Le syndicalisme ce n’est pas avec Macron et Merkel

Les syndicalistes, les syndiqués, les travailleurs, sont en droit de dire à Martinez et à Veyrier qu’on attend d’eux non qu’ils signent ce genre de prose, mais qu’ils appellent au rétablissement du droit de manifester et de se rassembler dans ce pays, avec gestes protecteurs et distanciation physique. Voila ce qu’est l’action syndicale, voila ce qu’est l’unité d’action.

24 mai 2020 -Par  aplutsoc

jdd-flic-anti-cgt.jpg?w=816&h=9999

JDD du 24 mai 2020 – Quand la presse fait la police dans le mouvement syndical

Mercredi 20 mai, le dirigeant du DGB, la centrale syndicale allemande, Reiner Hoffmann, a signé avec P. Martinez pour la CGT, Y. Veyrier pour FO, L. Berger pour la CFDT, L. Escure pour l’UNSA, C. Chabanier pour la CFTC (tous les membre de la CES en France), une déclaration commune de soutien aux annonces faites par E. Macron et A. Merkel sur un « plan de relance européenne ».

Dans le cadre de ce soutien, les signataires demandent « plus d’ambition » pour aller dans le même sens en affirmant qu’ainsi on pourra améliorer la situation sociale, fiscale, écologique … et ils concluent en présentant la « Conférence pour le futur de l’Europe », une structure voulue par l’actuelle Commission Européenne pour « associer tous les acteurs », est le cadre adéquat pour ce faire. Les signataires mettent en avant leur volonté de « convaincre les autres Européens » de faire de même, et de surmonter toute réticence ; cette volonté commune associe donc Macron, Merkel, les dirigeants syndicaux signataires, et vise tous les récalcitrants éventuels.

Il s’agit donc clairement d’une déclaration politique, par laquelle les dirigeants syndicaux signataires veulent associer leurs organisations à une orientation politique : celle de Macron et de Merkel au moment présent, selon qui les États doivent financer les pertes du capital alors que la récession est là.

On ne trouvera pas cette déclaration sur les sites de la CGT et de FO (mais sur celui de la CFDT !), dont aucune instance confédérale n’a été consultée. Elle est contradictoire à ce sur quoi est fondée l’unité d’action de l’intersyndicale CGT/FO/FSU/Solidaires formée pour la défense des retraites contre Macron : la défense des revendications des salariés, actifs, chômeurs et retraités, et non pas la défense des orientations des chefs d’État, français ou européens.

Dimanche 24 mai,le Journal du Dimanche publiait un article d’Emmanuelle Souffi, journaliste passant pour « la » spécialiste du « social », dans la foulée d’un Noblecourt du Monde et autres « experts en relations sociales ». Cet article ne parle pas de la déclaration commune signée par Martinez et Veyrier en soutien à Macron et Merkel.

Mais il fait la liste, de manière policière, de toute une série de responsables et de structures CGT qui ne sauraient manquer de s’y opposer : la CGT-Chimie, les signataires d’un appel à « décider de notre avenir » lancé par 107 responsables et militants le 1° mai, et nommément Olivier Mateu des Bouches-du-Rhône, Cédric Quintin du Val-de-Marne, Emmanuel Lépine des Industries chimiques, Amar Lagha du Commerce, J.C. Zaparty ancien secrétaire de l’UD 66.

Cette liste de suspects est complétée par la dénonciation quasi policière d’Anthony Smith, Inspecteur du travail suspendu par le ministère pour avoir fait son travail en exigeant des mesures de protection sanitaire pour les salariées de la principale association d’aide à domicile de la Marne, présenté comme agissant en collusion avec tous ces individus et toutes ces structures dont la motivation serait de débarquer Philippe Martinez.

En introduction, Mme Souffi a commencé par expliquer que nous avons échappé au pire pendant le confinement : la production de gel hydro-alcoolique et d’aspirine paralysée par les méchants de la CGT-Chimie !

En conclusion, Mme Souffi dénonce Info-com-CGT pour avoir diffusé sur les réseaux sociaux une image interprétable comme homophobe, qui visait le MEDEF et la CFDT, en «oubliant» d’informer du fait que ce syndicat, suite aux protestations légitimes soulevées (non du MEDEF et de la CFDT, mais des associations LGBTQI), l’a retirée.

Ainsi donc, il y a dans la CGT des gens qui veulent la peau de Martinez, dont un Inspecteur du travail actuellement victime de la répression pour avoir fait son travail est un complice, et qui sont, naturellement, des homophobes et des individus prêts à priver le peuple de médicaments en pleine pandémie. Ces conclusions suggérées sont encore renforcées par la mention du NPA, de LO, et des « lambertistes» (ah, ces terribles « lambertistes »), au nombre de ces forces obscures, par notre sémillante experte es relations sociales.

Admirons, enfin, ce passage : « Ce sont des nihilistes, ils jouent sur la peur», déplore un fin connaisseur du monde syndical ». Un fin connaisseur du monde syndical ! …

Pour ceux qui, comme nous, à défaut d’être de fins connaisseurs, entendent agir comme militants ouvriers, c’est un devoir de dire que ce joyaux de complotisme empolicé commis ce 24 mai dans le JDD, doit être mis en relation avec les réactions que la signature, contraire à leur mandat, des dirigeants de la CGT et de FO en soutien à Macron et Merkel, ne va pas manquer de produire. C’est un contre-feu préventif qui vise à faire croire que les opposants ne seraient que des staliniens, des « lambertistes », des homophobes, et autres empoisonneurs de puits, motivés par leur « nihilisme » et leur hostilité à … P. Martinez.

Il faut avoir une certaine trouille de la réalité de ce que sont les militants syndicaux dans ce pays pour se livrer à un aussi grotesque exercice.

Car ceux-ci, dans leur majorité, à la CGT, à FO et au-delà, sont pour un syndicalisme indépendant, qui ne signe pas des appels à soutenir l’orientation des chefs d’État, mais qui se préoccupe, en France tout de suite, d’une chose essentielle : la défense sanitaire, la défense du droit du travail, et la défense des libertés.

C’est très massivement, c’est majoritairement, que les syndicalistes, les syndiqués, les travailleurs, sont en droit de dire à Martinez et à Veyrier qu’on attend d’eux non qu’ils signent ce genre de prose, mais qu’ils appellent au rétablissement du droit de manifester et de se rassembler dans ce pays, avec gestes protecteurs et distanciation physique. Voila ce qu’est l’action syndicale, voila ce qu’est l’unité d’action.

24-05-2020.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.