Poutou: la résistance c’est toujours contagieux, ça aide à éveiller les consciences

À Montpellier, Philippe Poutou, ouvrier à Ford Blanquefort, ex-candidat aux élections présidentielles et porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) explique : « La résistance c’est toujours un peu contagieux, ça aide à éveiller les consciences. »

 

22 février 2019 -Jean-Philippe Vallespir- Lemouvement.info

« Résister à l’air du temps »

L’association PAC 34 (Penser Agir Comprendre 34) accueillait à la salle Guillaume de Nogaret Béatrice Walylo, et Philippe Poutou pour une soirée débat dans la série : « résister à l’air du temps ». Une programmation de longue date, pour recevoir à Montpellier les deux coordinateurs du livre : « Ford Blanquefort même pas mort ! » Un recueil de textes, de fictions et d’illustrations, une contribution riche sur cette lutte ouvrière.

Romain Larive, porte-parole du NPA dans l’Hérault lance la soirée sur une thématique élargie à l’actualité sociale : “Des Ford” aux Gilets Jaunes, des lieux de travail aux ronds-points, des places aux rues… Où vont les mobilisations?

« Ford a gagné »

Philippe Poutou : « Ford a gagné et à priori l’usine va fermer […] Et on devrait être tous virés d’ici septembre. » Le plan de reprise ne fonctionne pas. Et l’État devrait valider le plan de fermeture de l’usine, ou dans un langage plus “doux” l’État devrait valider le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) de Ford pour la fermeture de son site en Gironde, qui emploie 850 personnes. Une longue bataille perdue, face à une entreprise qui fait près de sept milliards de profits, et qui a reçu quelque cinquante millions de subventions publiques. Ambiance triste dans la salle, devant l’annonce de cet « échec », mais un Philippe Poutou convaincu que cela doit servir d’expérience, et permettre aux autres de construire d’autres formes de lutte. Faire prendre conscience, « qu’il faut agir tous ensemble en permanence […] bousculer les pouvoirs publics, pour qu’ils trouvent des solutions industrielles. Ils n’ont pas de stratégie […] Qu’ils arrêtent de donner de l’argent aux entreprises, d’accompagner les plans de licenciement, et de trouver de l’argent pour des formations bidon à Pôle Emploi […] Les pouvoirs publics doivent servir à autre chose que d’accompagner les politiques ultralibérales. »

Violence sociale

Le porte-parole national du NPA en lutte pour sauver son usine a usé début février de cette image pour faire comprendre la violence sociale, il est : « pour une loi d’urgence anti-casseurs d’emplois. » À sa façon, il dénonce l’autre violence qui considère la ressource humaine comme quantité négligeable, simple ressource renouvelable ou jetable. Un choix de fonctionnement qui supprime des milliers d’emplois et qui détruit des vies entières : une violence sociale. Pour Philippe Poutou, il est important de marquer les esprits, les vrais casseurs sont ceux qui se sont attaqués au Code du travail. Ceux qui ont renforcé la précarité.

#GiletsJaunes, « du mépris à la haine de classe. »

« Ce mouvement, qu’est-ce qu’il fait du bien… » tient à souligner Philippe Poutou en parlant des #GiletsJaunes. Et il rappelle avec humour qu’au départ beaucoup se paraient d’un gilet jaune de Vauquiez à Dupont-Aignant, qu’en revanche la gauche était restée un temps dubitative. Mais de la taxe sur le carburant, à la question de la répartition des richesses, le mouvement prend une dimension politique. Pour l’ex-candidat aux élections présidentielles : « Le mépris de classe, il est permanent. Mais là, on passe du mépris de classe à la haine de classe. » Il explique : « plus, il y a de colères et de conflits, plus le mépris se voit. Et plus le mouvement dérange, plus on passe du mépris à la haine de classe. »

 La force du mouvement des #GiletsJaunes

Grâce aux Gilets Jaunes pour Philippe Poutou : « les problèmes sont là. Ils sont posés. C’est d’ailleurs une force énorme du mouvement social actuel, du mouvement des Gilets Jaunes, c’est d’avoir réussi au moins à poser les problèmes : gravité d’un système qui broie et qui écrase la majorité de la population, ce que nous les syndicalistes, on n’avait jamais réussi à faire aussi clairement. La force du mouvement a été aussi de poser les problèmes de démocratie […] et de montrer, comme un gouvernement, quand il n’a pas de réponse politique, il ne lui reste que la violence pour imposer son pouvoir, sa légitimité. Et ce mouvement-là, il a fait cette démonstration-là. »

Interview de Philippe Poutou, porte-parole du NPA, c'est ici 

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