De Bordeaux à Paris, la jeunesse qui marche

Ils partirent neuf et arrivèrent cinquante.Après onze jours et 600 kilomètres de marche, les élèves du lycée Montaigne de Bordeaux qui ont entrepris une « Marche de l’unité » sont arrivés dans la capitale hier à la mi-journée.

Partis dans la matinée de Lieusaint (Seine-et-Marne) où ils ont passé la nuit, les marcheurs sont entrés dans Paris par la porte de Vincennes (XXe). Ils se sont recueillis devant l’épicerie Hyper Cacher, lieu d’une prise d’otages où quatre clients ont été abattus par Amedy Coulibaly le 9 janvier dernier. Patrick Pelloux, médecin urgentiste et chroniqueur à Charlie Hebdo, est venu accueillir les lycéens. Il reconnaît qu’il y a quelque chose de« très beau, très généreux » dans leur initiative.

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Ils marchent ainsi depuis Bordeaux. Onze jours et 600 kilomètres plus tard, ils ne sont plus qu’à quelques pas du siège de Charlie Hebdo. Ici, boulevard Richard Lenoir.

Après un passage par les places de la Nation et de la Bastille, le cortège s’est arrêté un moment sur le boulevard Richard Lenoir, lieu où le policier Ahmed Merabet est tombé sous les balles des frères Kouachi. A leur arrivée rue Nicolas Appert (XIe), vers 17 heures, les marcheurs ont reçu une salve d’applaudissements. « Bravo ! », ont lancé quelques personnes venues également se recueillir devant le siège de Charlie Hebdo.

Les marcheurs ont ensuite avancé jusqu’à la place de la République, lieu emblématique de la mobilisation qui a suivi les attentats des 7, 8 et 9 janvier. « De voir les lieux pour de vrai, ça nous émeut davantage », avoue Étienne (* prénom modifié), étudiant venu se greffer à la marche à Orléans.

 

> Une aventure humaine

Cette « Marche de l’unité » entendait s’inscrire dans le prolongement de la Marche Républicaine lors de laquelle quatre millions de personnes s’étaient réunies partout en France le 11 janvier. Ces lycéens font clairement référence à la « Marche des beurs », organisée en 1983 pour l’égalité des droits et contre le racisme.

« Le message, c’est tout simplement l’unité, le vivre ensemble et le respect », résume Zelda, 17 ans, l’une des élèves du lycée Montaigne de Bordeaux à l’origine de l’initiative. Et d’ajouter : « Si on cède à la terreur, si on cède à la haine, si on cède à la peur, on n’avance pas. Aujourd’hui, la France doit avancer et se souvenir de ce qui s’est passé. »C’est également l’avis de Baptiste, élève en terminale ES : « On veut montrer que la jeunesse prend en compte ce qui se passe. On veut rendre hommage aux victimes et montrer qu’on est tous ensemble. »

Lorsqu’ils sont partis le mardi 13 janvier de la place Pey-Berland de Bordeaux, les marcheurs étaient une petite dizaine. En cours de route, de nombreuses personnes sont venues les accompagner, parfois sur quelques kilomètres seulement. Laurent est venu les rejoindre au deuxième jour de leur périple, en compagnie de sa fille Fanny, 14 ans, et de son neveu Lucas, 13 ans, le plus jeune des marcheurs. Au final, une cinquantaine de personnes est entrée dans Paris dans la journée d’hier.

En raison d’objectifs très ambitieux – 600 kilomètres en dix jours, soit dix étapes de 60 kilomètres –, certains trajets ont été effectués en bus. Par ailleurs, les habitants n’ont pas hésité à leur prêter main forte. « Si la nuit tombe sans que l’on ait accompli la distance, des habitants de l’étape viendront nous chercher en véhicule pour faire les derniers kilomètres», précise un participant. Les marcheurs ont également bénéficié d’une aide financière et logistique de la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne) ainsi que d’un soutien des autorités locales. En contact avec les maires et les préfets, ils ont pu s’installer dans des équipements publics – gymnases notamment – l’espace d’une nuit.

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Itinéraire prévu au départ : 569 km, 116 h.

A Poitiers, trouver un toit ne s’est pas révélé aussi simple. Les marcheurs ont fait appel à la générosité des habitants afin qu’ils les hébergent pour la nuit. Face au peu de réponses et dans l’urgence, ils ont envisagé de s’installer dans un hôtel… avant que le Conseil Régional de Poitou-Charentes ne leur propose de prendre en charge 23 lits en auberge de jeunesse. Deux jours plus tard à Tours, ils ont trouvé gîte et couvert au lycée Grandmont.

La plupart des lycéens qui ont pris part à la marche se sont concertés avec leur proviseur qui, souvent, les ont soutenus dans leur démarche. Celui du lycée Montaigne de Bordeaux assure qu’« aucune sanction particulière n’est à l’étude ». Les absences seront compensées par des cours le soir et le week-end, indiquent les élèves. Par ailleurs, Acadomia, entreprise de soutien scolaire privée, indique que des cours de rattrapage leur seront assurés à titre gracieux.

La fin de leur marche n’a pas mis fin à leur combat. Pour preuve, les participants indiquent vouloir se rendre au festival de la BD d’Angoulême, ville de leur deuxième étape. Ils devraient y exposer les dessins recueillis par les personnes rencontrées sur la route.

Article publié sur mon blog, leflambo.fr

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