Piketty : construire le "socialisme" par la fiscalité

« À l’activité sociale, ils substituent leur propre ingéniosité ; aux conditions historiques de l’émancipation, des conditions fantaisistes ; à l’organisation graduelle et spontanée du prolétariat en classe, une organisation de la société fabriquée de toutes pièces par eux-mêmes. Pour eux, l’avenir du monde se résout dans la propagande et la mise en pratique de leurs plans de société ».

Par Henri Wilno - L'Anticapitaliste

L’économiste Thomas Piketty vient de publier un nouveau livre de 1 232 pages intitulé Capital et idéologie. Il approfondit sa réflexion après des travaux sur la fiscalité et les inégalités en pointant le lien entre ces dernières et la propriété privée. Il souligne à juste titre que les inégalités de revenus et de richesses n’ont rien de naturel et met l’accent sur le fait que, dans chaque société, l’idéologie dominante sanctifie et justifie la propriété et les inégalités qui en découlent. Au-delà, l’auteur vise à « dresser les contours d’un nouveau socialisme participatif pour le XXIe siècle ».

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Nous n’avons pas la place ici de reprendre tous les aspects du livre de Piketty qui mériteraient discussion, notamment la thèse sur l’idéologie qui déterminerait les inégalités alors qu’en réalité chaque société de classes a l’idéologie qui justifie ses rapports de domination et inégalités. La propriété privée des moyens de production est largement réduite à un facteur que le capitalisme repose sur une logique d’accumulation et une exploitation du travail pour le profit.

Pour saper le pouvoir des propriétaires, Piketty préconise un impôt annuel et fortement progressif sur la propriété. Outre que cela ne suffirait pas à sortir du capitalisme, croit-il que les capitalistes accepteraient une telle réforme sans résister ? Piketty semble croire à la puissance infinie des idées ; interrogé par Libération sur le fait qu’il n’y ait pas eu de remise en cause du capitalisme après la crise de 2007-2009, il répond : « Sans doute parce qu’il n’y a pas eu le travail intellectuel permettant de se poser la question de la reconstruction du capitalisme. » C’est nager dans l’illusion à l’instar de ces « inventeurs de systèmes » que Marx évoque  dans la troisième partie du Manifeste communiste : « À l’activité sociale, ils substituent leur propre ingéniosité ; aux conditions historiques de l’émancipation, des conditions fantaisistes ; à l’organisation graduelle et spontanée du prolétariat en classe, une organisation de la société fabriquée de toutes pièces par eux-mêmes. Pour eux, l’avenir du monde se résout dans la propagande et la mise en pratique de leurs plans de société ».

Il est toutefois un point où Piketty devrait interpeller la gauche anticapitaliste et révolutionnaire : lorsqu’il souligne l’impasse de « la voie consistant à promettre sa destruction [celle du capitalisme]sans se soucier de ce qui suivra ». Si la formule est caricaturale, elle devrait quand même nous inciter à un vrai effort programmatique.

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