiques ne la veulent pas.

Cette conscience générale qui traverse la période de manière diffuse est dangereuse pour le pouvoir et le Medef, parce qu'elle porte en elle que la question sociale est au fond une question politique centrale et qu'elle ne peut trouver une solution que par en bas, par la rue, tous ensemble.

On ne sait pas comment va se terminer l'affaire Benalla/Macron, même si on voit que le gouvernement étant incapable d'y mettre un terme, l'opposition, pour sa part, fait tout pour que la crise ne débouche pas dans la rue, mais reste dans un cadre institutionnel : commission d'enquête parlementaire, projet de motion de censure, élections, etc... jusqu'à Ruffin qui explique que « jamais la police ne se permettrait de telles violences ».

Par contre, il est sûr que le gouvernement en sortira ébranlé, ce qui ne peut que donner plus de courage aux grévistes, manifestants, jeunes de quartier, protestataires de toutes sortes, politiser un peu plus l'ambiance générale et rassembler le mouvement social en l'assurant de son bon droit, surtout pour les cas de répression en même temps que Macron lui-même, affaibli, sera malgré lui un d'autant plus grand facteur d'unification.

Ce mouvement social va continuer.
Il est même tout a fait possible que cette ambiance de "grève générale rampante et politique", par en bas, tous ensemble et de plus en plus politisée... ait une suite immédiate en août.

On va le voir rapidement.

Cela se fera peut-être sous la forme d'émeutes dans les quartiers comme souvent en cette période mais du coup qui pourraient être perçues différemment à une échelle plus large, avec plus de sympathie, parce qu'avec un contenu implicite plus social ou plus politique que d'habitude par la dénonciation des violences policières par exemple.

Ce pourrait encore être le cas de grèves à caractère plus ou moins général dans les hôpitaux avec les problèmes de manque d'effectif aggravés par l'été et la chaleur, augmentées de l'indignation provoquée par l'affaire Benalla.

Ce pourrait être encore un mouvement de postiers continuant la grèves des facteurs du 92 qui dure depuis 4 mois, facilité par l'absence des directions hiérarchiques en vacances, jusqu'à y compris, pourquoi pas, un mouvement général comme août 1953...

Quoi qu'il en soit, il faut s'attendre à de multiples rebondissements dans la période à venir et les préparer ou réagir rapidement, d'autant que sur le terrain syndical, l'absence de réponse sérieuse syndicale dans la rue au scandale Benalla où la collaboration quasi ouverte des directions syndicales avec Macron à son mini sommet social du 17 juillet, provoquent des protestations de structures par exemple celles de UD CGT 94 ou de la CGT Energie Paris.

Affaibli par l'affaire Benalla, Macron pourra-t-il continuer à multiplier les contre-réformes ? Cela dépend de la manière dont il s'en sort, s'il arrive à s'en sortir. Pour le moment il est paralysé mais quoi qu'il en soit il en sortira fragilisé.

Ce qui ne pourra que renforcer un mouvement social de résistance de plus en plus politisé et unifié.

Ce n'est qu'un début, continuons la lutte !

Jacques Chastaing, le 21 juillet 2018

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