Ancien militaire, j'assiste effaré à une violence décomplexée des forces de l’ordre

Certaines images sont glaçantes. Cette violence est souvent non nécessaire chez les forces de l’ordre, certes sur-employées dans une situation sociale explosive.

 

par Paul NemesAncien militaire - HuffPost

Cela va peut-être paraître bizarre à certains, mais je suis choqué par beaucoup d’images “d’interventions policières”. Certains me diront que ce sont des anti-militaristes fauteurs de troubles et que comme ancien militaire tu devrais te dire “bien fait”. Oui mais non.

Pour résumer, je n’ai jamais fait grève de ma vie, jamais manifesté, même dans mes vertes années, et je ne le ferais très probablement jamais. Je me suis engagé pour défendre mon pays, ses valeurs et mes compatriotes sans distinction (qu’ils aiment ou pas ma vocation).

J’ai eu la chance de servir dans des unités particulières pendant la quasi totalité de ma carrière en symbiose avec des unités de professionnels aguerris, stables émotionnellement et rationnels dans l’utilisation de la violence nécessaire.

Et depuis plus d’un an maintenant j’assiste effaré à l’apparition d’une violence indisciplinée, décomplexée, banalisée, bien souvent non nécessaire chez les forces de l’ordre, qui sont certes sur-employées dans une situation sociale chaotique et explosive et qui peut sûrement s’expliquer.J’ai eu la chance de servir dans des unités particulières en symbiose avec des unités de professionnels aguerris, stables émotionnellement et rationnels dans l’utilisation de la violence nécessaire.

Des fauteurs de troubles il y en a mais il ne faut pas tout confondre, le système fait que c’est au policier d’appréhender et à la justice de juger; le tir de LBD (ou autre) ne saurait être par exemple l’application d’une sanction suite à la constatation d’une infraction.

Les consultations des comptes Twitter du journaliste David Dufresne ou du neurochirurgien Laurent Thines, même s’ils peuvent avoir une connotation politique (et c’est leur droit), est pour moi glaçante.

La violence exercée pour maintenir l’ordre devrait être proportionnée, pondérée, discriminante (sur des cibles valides... ROE? PID?), justifiée par un effet à produire (protection des personnes et des biens) et non par une volonté de répression/défoulement aveugles et gratuits.

Certains vont me dire facile à dire. Juste un exemple au hasard: capture d’un jihadiste en zone non permissive de nuit, ses enfants sont terrifiés par le bruit de l’hélico, les commandos (papas pour la plupart) sont retournés chercher leurs doudous pour les rassurer. L’humanité.

La violence exercée pour maintenir l’ordre devrait être proportionnée, pondérée, discriminante (sur des cibles valides), justifiée par un effet à produire (protection des personnes et des biens) et non par une volonté de répression/défoulement aveugles et gratuits.

Spoiler: réapparition de ma part d’éducation jésuite. L’humanité dans l’usage de la force n’est pas une marque de faiblesse mais au contraire un signe fort de confiance en soi et n’empêche ni détermination ni accomplissement de la mission.

Je n’irai pas plus loin dans ma réflexion que personne ne lira. Une citation de... Marc-Aurèle: “La douceur est invincible.” Il est temps d’apaiser notre nation où les cicatrices de ces affrontements vont perdurer et peut-être même dégénérer dans le futur.

Cette tribune a été initialement publiée sur le compte Twitter de @Nmsis_Trinity. Le nom de l’auteur a été modifié.

 

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