« Pentagon Papers » de Steven Spielberg sous l’œil de quatre journalistes

« Pentagon Papers » de Steven Spielberg nous replonge dans les années 70 et les révélations politiques de deux grands journaux américains. Edwy Plenel, Jonathan Randal, Adam Nossiter et James McAuley commentent le film et rappellent la bataille que reste le journalisme.

"Pentagon Papers""Pentagon Papers" Crédits : Copyright Universal Pictures International France

avec : Jonathan Randal, ancien grand reporter au Washington Post, Edwy Plenel, journaliste président et cofondateur du site d'information et d'opinion Mediapart, Adam Nossiter, correspondant à Paris du New York Times, James McAuley, correspondant à Paris du Washington Post, pour commenter « Pentagon Papers » de Steven Spielberg, en salles le 24 janvier 2018.

« Pentagon Papers » de Steven Spielberg évoque un épisode capital dans l’histoire des relations qu’entretient la presse américaine avec le pouvoir politique : en 1971, le New York Times puis le Washington Post révèlent les mensonges du pouvoir politique grâce à des documents classés secret Défense prouvant que trois présidents américains savaient que la guerre du Vietnam était perdue d’avance.
Toute la dramaturgie du film se concentre sur ce bras de fer entre la presse et le pouvoir politique du président Nixon : publier des informations classées secret Défense et s’attirer les foudres de la Maison Blanche et du gouvernement ou ne rien dire pour ne pas mettre son entreprise de presse en danger...

Si le film de Steven Spielberg parle des années Nixon, il a été pensé et fabriqué sous l’Amérique de Donald Trump. Ce passé proche éclaire un présent de plus en plus incertain...

Dans l’imaginaire américain du cinéma comme art populaire, le journaliste, parfois héros malheureux est un héros de la démocratie. Dans la relation entre le rédacteur en chef Ben Bradlee et la propriétaire du journal Katharine Graham, la question est celle de l’indépendance, il faut se battre pour l’indépendance d’un journal et faire sortir des informations qui dérangent !        
Edwy Plenel

"Pentagon Papers""Pentagon Papers" Crédits : Copyright Universal Pictures International France

Ce film est un réquisitoire contre le journalisme assis qui attend que tout lui tombe, qui ne se bat pas, qui n’est requis par cette bataille. « The right to know », « Le droit de savoir », cette expression employée est un droit fondamental… Pourquoi cette histoire reste célèbre ? C’est parce qu’ils vont mener la bataille jusqu’à la Cour suprême pour qu’elle dise que c’est un droit fondamental des citoyens lié au Premier Amendement. Ici, nous menons encore ces batailles juridiques… Ce film nous dit que l’honneur du journalisme ce n’est pas d’être au service du patron, des intérêts, la force c’est de se dire : « je suis du côté du droit de savoir des citoyens ».        
Edwy Plenel

"Pentagon Papers""Pentagon Papers" Crédits : Copyright Universal Pictures International France

À Washington quand les Pentagon Papers sont sortis, c’était une vrai révolution. À l ‘inverse, regardez la société américaine de nos jours : si le Washington Post ou le New York Times devait publier quelque chose de comparable, est ce que les gens descendraient dans la rue ? Je crains que non et pour moi c'est la grosse différence entre ces deux époques. La culture politique a profondément changé, Donald Trump n’attaque pas simplement les journalistes mais aussi les normes objectives de la réalité, on vit un moment décrit par le philosophe Theodor W. Adorno, "l’industrie de la culture", quand les distinctions entre la vérité et la fiction disparaissent, le monde du commerce et de la sphère politique deviennent les mêmes : il faut voir Donald Trump comme un phénomène culturel et pas seulement politique.        
James McAuley

"Pentagon Papers""Pentagon Papers" Crédits : Copyright Universal Pictures International France

Il y a une grande partie du lectorat qui a soif des vrais faits, bien sûr il y a aussi une partie de la population qui va résister, mais aujourd'hui il y a une demande extrême aux Etats-Unis pour la vérité.      
Adam Nossiter

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