Une nuit avec les sans-abri

De jeudi soir à vendredi matin, sur la place de la République à Paris, près de 3 000 personnes se sont réunies pour dire non à l’exclusion et à la précarité.

Photo : @SIF_ONG (Twitter)

Photo : @SIF_ONG (Twitter)

Lieu de défense de la liberté d’expression il y a tout juste un mois, la place de la République était cette nuit le lieu de revendication au droit au logement. Emmaüs, Fondation Abbé Pierre, Secours Catholique… En tout, 33 associations, regroupées en Collectif des associations unies, ont appelé à une« mobilisation générale » et sont à l’origine de cette Nuit solidaire pour le logement.

Elles ont tenu à rappeler que 3,5 millions de personnes sont mal logées en France, soit qu’elles sont sans domicile (c’est le cas de 142 000 d’entre elles), soit qu’elles vivent en chambre d’hôtel, en centre d’accueil ou dans des logements insalubres. Dans leur appel commun, prononcé par la chanteuse Jeanne Cherhal, ces associations déclarent : « Nous, qui nous reconnaissons pleinement dans les valeurs de liberté, d’égalité, et de fraternité, nous refusons cette société qui laisse se développer dangereusement la pauvreté et les inégalités ». Et d’ajouter : « Personne ne doit être contraint de vivre à la rue, personne ne doit être remis à la rue sans solution à la fin de l’hiver, personne ne doit être expulsé de son logement ou d’un terrain sans solution alternative digne de ce nom. »

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> Gîte et couverts

Malgré la gravité du sujet, l’ambiance était à la fête. De 19h à 23h, un concert a réuni de nombreux artistes comme Dias, Nolwenn Leroy et HK et les Saltimbanques. Un concert dont on pouvait profiter en dégustant un sandwich ou une soupe mis à disposition. Puis un flashmob, lors duquel chacun était invité à déployer une couverture de survie, a transformé la place en un immense parterre doré. Sur scène, les artistes n’étaient pas les seuls habilités à prendre le micro : quelques SDF et mal-logés ont accepté de raconter leur galère quotidienne.

Après la fête, plusieurs dizaines de personnes ont décidé de braver le froid et de passer la nuit dehors. Une manière, comme le rappelle Cécilia Clérel d’Emmaüs, de « montrer une vraie réalité et de la partager en plein hiver ». Pour Nicolas, 24 ans, cette nuit est une sorte de retour aux sources. Avant de retourner vivre chez ses parents, il a vécu dans la rue une année entière. Alors, être là est pour lui un moyen de manifester sa« solidarité et de tenter de faire bouger le gouvernement ».

Au terme de la Nuit solidaire, à 6h ce matin, les sans-abri d’une nuit ont partagé un petit-déjeuner avec les sans-abri plus réguliers. Certains rentrent chez eux, d’autres se rendent directement au travail quand d’autres restent dans la rue, enfermés dehors faute de mieux.


Article publié sur mon blog, leflambo.fr

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