Philippe Poutou: "on aura beaucoup de choses et de comptes à régler"

Un billet d'humeur.

Salut à toutes et tous
Le confinement est sans doute plus ou moins difficile à vivre selon nos conditions de vie, nos logements, nos quartiers, nos habitudes, nos occupations ...

Et au fil du temps, il y a cette impression d'être impuissants devant la situation sociale et sanitaire. Car si nous ne sommes pas soignants ou ne travaillons pas dans le commerce ou les transports ou autre métiers considérés comme "essentiels" aujourd'hui, ce peut être un sentiment d'inutilité qui nous envahit. On est là chez nous, à nous informer de l'évolution extérieure, à être spectateur, à nous inquiéter, à râler ou à bouillir de colère car il y a de quoi.

On s'occupe comme on peut mais la question primordiale reste quoi faire pour la suite, quoi comprendre et penser, à quoi se préparer, comment faire en sorte qu'à la sortie du confinement et de l'épidémie, nous soyons en mesure de sortir vraiment d'une crise infinie, sanitaire, sociale, économique, écologique, démocratique...

Ce monde est une folie, ce système économique capitaliste est une machine à tout broyer, à tout gaspiller, à dilapider les richesses, un système pourri par les logiques de profits, individualistes, égoïstes. Les dirigeants, les possédants disent et font n'importe quoi, ils ont mis en oeuvre des politiques dites ultra-libérales présentées comme incontournables qui sont en fin de compte destructrices et criminelles.

Maintenant, il apparaît encore plus clairement, pour plus de monde peut-être, qu'il va falloir changer les priorités, les objectifs de notre société, qu'il va falloir changer les règles, tout le fonctionnement de l'économie, qu'il va falloir en virer les décideurs, les dominants, les organisateurs.

La crise actuelle n'est pas un accident, on peut quand même pas dire que c'est pas de bol, que c'est la faute d'un virus plus coriace que les autres. On voit bien qu'au delà de cette histoire de maladie, il y a bien une organisation économique, sociale, démocratique qui est incapable d'y faire face malgré tous les moyens scientifiques et techniques qui existent.

On voit bien que durant ces 40 dernières années, ces années dites de crise capitaliste, ces années de politiques d'austérité, libérales puis ultra-libérales, de privatisations, de marchandisation, de réduction des coûts partout, de modernisation "sociale", de compétitivité, de libre concurrence, tout cela n'a fait que démanteler nos outils collectifs, nos défenses, nos protections sociales, nos "armes" en fait pour faire face à tout type de danger.

Et ça se paye très cher aujourd'hui comme depuis de nombreuses années. Car on peut relativiser le virus selon où on vit. La misère, la famine, les guerres, les virus destructeurs en Afrique, en Asie, en Amériques latine ... Cela fait longtemps que la planète est en situation de catastrophe, confrontées à des drames humains considérables.

Alors le ton martial des Macron et Cie, les paniques ou fausses paniques (on sait pas) des dirigeants, des possédants, de ceux justement qui sont complètement responsables de la gravité de la situation actuelle, ne doivent pas nous tromper.

D'abord dans l'urgence, ils ne font pas ce qu'il faut tant c'est à l'opposé de leur philosophie, de leur idéologie. des intérêts privés qu'ils défendent depuis toujours. Ils ont un temps de retard sur tout. Ils ne s'excuseront jamais, ils ne reconnaîtront jamais.

Reste que maintenant, il y a la priorité de soigner, de sauver des gens donc faut la mise en place d'un plan d'urgence sociale qui devrait réquisitionner, mettre au service de toute la population les richesses existantes : médicaux pour le personnel soignant et pour les malades, logements et nourriture pour les plus précaires, protections pour tous les salariés qui travaillent dans les secteurs essentiels.

Et en plus, il faut un plan qui prépare la suite avec la reconstitution des services publics, une démocratisation de la société, avec la socialisation de la recherche médicale, de l'industrie pharmaceutique, des transports, des logements ... il faut enlever au privé tous les moyens de nuire, il faut que les population reprennent (ou prennent) en main les richesses et la société.

Et on ne voit pas comment cela pourra se faire tout seul, par la volonté de ceux d'en haut, comme si ce qui se passait aujourd’hui suffirait à les faire comprendre et agir. A priori, cela signifie une bataille, un guerre" comme on dit maintenant, mais une guerre sociale, politique pour que tout change vraiment. On peut y réfléchir pendant le confinement. Mais après, on aura beaucoup de choses et de comptes à régler.

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