Coronavirus : le pognon d’abord

 Bruno Bertez -Chronique Agora

Ne confondez pas les mouvements provoqués par l’actualité au jour le jour avec la situation fondamentale qui gouverne l’avenir des marchés, des économies, des sociétés.

A court terme, c’est la com’ qui influence ; à long terme, c’est le réel. Ici, c’est l’interruption du carnaval de Venise suite aux inquiétudes sur le Covid-19 qui a frappé les esprits.

Gravure
Le Masque de la Mort Rouge, illustration d’Edgar Allan Poe par Harry Clarke

Les élites ont beau le nier, le long terme existe... et c’est lui qui commande. Les élites, elles, ne font qu’obéir – elles en sont même otages.

Elles sont d’autant plus contraintes d’obéir qu’elles ne comprennent pas le présent ou qu’elles le nient ; elles le reconstruisent à partir de leurs théories fausses. Quand je vous dis que ces zozos vivent dans une terrible névrose ! Ces incapables vivent dans le monde Potemkine bidon qu’ils ont construit pour nous : ils ont oublié que c’était du carton-pâte.

Bulles et illusions

Ainsi, tout est déterminé par ce qu’il s’est passé en 2009 – c’est-à-dire que tout est déterminé par la crise financière d’il y a 12 ans et par les décisions malencontreusement lamentables qui ont alors été prises : forcer le destin, continuer à faire plus de tout ce qui avait provoqué la crise, s’enfoncer dans l’endettement, l’insolvabilité et les fausses valeurs. Souffler des bulles.

Bref, il fallait coûte que coûte faire tenir la pyramide.

Cette erreur fatale a conduit à ne plus jamais pouvoir faire autre chose – face à la moindre difficulté et au moindre risque – que produire du crédit, de la monnaie, faire de l’impression monétaire et baisser les taux d’intérêt... en clair, refaire un round d’inflationnisme.

Ici encore, face au coronavirus, au lieu de prendre des décisions médicales, sociales, on se précipite pour promettre de la monnaie et des dettes du gouvernement : comme si le papier monnaie pouvait produire des vaccins, des tests de diagnostics et des guérisons. On ne cesse de lâcher les proies pour les ombres et de créer des illusions.

Ces illusions viennent d’être sévèrement déçues.

Dans un premier temps le reflexe idiot des autorités (à la Agnès Buzyn) a été de tenter de minimiser les symptômes de la maladie et les risques qui y étaient attachés. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce la doctrine est qu’il ne faut pas affoler les populations : cela nuit à l’économie et à la circulation du pognon.

On a donc choisi de rassurer le pognon en étant laxistes sur la maladie et les risques humains. C’est classique dans nos sociétés : le pognon d’abord.

Le plus important...

Mais la maladie est tenace et elle gagne. Elle court, même, cette maladie qui n’est pas d’amour, et elle vient d’arriver en Italie.

Cela fait un choc et brutalement les autorités font volte-face, elles changent de cap : au lieu de nier, d’occulter, elles paniquent. Elles ont pris des mesures drastiques spectaculaires ; cela a pris les marchés à contrepied.

D’où la chute, qui n’est pas à proprement parler produite par le virus mais par l’erreur de communication des Occidentaux – lesquels, dans un premier temps, ont privilégié l’économie sur la santé.

Voilà pour le court terme et ses soubresauts. Mais là n’est pas le plus important.

Ce n’est pas le coronavirus qui est la plus grande menace pour l’économie mondiale, non : ce sont les remèdes que les autorités préparent pour, croient-elles, y faire face.

On se dirige vers de nouvelles initiatives des responsables monétaires "pour répondre au coronavirus". C’est Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor US, qui le dit – et il ne fait que s’attribuer le mérite politique de quelque chose qui est déjà décidé par ailleurs.

Tweet Daniel Lacalle
"Réagir à une crise sanitaire en imprimant de l’argent... Une mesure qui a parfaitement fonctionné... jamais et nulle part."
"MNUCHIN ANNONCE QUE LES BANQUIERS CENTRAUX EXAMINERONT LES OPTIONS DE REPONSE AU CORONAVIRUS SI NCESSAIRE."


A suivre...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.