Hortefeux et Mercier : le combat est aussi politique

La dispute qui s'envenime entre le ministre de la Justice, M. Mercier, et celui de l'Intérieur, M. Hortefeux , est assez symptomatique du grand écart que doivent faire les membres de l'UMP pour joindre les deux bouts. L'UMP est une coalition électorale de rassemblement de la droite voulue par Chirac pour organiser les débris de l'UDF en panne de candidat et ressouder le RPR éprouvé par la guerre fratricide entre Chiraquiens et Balladuriens. Des Centristes Libéraux se retrouvent donc à côtoyer des Nationalistes Conservateurs, dans un gouvernement, pourtant recentré sur l'aile droite de l'UMP. M. Mercier est un vestige de l'ouverture au Centre, autrefois voulue par M. Sarkozy. Son virage à droite durant les polémiques sur les Retraites et l'affaire Sarkozy-Woerth-Bettencourt a été abrupt. L'instrument en a été le plus fidèle de ses minsitres, Brice Hortefeux, allumant la polémique de la chasse aux Roms pour éteindre l'incendie venu de l'hôtel particulier neuillyéen de Mme Bettencourt.

Le remaniement a pris acte de cet état de fait en réduisant à bien peu la place du Centre dans le gouvernement. M. Mercier a pu profiter de ce jeu de chaises musicales pour se retrouver au poste inattendu pour lui du ministère régalien de la Justice, ayant habilement monnayé son patient soutien à M. Bayrou. Cela n'a pas suffi à compenser les déceptions centristes cristallisées par l'éviction de M. Borloo ou de M. Morin. Cet état d'humeur, comme souvent chez les anciens de l'UDF, trouva M. Raffarin pour s'exprimer, avec la fondation d'un groupe de Sénateurs indépendants, "une coopérative de travail" qui menace bien de scission le groupe de l'UMP et se désolidarise aussi d'une partie du bilan, en particulier xénophobe, avant les Sénatoriales.

La polémique d'aujourd'hui entre la Police de M. Hortefeux et les magistrats défendus par M. Mercier s'inscrit donc dans ce combat des clans. D'une part les partisans du sarkozysme de droite extrême, capable de faire le plein des voix du FN, et de l'autre le sarkozysme d'ouverture capable d'attirer toutes les composantes de la Droite et du Centre, y compris les électeurs de M. Bayrou au premier tour. Le discours sécuritaire, incarné par Brice Hortefeux, ne peut pas s’accommoder du temps et des procédures de la Justice. Il remet en cause - souvent - les décisions des juges lorsqu'elles ne vont pas dans le sens de sa vision manichéenne de la guerre entre flics et voyous. Si l'on commence à parler de policiers qui mentent et de suspects innocents, toute la dialectique sécuritaire s'effondre.

En réponse, il est tout à fait normal que M. Mercier prenne la défense des magistrats, que le ministre de l'Intérieur qualifie de laxistes, car ils sont les garants de l'équilibre des pouvoirs de la République. Les Centristes restent indispensables à l'UMP pour conserver une totale liberté législative dans les deux assemblées. La Justice, échue un peu par hasard entre les mains de M. Mercier, devient également un nouveau contre-pouvoir et un frein à la dérive droitière de l'Etat. L'inexistante Michèle Alliot-Marie, l’inénarrable Rachida Dati, avaient laissé en sommeil ce ministère. La guerre intestine à l'UMP pourrait bien faire regretter à M. Sarkozy la seule concession qu'il a faite à ses alliés centristes, le seul ministère important qu'il leur a concédé.

Quand on considère que c'est pour isoler M. Bayrou que M. Mercier a été engagé, que c'est pour calmer la grogne du centre que M. Sarkozy a abandonné ce ministère, c'est encore une fois un manque de clairvoyance politique qui doit être imputé à M. Sarkozy.

 

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